Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 110 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 31 octobre

J’écoute la leçon : « Une attachée de presse doit pouvoir travailler sans états d’âme pour l’ennemi public n° 1. »

Handke, avec l’intensité qui l’habite, me donne sa parole, son temps et des champignons cueillis dans les bois le matin.

Il aimerait que nous puissions nous voir, comme ça, pour « rien », c’est-à-dire pas pour la radio.

Je me demande si j’en serais capable. Si je peux encore parler à un écrivain sans micro. Bref, si je peux encore parler.

Peter Handke sur le pas de sa porte Ce regard que je ne suis pas près d’oublier.

 

Mercredi 31 octobre

 

Direction Quiberon. Cette fois, je crois que c’est bon. Je suis près du but.

À travers le pare-brise, à 130 à l’heure, les variations du ciel.

Je ne fais que penser à un homme et à une femme qui s’aiment et qui s’embrassent.

Un homme et une femme s’embrassent en 1992, en 2002, en 2012. Jamais le même homme et la même femme. Toujours le même baiser.

Un homme et une femme s’embrassent en 1902, en 1912, en 1922, en 1932, en 1942 (mon père et ma mère), en 1952, en 1962, en 1972, en 1982…

Qui en 2012 ?

À l’entrée de la presqu’île, je reconnais le coiffeur « Au long court ».

 

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