Guérir l'anxiété pour les Nuls, poche, 3e éd
Démontez le scénario du pire
Oui, mais vous direz-vous peut-être que des catastrophes pourraient se produire. La foudre tombe. Des chefs donnent de mauvaises évaluations à leurs subalternes. Des avions s’écrasent. Et certaines journées sont tout simplement des « mauvais jours ». Des bateaux coulent. Des gens trébuchent et font l’objet de moqueries. Certains perdent leur emploi. Des amants se séparent.
Le monde nous donne de nombreuses raisons de nous faire du souci. Recalculer les véritables probabilités de certains événements, ça nous aide souvent. Mais vous êtes toujours bloqué par le « Que va-t-il arriver si ? », que va-t-il arriver si vos prédictions se réalisent vraiment ?
Du souci pour des bagatelles Qu’est-ce qui rend inquiet la plupart des gens ? La plupart du temps, ils se font du souci pour pas grand-chose. En d’autres termes, le résultat de leurs scénarios, bien qu’il puisse être déplaisant, ne représente en aucun cas une menace pour la vie. Néanmoins, ces scénarios de bagatelles arrivent à produire des quantités remarquables de stress, d’appréhension et de soucis.
Voici ce qui cause du souci à Gérald, Sammy, Patricia et Carole :
Gérald se fait du souci pour beaucoup de choses. Mais surtout, il a peur de faire une gaffe en société. Avant de se rendre à des fêtes, il est obsédé par la question de ce qu’il va se mettre. Aura-t-il l’air trop « habillé » ou trop « sport » ? Saura-t-il quoi dire ? Que se passera-t-il s’il dit une bêtise et que les gens en rient ? Comme vous l’imaginez peut-être, Gérald se sent minable en société. Lorsqu’il se dirige vers un groupe de personnes pour se joindre à elles, il a l’impression qu’un projecteur le suit et que tout le monde le regarde. Il imagine que non seulement les gens concentrent sur lui leur attention, mais aussi qu’ils le jugent de façon désobligeante.
Sammy se fait autant de souci que Gérald ; il a juste un autre ensemble de soucis. Sammy est obsédé par l’idée qu’il va perdre le contrôle de soi et qu’il devra s’enfuir en courant de l’endroit où il se trouve, quel qu’il soit. S’il est assis dans une salle de classe, il se demande s’il va devenir anxieux au point de devoir partir, et, bien sûr, il suppose que tout le monde saura pourquoi il est parti et que tout le monde pensera qu’il a quelque chose de terriblement grave. S’il se trouve dans un centre commercial bondé, il a peur de « le perdre », et se met à crier et à perdre sa maîtrise de soi.
Patricia, 17 ans, est obsédée par l’idée que son petit ami actuel puisse la quitter un jour. S’il est fatigué et de mauvaise humeur, elle s’imagine tout de suite qu’il est en colère contre elle. S’il arrive avec un quart d’heure de retard, elle suppose qu’il l’a passé avec une autre fille. Non seulement elle suppose qu’il va finir par la quitter, mais elle ne peut pas s’imaginer non plus comment la vie pourrait continuer sans lui une fois qu’il l’aura fait.
Carole est journaliste. Elle ressent de l’anxiété quasiment tous les jours. Avec chaque heure de rendu de travail qui approche, elle sent augmenter l’oppression dans sa poitrine, et elle redoute le jour où elle ne rendra pas son boulot à temps. Ce qui aggrave encore les choses, c’est qu’elle a parfois des blocages durant lesquels, pendant 15 à 20 minutes, elle n’arrive pas à s’imaginer ce que le prochain mot pourrait être ; pendant ce temps, l’heure tourne et l’heure de rendu approche. Elle sait que certains de ses collègues ont perdu leur emploi après avoir rendu systématiquement leurs travaux en retard. Et elle a peur de subir un jour le même sort. Pour Carole, c’est dur d’arrêter de penser à ses heures de rendu.
Qu’ont donc Gérald, Sammy, Patricia et Carole en commun ? D’abord, un niveau considérable d’anxiété, de stress et de tension. Ils sont tous les quatre soucieux quasiment tous les jours de ce qui pourrait arriver de grave dans leurs vies. Ils ne peuvent s’imaginer l’horreur de faire face à la possibilité que leurs peurs deviennent réalité. Mais, ce qui est plus grave, c’est qu’ils se font du souci au sujet d’événements qui surviennent régulièrement et que l’on arrive à gérer lorsqu’ils se produisent.
Gérald, Sammy, Patricia et Carole sous-estiment tous leurs propres capacités à se débrouiller. Qu’est-ce que cela ferait si Gérald renversait quelque chose à une soirée et que des gens autour de lui s’en rendaient compte ? S’effondrerait-il à terre en étant paralysé ? Les gens le montreraient-ils du doigt en se moquant de lui ? Probablement pas. Il rougirait sans doute, il se sentirait embarrassé, et il nettoierait ce qu’il aurait renversé. La fête et la vie de Gérald continueraient. Et même si quelques personnes mal élevées se moquaient de lui, la plupart oublieraient l’incident et ne changeraient certainement pas d’opinion sur Gérald.
Carole, en revanche, a un souci plus important. Son scénario du pire implique la perte de son emploi. Cela semble grave. Que ferait-elle si elle perdait son emploi ? Les questions pour s’en tirer qui suivent vont aider Carole à découvrir ses propres ressources de débrouillardise. Vous-même, vous pouvez aussi vous en servir pour faire face à vos pires peurs.
❶ Ai-je déjà eu affaire à quelque chose de
semblable à cela dans le passé ?
❷ Dans quelle mesure cela va-t-il affecter ma
vie d’ici un an ?
❸ Est-ce que je connais quelqu’un qui a eu
affaire à quelque chose de semblable, et
comment cette personne s’est-elle
débrouillée ?
❹ Est-ce que je connais quelqu’un à qui
m’adresser pour lui demander de l’aide ?
❺ Est-ce que je peux m’imaginer une nouvelle
possibilité créative qui pourrait provenir de ce
défi ?
En s’efforçant de faire face à ses peurs, Carole a écrit ses propres réponses à ces questions pour s’en tirer, en les numérotant de 1 à 5 :
❶ Non, en fait je n’ai jamais perdu d’emploi
auparavant.
La première question n’a pas aidé Carole à découvrir ses ressources cachées, mais elle l’a aidée à se rendre compte qu’il est possible qu’elle surestime les risques de perdre son emploi.
❷ Si je perdais vraiment mon emploi, j’aurais
probablement des problèmes financiers
pendant un moment, mais je suis sûre que je pourrais trouver un autre boulot.
❸ Eh bien oui, mon amie Jeannette a perdu son
travail il y a quelques mois.
Elle a touché les allocations-chômage, et ses parents l’ont un peu aidée. Maintenant, elle a un nouvel emploi qu’elle aime vraiment.
❹ Je détesterais avoir à faire ça, mais mon frère
m’aiderait à m’en tirer quoi qu’il arrive si j’en avais vraiment besoin.
❺ Lorsque j’y pense, je déteste vraiment ces
heures de rendu chaque jour pour le journal.
J’ai un diplôme d’enseignant. Avec l’actuelle pénurie de profs, je pourrais toujours enseigner l’anglais dans un collège et avoir de grandes vacances. Et ce qui est encore mieux, je pourrais utiliser ces étés de vacances pour enfin écrire le roman que j’ai toujours voulu écrire. Peut-être même que je vais démissionner tout de suite pour faire ça !
C’est incroyable de voir à quel point le fait de se poser ces questions peut « décatastropher » ce que vous vous étiez imaginé comme scénario du pire. Répondre à ces questions peut vous aider à voir que vous pouvez faire face à la majorité de vos soucis, au moins pour les bagatelles. Mais qu’en est-il des scénarios du pire ? Pourriez-vous vous en tirer face à de véritables désastres ?