Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 207 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 27 février

D’un jour à l’autre, on rejette son effroi sur le peu de temps qu’on a devant soi.

 

Mercredi 27 février

 

Rêve. Je lance un appel d’offres auprès de quelques coiffeurs parisiens en vue de me faire couper les cheveux.

Rêve. Des barbelés ferment l’horizon. On ne passe pas.

Rêve. Sam Szafran me demande s’il y a des rats chez moi. À peine rentré, je vois le chien courir après un énorme rat dans mon salon.

Rêve. Un dératiseur me conseille la non-violence. Plutôt que les faire souffrir, assommer les rats ou les noyer dans une bassine d’eau.

Suite du rêve. Le dératiseur me met en garde : collé à une plaquette recouverte de glu, le rat se dévore les pattes pour essayer de s’échapper.

9 h, Malakoff. Si le jour reste à ce point fermé, il va falloir le peupler de veilleurs de nuit.

Tout est fait pour me dissuader de regarder par la fenêtre.

Je suis comme le rat, collé à une plaquette recouverte de glu.

Je ne vais tout de même pas me dévorer les pieds pour me sortir de là comme le Saturne de Goya le fait avec ses enfants.

Impossible de bouger, d’aller à mes rendez-vous.

Toute ma vie, j’aurai ainsi rêvé d’une rencontre, annulée le jour dit, à l’heure convenue, par un empêchement de dernière minute.

 

Est-ce qu’un jour je pourrai annoncer que les choses se sont bien passées ?

Est-ce qu’un jour je pourrai parler une autre langue, dire les choses avec d’autres mots, m’arrêter dans une autre histoire ?

Est-ce qu’un jour je pourrai cesser de voir en chaque jour le pire, alors que je n’ai pas vécu mon dernier jour ?