Cent quarante signes
Mercredi 16 janvier
J’ai encore dans l’oreille la question de ce professeur me demandant quelle langue j’avais bien pu parler, chez moi, dans l’enfance.
Mercredi 16 janvier
Rêve. J’ai rendez-vous avec des morts. Je suis dans mes petits souliers, car j’ignore dans quelle langue ils vont me parler.
Et si la mort n’était qu’un changement de langue maternelle ?
J’ai longtemps cru que les seules vraies paroles ne pouvaient être que celles qu’on prononce sur son lit de mort.
De la même façon, peut-être, que les vraies paroles sont les cris d’amour que s’adressent les amants.
Dans tous les cas, il y a là le lit de la vérité.
On peut aussi s’y endormir et laisser le rêve tenir les rênes de la parole.
Rêves et rênes se ressemblent, d’ailleurs, et s’assemblent, à une lettre près.
Jeudi 17 janvier
Rêve. Première, ce soir, de ma nouvelle émission, À propos de rien.
Rêve. Déjà en retard, comme si ça ne suffisait pas, je dois courir dans les couloirs de la Radio, un fusil pointé dans le dos.
Ces réveils qui déversent leur sonnerie stridente sur le fol amour.
9 h, Malakoff, à l’arrêt du 191, avenue Pierre-Larousse.
Toujours un peu à l’écart, le jeune homme blond aux cheveux courts et au regard sévère, tendu comme un orage, son violon sous le bras.
Dès qu’elles le voient, les jeunes filles se parlent à peine. Plus rien ne les fait rire.
Si j’étais romancier, j’aimerais que tous les protagonistes se rapprochent, au contraire, et étendent l’histoire à l’infini.