Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 191 sur 209

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Cent quarante signes

Lundi 4 février

Ne pas craindre de duper la mort, toujours coupable de viols, jamais condamnée.

 

Lundi 4 février

 

Rêve. Une femme tout en noir, à peine visible, me fait de grands signaux avec sa lampe-tempête, le long d’une voie ferrée enneigée.

9 h, Malakoff. Derrière la vitre, comme d’habitude, mes pensées sont avec les jeunes filles.

Je m’approche de la fenêtre pour m’en éloigner aussitôt. Au fond, je passe mon temps à détourner mon regard de l’arrêt Victor-Hugo.

Je passe mon temps à penser à ces pauvres jeunes filles, cruellement supprimées au montage.

Même pas songé à les cacher dans une boîte à chaussures où elles auraient pu attendre des jours meilleurs.

Elles n’ont plus qu’à se plaindre d’être tombées sur un auteur tel que moi, qui s’imagine, dans son orgueil, avoir une influence sur ses personnages.

9 h 30. À la Divette de Malakoff, le buraliste à un client qui essaie d’entrer : « Venez un autre jour, le lundi, je ne suis pas là. »

9 h 45, Pernety. Une dame à sa voisine de métro : « À ta place, j’arrêterais d’écouter la radio. »

9 h 48, Gaîté. J’en rêve.

9 h 55, Duroc. Dans le couloir de la correspondance, une dame se penche sur un SDF pour le réconforter. « Pas de souci, dit-il, j’ai juste un peu froid. »

10 h, Vaneau. Un bébé fait tomber une langue-de-chat dans le métro. Sa mère la ramasse et la lui remet dans la bouche.

10 h 05, Mabillon. Au téléphone, un homme : « À l’instant, je ne trouve pas les mots, mais je n’ai rien à cacher. »

10 h 10, rue de Tournon er . Au 1 étage d’un immeuble dont je garde secret le numéro, une femme nue passe l’aspirateur toutes lumières allumées.