Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 188 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 29 janvier

Vivre avec les 140 signes sans qu’ils fassent de vous un imbécile heureux.

 

Mardi 29 janvier

 

Malakoff, 31, rue de la Tour.

 

Ici habitait famille Braunstein

Morte en déportation

Auschwitz 1944

 

Mercredi 30 janvier

 

Rêve. Je me laisse guider par un enfant à l’intérieur d’une cage. En avançant, nous nous enfonçons dans des plumes poisseuses de sang.

Rêve. Le nom des gares a été changé. Je repère d’autant moins la mienne qu’elles sont innombrables et toutes identiques.

8 h 30, à ma fenêtre, avenue Pierre-Larousse.

Et si les immeubles d’en face n’étaient que les façades d’un décor, sans rien derrière.

Jamais été débusqué les personnages qui s’y arrêtent, qui y vivent même parfois. Il y en a certains que je vois passer. Des ombres, tout au plus.

Des habitants et des gens de passage, pourtant.

Ceux qui vont souscrire un contrat chez Allianz, acheter des nems aux Délices de Malakoff, se faire faire des lunettes chez Optic 2000.

Des prête-noms, peut-être, qui, s’ils se tournaient vers moi, essaieraient de me faire jouer un autre jeu que le mien.

C’est sûr. La confiance règne.

Comme si le romancier se penchait spontanément vers n’importe quelle chimère, ou sur ce qui se présente sous la main, au détriment de ce qu’il a sous les yeux.