Cent quarante signes
Dimanche 27 janvier
Des rencontres auxquelles je m’entends à prêter toutes mes illusions comme si j’allais m’en débarrasser.
C’est de ces figures, maintenant, que je cherche à me débarrasser.
Ruse de leur cruauté : elles me font penser à des haches d’opérette, sans prise sur quoi que ce soit de réel.
À commencer par le silence.
Un coup de feu tiré à blanc comme tout ce qui n’a pas prise sur le silence.
C’est ainsi. Je passe mon temps à tirer à blanc sur le silence. À rester l’acteur pour salle des fêtes que j’ai aimé être dans l’adolescence.
Personnage affûté de bric et de broc avec ce qu’il a récupéré dans un grenier…
Je passe mon temps, immobile, un couteau sous la gorge, avec des êtres que je ne peux supporter que parce qu’il est trop tard pour s’enfuir.
Vouloir s’enfuir, c’est voir trop loin.
Aujourd’hui, je place tout mon espoir dans la seconde qui vient.
Dimanche 27 janvier
Rêve. Dans une peinture de Morandi, on prend un grand et un petit flacon. Le petit, me dit-on, c’est pour remplir votre existence.
9 h, Malakoff. Dès ce que je considère comme « la première heure » (les commerçants sont sur pied dès 5 h) dans le brouhaha du marché.
Quand l’habituel « Qu’est ce que je vous sers ? » devient « Vous êtes tombé du lit ? ».
Je ne vais chez le boucher peu amène que pour planter mes yeux dans ceux de la marchande de primeurs marocaine, juste en face.
« Vous êtes tombé du lit ? Qu’est-ce que je vous sers ? » Je laisse passer mon tour, j’attends, je guette un sourire.
Oh là là, le sourire…
Regrets de constater, dans le même temps, que ce sourire est dix coudées au-dessus de ses fruits et légumes offerts, plutôt tristes.