Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 24 sur 209

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Cent quarante signes

Lundi 4 juin

Juste une étincelle de sauvagerie, dix minutes par nuit, pour que les loups tolèrent votre apparence.

 

Lundi 4 juin

 

Rêve. Par un tour de passe-passe qui m’échappe, la serveuse du restaurant japonais est devenue ma grand-mère.

Si ma vie était un roman, j’y introduirais un personnage que j’appellerais « l’acteur du muet ».

L’acteur du muet se lève entre quatre murs blancs. Il attend les douze coups de minuit.

Minuit ! L’exclamation de l’acteur du muet se désagrège dans le vide de l’espace déserté par le son.

L’acteur du muet se décide enfin à consulter un psy qui se contente de lui conseiller d’attendre la naissance du parlant.

Roman par lettres. « Si tu me laissais dans l’état où j’étais quand je t’ai connue, je pourrais peut-être t’aimer. »

 

Mardi 5 juin

 

L’acteur du muet est un homme pour rire. Qui ne parle pas ne compte pas.

Le masque de l’acteur du muet, c’est le silence. Rempart de sa dignité. S’il l’enlevait tout d’un coup, il provoquerait une scène d’épouvante.

Un jour où l’autre, par les temps qui courent, nous pourrions tous devenir des acteurs du muet.

Ne pas savoir ce que je fais là m’a donné la vie.

Je n’ai pas vu passer les jours, les mois, les années. Maintenant, j’ai besoin de temps pour reprendre les choses à zéro.

Rajeunir, c’est réveiller les vieilles blessures.

11 h 30, Duroc. Sur le quai, deux jeunes gens se tiennent par la main et se sourient comme s’ils étaient seuls dans la forêt.