Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 47 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 25 juillet

Il y a des jours où je ne peux pas sortir de la guerre.

Le nombre de choses qui devraient être dites et ne le sont pas.

Grand temps d’ouvrir les romans de la rentrée. Si je ne m’y mets pas, je finirai par ne les lire qu’à la rentrée.

J’attends des phrases retorses comme l’enfer.

0 h 50. À Villeneuve comme ailleurs, les amoureux hâtent le mouvement.

 

Mercredi 25 juillet

 

À Avignon, les festivaliers sont sur le départ. Dans les rues, on a l’impression que le monde des vivants rétrécit à vue d’œil.

Même les chiens n’ont plus le cœur à sortir depuis que le bouledogue de Paloma s’en est allé.

Midi. Au cloître Saint-Jean, à la chartreuse de Villeneuve, une plaque en braille donne aux aveugles des informations sur ce qu’ils ne voient pas.

Au cloître supérieur, l’amoureuse de Villeneuve est seule. Sa robe est déchirée. Où est passé le garçon ?

Décidément, rien ne va plus.

Un peu plus loin, à Boulbon, place Gilles-Léontin, les platanes ont un sacré coup dans le tronc.

13 h 45, Boulbon. Ce n’est pas encore aujourd’hui que la boule boulbonnaise reprendra les inscriptions pour les concours familiaux.

Pour les moins impatients qui ont attendu le soir, le camion de la pizza Marco égaie la place. Chacun, je suppose, est heureux d’être là.

 

Jeudi 26 juillet

 

Le noir du sexe de la mère, je ne vous dis pas.

Toutes les heures, ma voisine change de perruque. Je ne sais plus à qui j’ai affaire.

Entre les lèvres, une langue de peinture.