Guérir l'anxiété pour les Nuls, poche, 3e éd
Connectez-vous à la réalité
D’une certaine manière, le langage représente l’aboutissement de l’évolution. C’est le langage qui fait de nous des êtres humains, qui nous donne l’art, nous permet d’exprimer des idées complexes, et nous fournit les outils nécessaires pour créer des solutions aux problèmes. Dans le même temps, le langage pose la fondation d’une bonne partie de notre misère émotionnelle. Comment est-ce possible ?
Vous pensez peut-être que les chiens ne sont jamais anxieux, mais ce n’est pas vrai. Pourtant, ils ne sont anxieux que lorsqu’ils ont des expériences directes qui leur causent de la douleur ou de la gêne. Par exemple, les chiens aiment rarement aller chez le vétérinaire. Et plus d’un propriétaire de chien doit tirer de toutes ses forces son chien pour que celui-ci franchisse la porte du cabinet du véto.
Et pourtant, les hommes font ce que jamais des chiens ne feraient. Ils se réveillent en appréhendant les événements de la journée à venir. Les chiens ne se réveillent pas à 3 heures du matin en pensant « Oh non ! C’est aujourd’hui le jour où je dois aller chez le véto ? Qu’est-ce qu’ils vont me faire, là-bas ? »
Et les chiens n’ont que peu de regrets. Oh, bien sûr, ils ont parfois l’air assez coupables lorsqu’on les surprend à mastiquer soigneusement la chaussure de leur maître. Mais il suffit d’un mot gentil et d’une tape sur la tête pour qu’ils oublient tout cela. Certains anxieux se souviennent encore du mot de remerciement qu’ils ont oublié d’écrire à tante Irma il y a six ans.
De manière générale, les chiens semblent bien plus heureux que la plupart d’entre nous, les êtres humains. À moins qu’un chien n’ait été horriblement maltraité, il continue comme d’habitude sa vie avec contentement, joie, et, bien sûr, pas mal de sommeil. Les êtres humains, quant à eux, se font beaucoup de souci : ils sont obsédés par des horreurs imaginaires qui les attendent au bas de la rue, et ils ruminent leurs transgressions du passé.
Lorsque vous amenez des catastrophes futures possibles et des regrets passés dans le présent, ce que vous faites pour l’essentiel, c’est utiliser votre langage pour vous déconnecter de l’expérience de la vie réelle. Ce faisant, vous risquez de ruiner complètement vos moments présents, c’est-à-dire le temps durant lequel vous vivez en réalité votre vie tout entière ! Voyez l’exemple de Serge, qui redoutait la quantité de travail qu’il croyait devoir finir cinq jours plus tard.
Serge, qui est avocat, a son propre cabinet où il travaille seul. Un procès important va se dérouler dans cinq jours. La quantité de travail qui l’attend le fait presque suffoquer de peur. Bien sûr, il se fait du mauvais sang au cas où il fournirait une prestation moins que brillante, mais surtout, il est préoccupé par la lourde préparation des papiers, des dossiers, des dépositions et des requêtes qui doivent être achevés très rapidement. Il sait qu’il devra travailler du matin au soir en ayant à peine le temps de respirer. Ce qui est bizarre, c’est qu’une fois l’épreuve passée, il s’est rendu compte que la plus grande partie de ces cinq jours s’est révélée assez plaisante. Il se faisait du souci de ne pas pouvoir terminer ses tâches à temps, mais cela n’a en fait rien eu à voir du tout avec le travail réel qu’il a accompli. La plupart de tout ce travail a en fait été assez plaisant à effectuer. Pas un seul moment n’a été horrible en soi.
La prochaine fois que vous êtes obsédé par certains événements, certaines tâches, certains résultats futurs ou passés, essayez la technique suivante :
• Restez concentré sur chaque moment et
seulement sur ce moment, et ce, de la manière dont il vient à vous.
• Passez quelques minutes à noter toutes les
sensations de votre corps au moment présent, les sensations de toucher, les odeurs, les images et les sons.
• Lorsque des pensées sur les tâches qui vous
attendent vous viennent à l’esprit,
reconnaissez simplement la présence de ces pensées, et redirigez votre attention sur le moment présent.
• Si des pensées d’échecs passés ou de regrets
vous viennent à l’esprit, notez la présence de ces pensées et redirigez votre attention sur le moment présent.
• Souvenez-vous que les pensées ne reflètent
pas la réalité et ce que l’on vit vraiment ; ce ne
sont que des pensées.
• Lorsque vous remarquez des pensées
dérangeantes sur l’avenir ou le passé, essayez
simplement de les observer, notez comme il
est intéressant que votre esprit produise de
telles pensées, et revenez au moment présent.
• Souvenez-vous-en : il n’y a que peu de
moments qui soient véritablement
insupportables. C’est simplement notre
aptitude à ruiner le présent par des pensées au
sujet de l’avenir ou du passé qui nous dérange.
• Pensez à relire le chapitre 4 qui montre
comment peuvent être les pensées déformées,
et travaillez à les rendre plus réalistes. Puis
revenez encore au présent.
Au chapitre 4, nous vous avons expliqué comment analyser soigneusement la manière dont l’anxiété peut vous amener à faire des prévisions négatives et déformées. Puis nous vous avons montré comment faire des prévisions plus exactes. Pourtant, cette approche ne pourra vous amener que là, et pas plus loin. Peu importe que vous travailliez dur ou non à y parvenir, il est probable que des prévisions négatives vous viendront à l’esprit de temps en temps. Lorsque ce sera le cas, en dépit de vos meilleurs efforts pour les repenser avec des prévisions plus exactes, essayez de mettre en pratique les conseils de la liste qui précède. Ils vous aideront à éteindre le flot du bavardage négatif.
Nous avons une autre idée pour vous permettre d’arrêter d’écouter ce flot occasionnel de soucis à cause d’événements futurs.
❶ Pensez au nombre de fois dans le passé où
vous avez fait des prévisions négatives sur des événements qui allaient se produire.
❷ Puis, demandez-vous combien de fois ces
prévisions se sont révélées exactes. Si vous n’êtes pas sûr, tenez un journal de vos prévisions négatives, et voyez quel
pourcentage en ressort.
❸ Parmi les prévisions exactes, combien de fois
sont-elles aussi mauvaises que ce que vous avez anticipé ? Si vous n’êtes pas sûr de leur fréquence, tenez un journal pendant un certain temps.
La plupart des gens nous disent qu’au moins 90 % de ce pour quoi ils se font du souci ne se produit jamais. Parmi les événements redoutés qui se produisent vraiment, moins de 10 % sont réellement aussi mauvais qu’ils l’avaient anticipé. On peut donc conclure qu’il y a une surabondance de soucis et de moments présents ruinés juste pour anticiper quelques occurrences déplaisantes.
Prendre ces prévisions au sérieux, c’est un peu comme si vous écoutiez tous les jours un bulletin météo à la télé qui ne prédirait pour chaque jour que des tornades, des vagues de froid rigoureux et des tempêtes de neige. Par soumission, vous revêtez donc un lourd manteau, des gants et des bottes. Seulement, il y a un petit problème qui vous tourmente : 90 % du temps, le bulletin météo est complètement faux, et le temps est chaud et ensoleillé. Lorsque les prévisions du bulletin sont presque exactes, les conditions météo ne sont que rarement aussi mauvaises que celles prévues par le bulletin. Peut-être est-il temps de cesser d’écouter le bulletin météo de votre tête. Vous ne pouvez pas éteindre cette télé, mais vous pouvez au moins prendre son bulletin météo moins au sérieux !