Cent quarante signes
Mercredi 10 octobre
Rêve. Agenouillé dans le goudron, à côté de l’homme gisant dans une mare de sang.
Roman autobiographique. L’amoureuse secrète de l’adolescent que j’étais, où est-elle ? Qu’est-elle devenue ?
Tous, presque encore enfants, nous avons eu des amoureuses, des amoureux, avec qui nous avons découvert ce qui s’appelle, à juste titre, l’amour.
Un amour – comment dire ? – libre de toute autre intention que lui-même.
Je me souviens de ma petite fiancée, 9-10 ans, moi 11, presque un homme, qui, à l’heure du goûter, m’avait emmené dans sa chambre.
Ses parents n’étaient pas là, je me souviens. Elle habitait le rez-de-chaussée d’un immeuble donnant sur le bois de Boulogne.
Nous nous étions rencontrés pendant les vacances au Jardin d’acclimatation où nous nous retrouvions tous les jours, sans exceptions.
Nous étions d’ailleurs, l’un et l’autre, si impatients de nous revoir que nous aurions voulu déchirer le temps.
Pour la première fois de ma vie, c’était à elle que je pensais chaque soir en m’endormant et non plus à ma mère.
Nous nous sommes juré, les yeux dans les yeux, un amour éternel, qui ne faisait, pour nous, c’est vrai, aucun doute.
Pourtant, quelques jours plus tard, la vie nous a séparés.
Je ne sais plus pourquoi et comment nous avons été arrachés l’un à l’autre ; peut-être à cause de la rentrée des classes, tout simplement.
Impossible, aujourd’hui, de me rappeler le prénom de cette enfant dont je n’ai pas oublié le visage.
Impossible, n’en parlons pas, de savoir ce qu’a été sa vie et même si, aujourd’hui, elle est vivante ou morte.
Je pense très fort à elle, à l’instant. Vraiment fort.