Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 64 sur 209

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Cent quarante signes

Lundi 3 septembre

Je ne comprends pas pourquoi les visages sont toujours flous dans mes rêves. Question de mise au point ?

11 h, marché. Une dame chez le poissonnier : « Je me suis levée tôt pour bouquiner, mais quand je bouquine, ça m’endort. »

11 h 30. La marchande de légumes n’incite pas vraiment à devenir végétarien.

11 h 35. Toujours sur liste d’attente chez la marchande de légumes.

11 h 40. Une vieille femme dans la queue : « Il est sorti de prison la semaine dernière. Ça lui aura fait une année sabbatique, en somme. »

Toutes ces choses auxquelles on pense sans y penser.

Depuis que je m’essaie à l’écriture, les phrases me cherchent. J’ai le plus grand mal à leur échapper.

Tirer une force de sa passion au point d’en faire une certitude.

Au 16 siècle, j’avais encore une certaine idée du ciel. e

Etre sans cesse tenu de soutenir ce qu’on avance, à la façon des cariatides.

Je comprends que le cœur s’emballe quand le vent soulève la robe de la mariée.

 

Lundi 3 septembre

 

Jamais su s’il valait mieux se donner un projet quand on s’endort ou quand on se réveille.

Chaque soir, je désire rompre un silence trop long et rouvrir le chantier d’un roman.

Chaque matin, la mort dans l’âme, je me rends à toutes les raisons d’y renoncer.

Trop de projets, peut-être, tuent le désir. Je ne sais plus par quoi commencer. Et quand par miracle, je commence, j’ai hâte d’en finir.

Comment commencer quand le faux est évalué au prix du vrai ?