Guérir l'anxiété pour les Nuls, poche, 3e éd
Réévaluez le risque
Prenez une décision : pensez-vous vraiment que vos pensées anxiogènes tiennent la route ? Si ce n’est pas le cas, vous pourriez bien vous mettre à les prendre moins au sérieux, et votre niveau d’anxiété pourrait alors tomber d’un cran ou deux.
Faire une fois le tableau de vos pensées anxiogènes en procédant à l’évaluation des preuves, ça peut s’avérer utile, mais la pratique amplifie l’effet. Plus vous persévérerez, plus le nombre de fois que vous remettrez vos pensées anxiogènes en question en les confrontant aux véritables preuves sera élevé, plus vous y gagnerez. Nombreux sont nos patients qui trouvent que faire un tel tableau régulièrement pendant trois ou quatre mois soulage une quantité considérable de leurs sentiments négatifs.
Réévaluez le risque
Une autre méthode importante pour vous attaquer à vos pensées anxiogènes consiste à étudier la manière dont vous évaluez les probabilités. Si vous êtes anxieux, comme beaucoup de gens, vous surestimez peut-être les probabilités que les événements indésirables se produisent réellement. Cela arrive facilement. Par exemple, quand avez-vous écouté pour la dernière fois un bulletin d’informations où le présentateur disait que personne n’avait été mordu par un serpent ce jour-là, ou qu’un demi-million d’avions se sont envolés et ont atterri aujourd’hui sans qu’un seul ne s’écrase ? Il n’est pas surprenant que les gens surestiment les désastres. Comme ils capturent notre attention, nous nous concentrons sur les événements spectaculaires plutôt que sur les événements « banals ». C’est pour cela qu’il est utile de s’interroger sur les probabilités réelles et objectives de la catastrophe que vous prédisez.
Les pensées ne sont que des pensées. Mettez-les à l’épreuve de la réalité.
Marie a peur de prendre l’avion. Son beau-père, qui vivait en Pologne, vient subitement de mourir. Marie traverse en voiture l’Europe pour se rendre aux funérailles, plutôt que de prendre l’avion avec son mari. Non seulement elle est incapable d’aider sa famille à s’occuper des formalités, mais en plus elle manque plusieurs jours de travail. Son choix est ironique, parce qu’en conduisant, elle augmente beaucoup ses chances d’être blessée, voire de mourir. Prendre l’avion, c’est toujours le moyen de transport le plus sûr qui soit.
Laurent aime promener son chien. Malheureusement, il se fait aussi du souci d’avoir peut-être oublié de fermer la porte à clé après avoir quitté la maison. Le plus souvent, après avoir tourné le premier coin de la rue, il retourne sur ses pas pour vérifier que la porte est bien fermée à clé. Il lui arrive parfois de vérifier quatre ou cinq fois. Il est quasiment paniqué à l’idée que quelqu’un pourrait cambrioler sa maison. Il ne comprend pas qu’il surestime deux risques. D’abord, bien que ses pensées lui disent qu’il n’a probablement pas verrouillé la porte, la réalité lui dit que cela n’est jamais arrivé. Deuxièmement, seuls quelques rares cambriolages ont été perpétrés dans son voisinage au cours des dernières années. La probabilité qu’un cambrioleur se prépare à s’introduire dans la maison de Laurent au cours des 35 minutes durant lesquelles il promène le chien est extrêmement faible.
Laurent et Mary consacrent l’un comme l’autre trop de temps et d’efforts à éviter de faire face à leurs peurs, et il est improbable que les événements dont ils ont peur se produisent réellement. Soumettez vos propres peurs à l’examen de la réalité. Et évaluez soigneusement les probabilités.
Chaque fois que c’est possible, consultez des statistiques relatives aux événements qui vous font peur. Toutefois, des statistiques ne seront pas toujours là pour vous aider.
L’histoire qui suit montre comment l’on peut surestimer la probabilité d’un événement horrible.
Quelles sont les probabilités ?
Les risques d’être frappé par un éclair un certain jour donné sont de 1 sur 250 millions, et ceux, pendant la durée de toute une vie, d’être tué :
• par un chien sont de 1 sur 700 000 ;
• par un serpent, un lézard venimeux ou une araignée
venimeuse sont d’environ 1 sur 700 000 ;
• par une arme à feu de 1 sur 202 ;
• dans les airs ou dans l’espace de 1 sur 5 000 ;
• dans un accident de voiture d’environ 1 sur 81.
Notez à quel point les probabilités réelles ne correspondent pas vraiment à ce dont les gens ont peur. Bien plus de gens ont davantage peur des orages, des serpents, des araignées et de prendre l’avion que peur de conduire ou d’être tué par une arme à feu. Pas très logique, n’est-ce pas ? Finalement, il faut noter que vos probabilités personnelles peuvent varier. Si vous vous exposez régulièrement à des orages, avec vos clubs de golf dans les airs, vos risques d’être frappé par l’éclair sont un peu plus élevés que la moyenne.
Denis arrache la poêle des mains de sa femme, Liliane. Il lui jette : « Je vais finir de faire griller la viande. Va mettre la table. » Ses manières abruptes blessent Liliane, mais elle sait qu’il devient anxieux lorsqu’ils ont des invités à dîner. Denis tient fermement la poêle au-dessus de la cuisinière, en regardant attentivement la couleur de la viande. Il se sent irritable et anxieux, « en sachant déjà » que le dîner va mal tourner. Il s’inquiète de la viande qui n’est pas suffisamment tendre et des légumes qui ont l’air trop cuits. Le stress est contagieux, et lorsque les invités arrivent, Liliane partage ses craintes.
Quel est le résultat que prédit Denis ? À chaque fois quasiment que lui-même et Liliane ont des invités, Denis croit que le repas qu’ils préparent sera immangeable, que leurs invités en seront horrifiés et qu’il sera humilié. Les probabilités que cela se produise ne sont disponibles ni dans un tableau, ni dans un livre. Donc comment va-t-il évaluer les probabilités réelles ? Vous-même ou Denis, vous pouvez vous poser les questions pour recalculer les probabilités, et écrire ensuite quelques réponses :
• Combien de fois ai-je prédit ce résultat et
combien de fois s’est-il vraiment réalisé ?
• Combien de fois cela est-il arrivé à des gens
que je connais ?
• Si quelqu’un que je connais avait fait cette
prédiction, est-ce que je serais d’accord ?
• Est-ce que je suppose que cela va se produire
simplement parce que j’ai peur que ce soit le
cas, ou peut-on raisonnablement penser qu’il
y a des chances que cela arrive vraiment ?
• Est-ce que par le passé j’ai vécu des
expériences qui pourraient suggérer que mes
prévisions pessimistes ne vont probablement
pas se réaliser ?
Dans le cas de Denis, il se rend compte que lui-même et sa femme n’ont en fait jamais ruiné un dîner, bien qu’il en ait fait la prédiction de nombreuses fois auparavant. De plus, il a testé sa seconde prédiction selon laquelle ses invités seraient horrifiés si le dîner tournait mal. Il s’est souvenu de la fois où lui-même et Liliane s’étaient rendus à un barbecue où la viande était brûlée au point d’être immangeable. Tous les invités y ont exprimé leur sincère sympathie et ont raconté leurs propres expériences de désastres culinaires. Ils finirent par se faire livrer une pizza, et ils trouvèrent tous que c’était l’une des soirées les plus joyeuses qu’ils avaient passée depuis longtemps. Leurs hôtes, loin de se sentir humiliés, ont manifesté de la bonne volonté.