Cent quarante signes
Samedi 4 août
Les Grisons. Tout là-haut, ces fleurs sauvages qui me bouleversent et dont j’ignore le nom.
Ces fleurs de montagne me rappellent les « eaux bleues » d’André du Bouchet, dans Ou le soleil, qui me faisaient venir les larmes aux yeux.
Sur le chemin de grande randonnée, quand le but de la promenade est de ne pas être rejoints par les randonneurs qui nous suivent.
Si les papillons bruns tirant sur l’or ne sont pas au rendez-vous aux abords du sommet que j’escalade, je redescends aussitôt.
Vraiment, j’adore la montagne. Mais ça serait tout de même mieux si ça ne montait pas tant.
Samedi 4 août
La chance de pouvoir ouvrir les yeux sur le lendemain matin.
Si l’écoulement des jours pouvait ressembler au plus petit torrent…
En montagne, chaque jour qui passe est un accroc dans le temps, une fête dans la suite des jours.
Tout est tellement silencieux à ces altitudes, qu’on distingue chaque son, loin à la ronde.
Les sons, généralement perdus dans le fond sonore, se détachent au premier plan.
En montagne, je me baisse pour tutoyer les nuages.
Peu importe la pluie et le beau temps quand on a la chance de s’enfoncer dans les fougères et les orties.
Midi. Des gens rigolards, vêtus de sombre, sur le parvis de l’église du village où vient d’être célébrée une messe d’enterrement.
15 h. Les mêmes, sur le même parvis, attendent le mariage de Anja et Patrick. La mine est plus austère : ils ont le soleil dans l’œil.
Dimanche 5 août
La rage du rêve de la dernière nuit m’a dévoré les nerfs.