Le Personal MBA
La hiérarchie des financements
Un usage excessif de l’endettement par les banques d’affaires a largement contribué à la récession de 2008-2009. À l’époque, il n’était pas rare de voir des banques appliquer un Effet de levier de 30 ou 40. Des millions (voire des milliards) d’euros étaient gagnés ou perdus lorsque la valeur d’une action donnée montait ou baissait d’un seul point. Au moment où les marchés se sont effondrés, les pertes des banques ont été amplifiées avec l’Effet de levier qu’elles avaient appliqué à leurs investissements, ce qui menaçait même leur existence.
Utiliser l’Effet de levier est jouer avec le feu : employé correctement, cet outil peut être utile, mais mal employé, il peut se révéler terriblement destructeur. N’y recourez que si vous êtes pleinement conscient des conséquences éventuelles et prêt à les accepter. Sinon, vous compromettez votre situation financière et la survie de votre entreprise.
RETROUVEZ CE CONCEPT À L’ADRESSE : http://book.personalmba.com/leverage/
La hiérarchie des financements
« L’argent coûte souvent trop cher. »
RALPH WALDO EMERSON, ESSAYISTE ET POÈTE
I maginez que vous avez inventé un appareil antigravitationnel capable de faire léviter des objets solides sans réclamer beaucoup de puissance. Votre invention va révolutionner les transports et l’industrie, et rendre possible la création d’une foule de nouveaux produits. Les commandes affluent et tout ce que vous avez à faire, c’est de produire suffisamment d’appareils pour satisfaire la demande.
Toutefois, il y a un problème : selon les estimations, l’équipement nécessaire à l’installation d’une usine de fabrication va vous coûter 1 milliard d’euros. Et, malheureusement, vous n’avez pas cette somme. Apparemment, votre appareil résout un problème majeur, mais pas le vôtre. Que faites-vous ?
Un Financement peut vous aider à entreprendre des choses que vous ne pourriez pas faire avec le budget dont vous disposez actuellement. Si votre entreprise a besoin d’un équipement coûteux ou d’une masse salariale importante pour créer et délivrer la valeur, vous allez probablement devoir recourir à un Financement externe. Rares sont les entrepreneurs à pouvoir puiser dans d’énormes sommes d’argent qui dorment sur leur compte bancaire, mais il est étonnamment facile de s’adresser à ceux qui peuvent vous en donner.
Le Financement est l’équivalent financier du carburant pour les fusées. Si votre entreprise a besoin de capacités supplémentaires et se dirige dans la bonne direction, un usage judicieux du Financement peut vous aider à accélérer sa croissance. En revanche, si votre entreprise souffre de problèmes structurels, elle va exploser en vol.
Pour accéder à un Financement externe, il est souvent nécessaire de renoncer à une partie du contrôle de son entreprise. Les financiers ne vont pas vous donner de l’argent pour rien – ils vous demandent toujours quelque chose en retour.
N’oubliez pas que permettre l’accès au Capital est une Forme de valeur pour de nombreuses entreprises. En échange de leurs ressources, vos prêteurs ou investisseurs vous demandent de la valeur – des intérêts ou une participation aux bénéfices. Ils vont également chercher à diminuer leur risque de tout perdre si votre entreprise fait faillite. Et pour réduire ce risque, ils vous demandent de pouvoir exercer un certain contrôle sur le fonctionnement de votre entreprise. Plus vous leur demandez d’argent, plus ils réclament de contrôle.
Je pense qu’il est utile de comprendre la Hiérarchie des Financements comme une échelle des options disponibles. Tout entrepreneur démarre en bas de l’échelle et grimpe aussi haut que nécessaire. Mais rappelez-vous que plus vous monterez haut, plus vous obtiendrez un Financement important et plus vous devrez abandonner du contrôle sur votre entreprise.
Examinons en détail cette Hiérarchie des Financements en commençant par le bas de l’échelle :
Votre propre argent est la meilleure forme de financement. Investir l’argent qu’on possède déjà est facile et rapide – pas besoin d’approbation et pas de paperasseries ! La plupart des entrepreneurs commencent par se financer au maximum sur leurs liquidités personnelles.
Votre carte de crédit est une autre forme de Financement à faible coût. À condition de ne pas avoir besoin de plus de quelques milliers d’euros, il est facile de financer ses dépenses via votre carte de crédit à paiement différé (plus utilisée aux États-Unis). En général, l’accord est facile à obtenir en particulier si vous avez une bonne Réputation auprès de votre banque. Attention tout de même à cette Réputation si vous êtes dans l’impossibilité de payer, mais le risque vaut la peine d’être pris aux yeux de nombreux entrepreneurs.
J’ai financé mon activité commerciale par mes liquidités personnelles et le crédit. Si vos besoins restent modestes, le recours au crédit pour financer vos frais d’établissement est une bonne idée, à condition de surveiller votre budget.
Les prêts personnels sont généralement accordés par la famille et les amis si les liquidités personnelles et le crédit ne suffisent pas. Mais attention : le risque de ne pas pouvoir rembourser vos proches ou vos amis est bien réel et peut avoir un effet dévastateur sur vos relations personnelles avec eux. C’est pourquoi je vous déconseille de demander à vos parents ou grands-parents de miser leurs économies sur votre idée, aussi géniale qu’elle vous paraisse !
Les prêts non garantis sont octroyés par les banques. Vous remplissez un dossier, demandez une certaine somme d’argent et la banque évalue votre capacité à rembourser le prêt (intérêts et capital) sur une période donnée. Le prêt peut se présenter sous la forme d’une somme globale ou d’une ligne de crédit que vous pouvez utiliser à tout moment. La banque ne demande pas de garantie pour des sommes faibles (quelques milliers d’euros), d’où un taux d’intérêt probablement un peu plus élevé que pour une carte de crédit ou un prêt garanti.
Les prêts garantis nécessitent une garantie. Les prêts immobiliers et les prêts automobiles sont de bons exemples de prêts garantis : si vous ne remboursez pas votre prêt selon les modalités déterminées à l’avance, le prêteur est autorisé à saisir le bien laissé en garantie et à le vendre pour récupérer ses fonds. En général, les prêts garantis concernent des sommes plus importantes et peuvent concerner des dizaines, voire des centaines de milliers d’euros.
Les obligations sont une dette vendue à des prêteurs individuels. Au lieu de demander un prêt à une banque, l’entreprise demande à des particuliers ou à d’autres entreprises de lui prêter de l’argent directement. Les acheteurs d’obligations donnent l’argent directement à l’entreprise qui s’engage à les rembourser à un taux d’intérêt fixe et dans un délai déterminé à l’avance. À l’échéance, l’entreprise doit rembourser le montant initial de l’emprunt (prix nominal de souscription) en plus des paiements déjà effectués (intérêts versés). Les procédures réglementaires qui encadrent le marché obligataire peuvent être extrêmement complexes, c’est pourquoi les émissions d’obligations sont généralement effectuées par une banque d’investissement.
L’affacturage constitue un type particulier de prêt garanti réservé aux entreprises qui permet de se faire payer de manière anticipée les créances en cours. L’affacturage permet de disposer de liquidités supplémentaires qui peuvent être considérables mais il présente un coût : la garantie du prêt se fait par un contrôle des créances à recouvrer par l’entreprise. Puisque la banque contrôle les créances à recouvrer, elle se paie en priorité, avant même les salariés ou les fournisseurs. Vous disposez de sommes conséquentes, mais en échange vous cédez un contrôle important au prêteur.
Le capital apporté par un Business Angel, parfois appelé « Angel Capital » correspond au moment où on passe des Emprunts au Capital dans la Hiérarchie des financements. Un Business Angel est un particulier qui a les moyens d’investir dans une entreprise privée, pour des montants généralement entre 10 000 et 1 million d’euros. En échange de ces capitaux, cet investisseur obtient de 1 à 10 % du capital de l’entreprise, il devient propriétaire d’une partie de votre entreprise. Certains Business Angels peuvent fournir des conseils, mais ils n’ont généralement pas le pouvoir de prendre des décisions relatives à la gestion de l’entreprise.
Les investisseurs en capital-risque (en anglais Venture Capital ou VC) vont plus loin que les Business Angels : ce sont des investisseurs extrêmement riches (ou des groupes d’investisseurs qui mettent leurs fonds en commun) qui acceptent de vous apporter d’importants capitaux – des dizaines, voire des centaines de millions d’euros en un seul investissement. Le financement via le capital-risque se fait lors de différentes phases d’investissement appelées « tours de table », d’abord faibles, puis qui augmentent à mesure que les besoins en capitaux grandissent. Chaque tour de table dilue le pourcentage de l’entreprise possédé par les actionnaires d’origine, ce qui implique des négociations souvent longues et difficiles. Les capital-risqueurs exigent également un pouvoir de contrôle important en échange des capitaux apportés – contrôle qui se traduit par le droit de siéger au conseil d’administration de l’entreprise.
Une offre publique de vente d’actions implique de vendre une part du capital de l’entreprise à des investisseurs sur le marché. Et ce sont généralement les banques d’investissement qui se chargent d’organiser une telle opération qui va permettre de réunir d’énormes capitaux pour l’entreprise qui, en échange, vend ses actions sur le marché boursier. Une introduction en Bourse est simplement la première offre publique de vente d’actions d’une entreprise.
Tout investisseur qui achète des actions possède légalement une part du capital de l’entreprise, ce qui l’autorise à participer aux décisions managériales via l’élection du conseil d’administration. L’investisseur qui possède le plus d’actions dans l’entreprise la contrôle, c’est pourquoi l’introduction en Bourse crée le risque d’une OPA, c’est-à-dire l’achat massif d’actions dans le but de contrôler l’entreprise.
Les offres publiques d’actions sont le plus souvent utilisées par les Business Angels et les capital-risqueurs pour échanger la part du capital qu’ils possèdent contre de l’argent. Les investisseurs peuvent percevoir de deux manières de l’argent : soit en touchant des dividendes (une part des bénéfices dégagés par l’entreprise), soit en vendant leurs actions à un autre investisseur. Les offres publiques d’actions permettent aux investisseurs de vendre leurs actions contre de l’argent, d’où l’intérêt des Business Angels et des capital-risqueurs à encourager l’introduction en Bourse ou le rachat par une autre entreprise le plus rapidement possible pour récupérer leur mise. Plus vous devez abandonner de contrôle en échange de chaque euro obtenu, moins la source de financement est intéressante pour vous. Plus vous devez consulter de monde avant de prendre des décisions, plus votre entreprise est lente à fonctionner. Les investisseurs augmentent les Coûts de communication (concept abordé ultérieurement), ce qui peut entraver votre capacité à agir rapidement.