Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 88 sur 209

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Cent quarante signes

Jeudi 4 octobre

D’un jour à l’autre, traverser le rayon « lingerie » du Bon Marché sans jeter de regards furtifs à droite et à gauche.

D’un jour à l’autre, tenir dans ses bras Paul Claudel, en larmes.

 

12 h 30, rue Cassette. Beaucoup d’hommes d’un certain âge, ou au moins de mon âge, à la sortie de l’Institut catholique.

17 h, Radio. Ce ne sont pas tant mes invités que je m’emploie à faire parler que la parole.

Laisser parler la parole, de telle sorte qu’elle soit obstinément parlante.

Roman. Il ne mit pas de masque, pour ne pas être reconnu et pris dans le tourbillon de la haine.

D’après Richard Marienstras, « la volonté de faire bref conduit parfois à des simplifications excessives ».

Je me garderais bien de l’oublier en rusant avec les 140 signes.

 

Jeudi 4 octobre

 

Rêve. Enfermé dans une pièce avec mon seul souffle pour me faire entendre.

Rêve. La petite fille blonde aperçue sur la plage me demande d’aller chercher son ballon perdu dans les fumées.

11 h, rue Laforest. Une dame rentrant sa poubelle : « Mon chien n’aboie au facteur que lorsqu’il apporte de mauvaises nouvelles. »

12 h 24, Gaîté (ligne 13). Bonjour tristesse.

18 h, Plaisance. « Je n’en peux vraiment plus », dit la femme agrippée à la barre centrale. Dans le wagon, nous nous sentons responsables de son malheur.

 

Vendredi 5 octobre