Cent quarante signes
Vendredi 18 mai
Je lis Montaigne tout le jour pour me plonger dans la nuit de la langue.
La nuit aussi est un roman. « Monsieur ma partie », dit par exemple Montaigne, là où tout un chacun dirait seulement « mon sexe ».
Quoi qu’on fasse, le passé reste notre voisin de palier.
Mais quoi de neuf sous le soleil, sinon les nuages qui passent en oubliant d’être merveilleux ?
Twitter mis à part, j’ai tout appris dans le monde qui est en train de s’écrouler.
Tweeter, un stratagème pour laisser filer le récit ?
N’écrire, donc, qu’avec les nerfs et se le tenir pour dit.
Eviter de faire des phrases pour endormir sa fureur.
Ce que la littérature perd en précision, qu’elle le gagne, si possible, en rébellion.
Vendredi 18 mai
Rêve. Un vieux coq rougeoyant brille avec éclat dans la nuit la plus noire.
Ceux que la haine pousse en avant.
Quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on déclenche la haine d’inconnus qui ne peuvent s’épanouir qu’en vous crachant au visage.
Sur Twitter également, j’y ai le droit de temps à autre, même si, sur le fil, les crachats sont numérisés.
Chaque jour, quand j’ouvre les yeux, je pense à tous ceux qui ne vivront plus le soir.
Au réveil, souvent, le fort sentiment de présence des disparus que j’ai aimés.
Samedi 19 mai
Né le… Difficile à préciser quand on naît tous les jours.