Guérir l'anxiété pour les Nuls, poche, 3e éd

Charles Harold Elliott, Laura L Smith, Martine ANDRE · Chapitre 196 sur 219

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Guérir l'anxiété pour les Nuls, poche, 3e éd

Pas facile d’être parfait !

Bien trop souvent, les anxieux pensent qu’ils doivent être parfaits pour que les autres les aiment et les acceptent. Pas étonnant qu’ils soient anxieux. Personne n’est parfait, et personne ne le sera jamais.

Imaginez-vous une femme parfaite. Catherine est probablement aussi proche de la perfection qu’il est possible de l’être. Elle porte toujours les bons vêtements, à la mode et avec les bonnes couleurs, et ses accessoires sont coordonnés. Elle prend des cours d’architecture d’intérieur, et sa maison a exactement le look qu’il faut. Elle fait quatre fois par semaine de l’exercice, et ne mange que de la nourriture saine. Son maquillage, qu’elle applique avec un soin pointilleux, est toujours impeccable. Elle sait toujours quoi dire, elle ne trébuche jamais sur un seul mot et ne profère jamais le moindre juron. Elle fait toujours montre de gentillesse et elle a des perspectives positives.

Aimeriez-vous sortir prendre un verre avec Catherine ? Vous semble-t-elle quelqu’un avec qui vous aimeriez passer un week-end d’été devant une piscine ? Vous sentiriez-vous à l’aise et pourriez-vous être naturel avec Catherine ? Franchement, nous passerions probablement à l’idée de la compter parmi nos meilleurs amis.

La puissance de séduction de la pensée positive

Dans les années 1950, les gourous de l’auto-assistance (self help en anglais) ont lancé un mouvement en disant aux gens de gonfler leur estime de soi. Avant, moins d’une centaine d’articles avaient été écrits sur le sujet de l’estime de soi par les journalistes professionnels aux États-Unis. Au cours des dix seules dernières années, plus de 8 000 articles de ce type ont été publiés dans des journaux de sciences sociales. En outre, des milliers de guides pour s’aider soi-même ont fait la promotion de l’idée qui consiste à entretenir l’estime de soi, sans jamais la remettre en question. Le mouvement de l’estime de soi s’est maintenant infiltré aux États-Unis dans les magazines destinés aux parents, les programmes d’enseignement des écoles, et dans les librairies. Il a séduit une génération de parents, de professeurs et de travailleurs de la santé mentale, et leur a fait croire que la meilleure chose qu’ils pouvaient faire pour leurs enfants, c’est de gonfler leur estime de soi.

Alors maintenant, est-ce que plus d’un demi-siècle de promotion de l’estime de soi (qu’on appelle aussi ego, ou chevilles qui enflent) ça en valait la peine ? À peine. Aujourd’hui, aux États-Unis, le taux de réussite scolaire se trouve nettement en dessous de celui de 1960. Pourtant les notes à l’école, elles, sont à la hausse. La violence est bien supérieure à celle d’il y a cinquante ans, et les taux de dépressions et d’anxiété parmi les jeunes d’aujourd’hui sont plus élevés que jamais.

Pourquoi ? Un nombre incroyable d’études récentes montre un lien fort entre la concentration excessive sur le soi et sur la violence, de mauvais résultats scolaires, et des problèmes émotionnels de toutes sortes. Il semble que l’estime de soi « dégonflée » soit mauvaise, et les études semblent indiquer que l’estime de soi « trop gonflée » est encore pire. La réponse semble être qu’il convient de moins se concentrer sur le tout-puissant ego.

 

Pensez à l’un de vos bons amis, quelqu’un avec qui vous aimez passer du temps, quelqu’un que vous appréciez et estimez, et que vous connaissez depuis un moment. Visualisez cette personne dans votre esprit, et rappelez-vous quelques-uns des bons moments passés ensemble. Dégustez ces images. Rappelez-vous à quel point vous appréciez cette personne, et combien votre vie a été enrichie par cette amitié.

Rendez-vous compte que vous avez toujours connu les défauts et les imperfections de votre ami, et que pourtant vous avez continué de l’apprécier. Peut-être même que vous trouvez certains de ses défauts amusants ou intéressants. Peut-être qu’ils donnent du relief à votre ami. Le fait de penser aux défauts ne va probablement pas non plus vous faire changer votre opinion ou vos sentiments à son sujet.

Essayez d’appliquer à vous-même cette même optique. Appréciez vos petits défauts, vos petites manies et vos excentricités. Ils vous rendent intéressant et unique.

Soyez pour vous-même un ami. Remarquez vos talents et vos imperfections. Trouvez le moyen de reconnaître que tout cela est un ensemble unique. Ne reniez pas vos défauts.

Claude a essayé un exercice qui l’a aidé à voir qu’accepter les défauts, ça n’a pas pour conséquence que les autres vous renient et s’en vont. Il a fait le test d’appréciation des amis avec

leurs défauts du tableau 14-1, en pensant à son pote Jacques.

Claude accepte Jacques, avec tous ses défauts. Il n’y a personne d’autre au monde avec qui Claude préférerait passer son temps, et Jacques est la première personne à qui il s’adresserait en cas de crise. Est-ce que Claude peut s’accepter lui-même comme il accepte Jacques ? C’est la tâche qu’il convient maintenant d’exécuter.

Prenez du papier et faites ce que Claude a fait. Pensez à un de vos bons amis (ou une de vos amies) que vous connaissez depuis un moment, et écrivez ce que vous appréciez chez lui. Puis écrivez ce qui peut vous dégoûter chez cette personne. Finalement, écrivez ses défauts.

 

Tableau 14-1 Évaluez des amis imparfaits

Qualités Défauts Imperfections Jacques est l’un des types

les plus drôles que je

connaisse.

Il est toujours là quand j’ai

besoin de lui.

Jacques m’aide à chaque

fois que j’en ai besoin, peu

importe de quoi il s’agit.

J’aime me rendre avec lui

à des événements

sportifs.

J’aime le fait que Jacques Parfois, Jacques parle trop. soit très intelligent.

Bien qu’il soit intelligent, il prend

parfois des décisions stupides,

surtout en matière d’argent.

Jacques est un

peu gros.

Parfois Jacques

boit un peu trop.

Il ne m’écoute pas

toujours.

Jacques a un goût

horrible en

matière de

vêtements.

 

Si votre ami remplissait le même formulaire en pensant à vous, il ne fait aucun doute qu’il écrirait à votre sujet à la fois les qualités merveilleuses et certains traits de caractère moins brillants. Et pourtant, votre ami n’abandonnerait pas soudainement cette amitié à cause de votre imperfection. Bien sûr que non : personne n’est parfait. Si nous abandonnions tous nos amis imparfaits, nous n’aurions pas d’amis du tout.

Avez-vous déjà eu une amende pour excès de vitesse dans votre vie ? Il y a six mois, l’un de nous deux est rentré à la maison avec une contravention pour excès de vitesse. Juste deux mois après, l’autre coauteur est lui aussi rentré à la maison avec une amende. Chacun de nous était un peu déprimé à cause de sa propre bévue au début, mais pardonnait parfaitement celle de l’autre. Nous avons alors rapidement compris qu’il est important pour chacun de nous de s’accorder à soi-même la même compassion que nous avons l’un pour l’autre.

Il est difficile de se pardonner à soi-même. Il est peut-être encore plus difficile de trouver comment faire tomber des barrières défensives érigées en réponse à la critique des autres. Trouvez comment écouter cette critique. Pensez au fait qu’elle a peut-être au moins une part de vérité. Appréciez cette part de vérité. Si votre conjoint vous dit que vous n’écoutez pas, il est plutôt probable que votre conjoint ait raison, au moins parfois !

Essayez de reconnaître un tout petit morceau de vérité contenu dans la critique. Peut-être que c’est vrai, du moins parfois. Peut-être que la critique s’applique partiellement. Au lieu de mettre des barrières à la communication et à la résolution des problèmes, le fait d’admettre certains défauts rapproche les gens.

Certaines critiques qui vous sont adressées pourraient être abusives. Si le ton de la critique transporte de l’hostilité, vous n’avez pas à le tolérer. Si quelqu’un vous critique constamment, adressez-vous à un ami sûr pour vérifier la réalité. Vous pourriez être la victime d’un harcèlement moral. Là, c’est une tout autre histoire.