Cent quarante signes
Dimanche 3 juin
Roman. Une longue lettre d’amour sans destinataire.
Roman. Un homme aime toutes les femmes et est incapable de dire laquelle il aime le plus.
J’imagine Kafka dans le métro, regardant tout, au point de rater sa station. Personne ensuite pour le remettre sur son chemin.
À la radio, pour moi, depuis toujours, la voix passe par la nuit, comme l’image, au cinéma, par la lumière.
Le peintre a laissé la nuit en blanc ; s’il lui vient maintenant la fantaisie d’enlever le blanc, que restera-t-il ?
Dimanche 3 juin
Hâte de me lever. Une grande chose m’attend : la vie de tous les jours.
Radio. Longtemps au micro comme un homme qui se noie. Avec le temps, j’ai appris les gestes qui permettent de garder la tête hors de l’eau.
Toujours un casque sur les oreilles pour être frappé par les mots comme par la foudre.
À la lecture du livre de mon invité, je pressens le point culminant de l’émission. Souvent, en studio, je l’attends en vain.
Quand, au cours de l’interview, le démon s’en mêle, je ne fais plus de crédit.
Comme jadis les radios pirates, Twitter permet aujourd’hui de diffuser nos petites phrases au mépris des orthodoxies.
Roman. Dans une lettre à sa femme, un homme expose les raisons pour lesquelles il n’est pas digne de son amour.
Roman. Il venait de lui dire bonjour. C’était allé trop loin.
18 h 30, rue de Bercy. Le motard qui me demande son chemin porte des talons aiguilles.
19 h, rue Balzac. Dernier cours d’haltérophilie.
Du jour au lendemain, je ne crois plus que de simples poids peuvent combler les vides de ma vie.