Guérir l'anxiété pour les Nuls, poche, 3e éd
Les scénarios du pire
Les peurs de certaines personnes concernent des questions qui vont bien au-delà de la gêne en situation sociale ou d’une perte financière temporaire. Des maladies graves, la mort, la terreur, des catastrophes naturelles, la défiguration, des handicaps majeurs et la perte d’un être aimé constituent des scénarios du pire. Comment pourriez-vous faire face à l’un de ces scénarios ? Nous n’allons pas vous dire que cela serait facile, parce que ce ne serait pas vrai.
La mère et la grand-mère de Marilyne sont toutes deux mortes d’un cancer du sein. Elle sait que ses propres probabilités de contracter un cancer du sein sont supérieures à la moyenne. Quasiment tous les jours, elle s’inquiète de sa santé. Elle insiste pour faire des tests mensuels, et chaque fois qu’elle a mal au ventre, qu’elle est un peu fatiguée ou qu’elle a mal à la tête, elle s’imagine qu’elle a une tumeur.
Son stress préoccupe à la fois sa famille et son docteur. D’abord, le docteur l’aide à comprendre qu’elle surestime le risque. Contrairement à sa mère et à sa grand-mère, Marilyne fait des mammographies annuelles, et elle effectue régulièrement des auto-examens sur elle-même. Et ce n’est pas tout, puisqu’elle fait régulièrement de l’exercice et qu’elle a un régime alimentaire bien plus sain que ceux de sa mère et de sa grand-mère.
Mais il est quand même réaliste de penser que Marilyne court un risque de contracter un cancer du sein. Comment gérerait-elle ce scénario du pire ? Vous seriez surpris d’apprendre que les mêmes questions que celles utilisées pour les bagatelles pourront vous aider à faire face aux scénarios du pire. Jetez un œil à la manière dont Marilyne a répondu à nos cinq questions pour s’en tirer :
Question : Ai-je déjà eu affaire à quelque chose de semblable dans le passé ?
Réponse de Marilyne : Malheureusement, oui. J’ai assisté ma mère pendant sa chimiothérapie. C’était horrible, mais je me souviens avoir ri lorsque ses cheveux sont tombés. Je crois savoir que la chimiothérapie n’est aujourd’hui pas aussi grave qu’elle ne l’était avant, et de loin. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de ma mère que pendant cette période. On a discuté à fond de nombreux problèmes importants.
Question : Dans quelle mesure cela va-t-il affecter ma vie d’ici un an ?
Réponse de Marilyne : Si je contracte le cancer du sein, cela aura un effet dramatique sur ma vie d’ici un an. Je serais peut-être encore en traitement ou en convalescence après l’opération.
Ces deux premières questions concentrent l’attention de Marilyne sur la possibilité de contracter le cancer du sein. Bien qu’elle soit obsédée par cette idée et qu’elle se fasse du souci à cause d’elle, l’intensité de son anxiété l’a empêchée d’imaginer la manière dont elle y ferait face si l’éventualité se produisait vraiment. Bien qu’elle déteste l’idée de la chimiothérapie ou de l’opération, après en avoir imaginé la possibilité, elle comprend qu’elle pourrait probablement s’en tirer.
Plus vous évitez une peur, plus elle devient terrifiante.
Question : Est-ce que je connais quelqu’un qui a eu affaire à quelque chose de semblable, et comment cette personne s’est-elle débrouillée ?
Réponse de Marilyne : Bien sûr, ma mère est morte d’un cancer du sein. Mais, pendant les trois dernières années de sa vie, elle a profité de chaque instant. Elle s’est rapprochée de chacun de ses enfants et elle s’est fait de nouveaux amis. C’est drôle, mais lorsque j’y réfléchis, je pense qu’elle a été plus heureuse pendant cette période qu’à n’importe quel autre moment auparavant dont je puis me souvenir.
Question : Est-ce que je connais quelqu’un à qui m’adresser pour lui demander de l’aide ?
Réponse de Marilyne : J’ai entendu parler d’un groupe d’entraide pour les personnes souffrant de cancer, en ville. Et mon mari et ma sœur sont prêts à tout faire pour moi.
Question : Est-ce que je peux imaginer une nouvelle possibilité créative qui pourrait provenir de ce défi ?
Réponse de Marilyne : Je n’ai jamais considéré le cancer comme un défi, mais toujours comme une malédiction. Mais je pense que maintenant je peux choisir d’être anxieuse et soucieuse à cause de cela, ou juste prendre soin de moi et vivre ma vie à fond. Si je contracte un cancer, je pourrais aider d’autres personnes comme l’a fait ma mère, et j’emploierais mon temps disponible de manière positive. En outre, il y a une bonne probabilité que je puisse vaincre le cancer, et avec les progrès de la médecine, ces probabilités augmentent chaque jour. En attendant, je vais veiller à ne pas attendre les derniers jours de ma vie pour me rapprocher de ma famille.
Lorsque vous êtes anxieux à cause de quelque chose d’affreux qui pourrait se produire, il est important d’aller jusqu’à la fin de l’histoire. Dans notre travail, nous constatons de façon répétée que nos patients trouvent toujours des stratégies de débrouille pour le scénario du pire, même pour les trucs très graves. Lorsque les gens évitent d’empoigner leurs peurs à bras-le-corps, au lieu de devenir des gens qui s’en sortent, ils se transforment en victimes.
Georges, par exemple, a peur de prendre l’avion. Il recalcule les risques de prendre l’avion et comprend qu’ils sont faibles. Il se dit : « Je sais que c’est relativement sans danger, et ça m’aide un peu, mais prendre l’avion, ça m’effraie toujours. » Récemment, il a obtenu une promotion. Malheureusement pour lui, ce nouveau poste implique beaucoup de voyages. Georges s’est posé nos questions pour s’en tirer, et il y a répondu comme suit :
• Ai-je déjà eu affaire à quelque chose de
semblable à cela dans le passé ?
Non, auparavant, je n’ai jamais eu d’accident d’avion.
• Dans quelle mesure cela va-t-il affecter ma
vie d’ici un an ?
Pas beaucoup, je serais mort !
• Est-ce que je connais quelqu’un qui a eu
affaire à quelque chose de semblable, et comment cette personne s’est-elle
débrouillée ?
Non, personne parmi mes amis, mes parents ou mes connaissances n’a jamais eu d’accident d’avion.
• Est-ce que je connais quelqu’un à qui je
pourrais m’adresser pour lui demander de l’aide ?
Évidemment non. Je veux dire plutôt, que
pourraient-ils bien faire ?
• Est-ce que je peux imaginer une nouvelle
possibilité créative qui pourrait provenir de ce
défi ?
Comment ? Durant les quelques minutes que
j’aurais encore à vivre pendant la chute, il est
douteux que mes talents créatifs
s’épanouissent.
Hum ! Georges n’a pas l’air d’avoir extrait grand-chose de nos questions pour s’en tirer, n’est-ce pas ? Ces questions ne servent à rien pour un petit nombre de scénarios du pire. Pour ces situations, nous avons les questions pour s’en sortir dans les cas extrêmes :
❶ Qu’est-ce qui, dans cet événement, vous fait
penser que vous ne pourriez pas du tout y faire
face et le surmonter ?
❷ Ou est-il possible que vous puissiez vraiment
y faire face ?
Georges répond aux deux questions :
❶ D’accord, je peux m’imaginer deux accidents
d’avion différents. Dans le premier, l’avion
exploserait et je ne saurais probablement jamais ce qui est arrivé. Dans l’autre, quelque chose se passerait avec le moteur et je vivrais plusieurs minutes de terreur totale. C’est de ça dont j’ai vraiment peur.
❷ Pourrais-je y faire face ? Je pense que je n’y ai
jamais réfléchi auparavant. Cela me semblait trop effrayant pour l’envisager. Si je
m’imagine vraiment dans un avion, je m’accrocherais probablement au siège, je crierais même peut-être. Mais je pense que cela ne durerait pas longtemps. Je pense que je pourrais supporter presque n’importe quoi pendant un petit moment. Au moins, si je mourais dans un accident d’avion, je sais que ma femme et mes enfants ne manqueraient de rien. Lorsque j’y réfléchis vraiment, aussi déplaisant que cela puisse être, je pense que je pourrais y faire face. J’y serais obligé.
La plupart des gens ont, dans une certaine mesure, peur de mourir. Et même ceux qui ont de fortes convictions religieuses (ce qui peut être utile) n’accueillent que rarement bien cette pensée. Néanmoins, la mort est universelle. Bien que la plupart des gens préférassent avoir une sortie sans douleur et rapide pendant leur sommeil, de nombreux décès ne se produisent pas de façon aussi facile.