Cent quarante signes
Mercredi 16 mai
Comme tout un chacun, je me lève avant l’aube, bien décidé à servir ce que j’imagine être la vérité.
Au fond, il ne me manque plus que la parole.
Écrire de la poésie, c’est essayer de se réapproprier, mot après mot, une langue confisquée.
De la langue, je n’attends pas qu’elle illumine ce qui est déjà là.
Elle seule, je crois, peut nous venger de l’humiliation de tourner en rond entre quatre murs.
9 h 15. La journée touche presque à sa fin. Je pense à tout ce que j’aurais dû faire et que je ne ferai jamais.
Toute une journée à tourner en rond entre quatre murs.
Le vent souffle. Les feuilles s’agitent, dansent. Les arbres ont apparemment manqué un épisode : tous les Impressionnistes sont morts, que je sache.
Roman. Enfin dans mes bras après une séparation interminable, elle desserre notre étreinte pour allumer la radio.
Je suis le premier à reconnaître que l’écoute lui va bien.
Après tout, mieux vaut un roman de 140 signes que pas de roman du tout.
20 h 30, rue Didot. À l’homme qui, un beau jour du passé, lui a peut-être dit « Je t’aime », elle crie : « Je suis fatiguée de t’écouter. »
Elle noie « fatiguée » dans un sanglot avant de jeter violemment son portable au milieu de la chaussée.
Drame de l’écoute ou de la surdité ?
Jeudi 17 mai
Rêve. Sur la piste du cirque, je me maintiens en équilibre instable sur un cheval emplumé.
Nos visages aux traits défaits viennent du fond de la nuit.