Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 44 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 18 juillet

L’aplomb du théâtre, quand on y pense.

J’aime le théâtre quand les acteurs ne me font pas penser à Domitien décapitant des mouches.

J’aime le théâtre quand il me fait détester la vie vécue jusqu’alors.

Minuit. Pas d’heure pour les amoureux de Villeneuve. Ce sont des nageurs qui se laissent couler à fond l’un dans l’autre.

 

Mercredi 18 juillet

 

Lorsque je trouve le temps long au théâtre, j’essaie de démasquer l’homme dans l’acteur.

Si le théâtre s’entend si bien avec la nuit, c’est parce que la nuit est par excellence le temps du vide de l’absence.

18 h, Avignon. J’ai mis du temps à comprendre que la femme toujours garée à la même place, rue Joseph-Vernet, vivait dans sa voiture.

23 h 30, Villeneuve. Les amoureux ne jouent pas la comédie lorsqu’ils s’embrassent.

 

Jeudi 19 juillet

 

En attendant mieux, j’écris avec les mots du dictionnaire.

Si je ne passais pas tout ce temps hors du monde, je n’aurais jamais le temps de parler du monde.

Le monde, c’est tout ce qu’on ne voit pas.

Au environs de minuit, à Villeneuve, rue du Camp de Bataille, deux jeunes filles ont des tas de choses à se dire.

 

Vendredi 20 juillet

 

Aux acteurs de jouer pour que le plateau n’offre pas un monde absent.

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai d’habiter à Villeneuve-lès-Avignon, rue de la Pente rapide.