Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 46 sur 209

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Cent quarante signes

Lundi 23 juillet

Parfois, je ne sais pas si je rêve ou si je retrouve une vie d’autrefois.

J’essaie de saisir un peu de réalité dans ces tweets dans l’espoir qu’elle fleurira en hiver.

140 signes : plus qu’il n’en faut pour prendre le large.

23 h 40, Villeneuve. Rue de la République, les amoureux se laissent fouetter le visage par le mistral pour se donner du cœur à l’ouvrage.

 

Lundi 23 juillet

 

Fin de la séquence mistral. Place au ruissellement de la sueur.

Dans ce festival, il y a un côté gavage des oies, comme s’il fallait toujours chercher à combler le vide.

Je sors d’un mauvais spectacle comme un homme qui aurait perdu sa paye.

Mais déjà, je redoute la fin.

À Avignon, dès que prend fin le festival, la nuit tombe tout à fait. Plus que les fêtes votives pour mettre du bonheur dans nos vies.

J’aurais voulu dire mille choses. Mais il fallait bien que je fasse quelque chose de mon silence.

À partir du vécu, je dessine des abîmes comme les enfants font des châteaux de sable.

La beauté, c’est aussi l’affrontement avec l’impossible.

Ce dont je rêve, c’est d’un art qui n’aurait rien à voir avec le rêve.

Il n’est pas rare que nous entendions appeler au secours dans la nuit et que nous restions allongés sous la couette.

 

Mardi 24 juillet

 

La paix contemporaine : une nuit traversée de vrombissements de sonneries, de coups dans la porte, de hurlements au loin.

Je ne rêve pas : ne manquent que les sirènes.