Cent quarante signes
Vendredi 25 janvier
C’est le théâtre des jeunes filles qui, certains jours, le temps d’un soupir, me permettent d’échapper à moi-même c’est-à-dire au pire.
Pas plus tard qu’hier, l’une d’elles, en avance, s’est retrouvée seule, à côté du jeune homme blond aux cheveux courts et au regard sévère.
Plus rougissante que jamais, elle avait l’air d’une biche effarouchée.
C’était comme si elle dévoilait sa nudité, je n’exagère pas.
Mais aujourd’hui, pas de ça, pas d’histoires.
Les jeunes filles ont été purement et simplement coupées au montage. Trop de neige autour d’elles les jours précédents. Trop d’impatience, de fièvre.
En les pleurant, je crois entendre leurs cris. Je les imagine en chauves-souris aux ailes encombrantes. Si elles savaient…
Si elles savaient à quel point nous sommes peu de choses qui ne tiennent à rien…
Des chauves-souris…
« C’est comme ça, aujourd’hui, répète le marchand de journaux. C’est comme ça… »
Je ne veux plus…
Je ne veux plus être une cible trop facile.
Je ne veux plus laisser entrer personne entre mes quatre murs, car je ne veux avoir affaire qu’à des êtres de chair et de sang.
Je ne veux plus que le passé m’empêche de vivre le présent.
Je ne veux plus séparer toutes les vies que je mène de front.
Je ne veux plus en parlant et en écrivant garder mes pensées pour moi.
Je ne veux plus que la vie déchire mes rêves.
Vendredi 25 janvier