Le Personal MBA

KAUFMAN Josh · Chapitre 20 sur 287

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Le Personal MBA

Ce qu’un MBA vous apporte réellement

L’école de commerce est un gros risque. Si vous choisissez de postuler

à un MBA, la seule certitude que vous ayez, c’est de sortir

100 000 euros en moyenne. Ce chiffre correspond à un remboursement

de prêt non déductible de 1 200 dollars par mois et à une période de

dix ans durant laquelle vous serez incapable d’épargner le moindre

centime.

Si vous pensez que le jeu en vaut la chandelle, alors lancez-vous.

Sinon, faites autre chose.

De sages paroles. Si vous n’avez pas absolument besoin du diplôme, laissez tomber.

 

Ce qu’un MBA vous apporte réellement

« L’hypocrisie peut se permettre d’être grandiose dans ses promesses, car

l’intention seule ne coûte rien. »

EDMUND BURKE, HOMME POLITIQUE ET POLITOLOGUE

 

D ans « The End of Business Schools? Less Success Than Meets the Eye » (« La fin des écoles de commerce ? Moins de succès qu’on le dit »), une étude publiée dans Academy of Management Learning and Éducation 10 , Jeffrey Pfeffer de l’Université de Stanford et Christina Fong de l’Université de Washington ont analysé l’équivalent de quarante années de données avec pour objectif de prouver que les écoles de commerce contribuent largement à la réussite de leurs diplômés. Leur hypothèse était étonnamment simple :

Si un programme de MBA est une formation utile, alors : 1) être

titulaire d’un MBA devrait, toutes choses égales par ailleurs, être

corrélé à différentes mesures de la réussite professionnelle, dont le

salaire ; et 2) si ce qu’un étudiant apprend dans une école de

commerce l’aide à être mieux préparé au monde de l’entreprise et plus

compétent dans ce domaine – autrement dit, si les écoles de commerce

transmettent un savoir utile sur le plan professionnel –, alors une

évaluation des connaissances acquises ou de la maîtrise du sujet, par

exemple sous forme de notes en contrôle continu, devrait au moins

être prédictive des différents résultats qui commandent la réussite

dans le monde des affaires.

Les conclusions de Pfeffer et Fong ont été aussi stupéfiantes que perturbantes : les écoles de commerce ne font quasiment rien, hormis soutirer de l’argent aux étudiants.

Les écoles de commerce ne sont pas très efficaces : ni la détention

d’un MBA ni les notes obtenues en contrôle continu ne sont en

corrélation avec la réussite professionnelle, des résultats qui mettent

en question l’efficacité de ces écoles dans la préparation des

étudiants. Et les preuves que les travaux de recherches effectués par

les écoles de commerce ont une influence sur les pratiques

managériales sont bien minces, ce qui fait naître des doutes sur le

bien-fondé des bourses accordées aux étudiants en management.

Selon l’étude de Pfeffer et Fong, peu importe que vous sortiez premier de votre promotion ou décrochiez votre diplôme de justesse – obtenir un MBA n’a aucun lien avec la réussite professionnelle à long terme. Aucun.

Il existe peu de preuves qu’un MBA, notamment d’une école qui ne

fait pas partie des plus prestigieuses, ou que les notes obtenues en

contrôle continu dans une école de commerce soient corrélés avec le

salaire ou l’obtention d’un poste à responsabilité au sein de

l’entreprise. Ces données se contentent de suggérer que l’aspect

formation au monde de l’entreprise n’est que faiblement corrélé avec

le management des organisations.

Cela est difficile à entendre si vous avez déboursé quelques centaines de milliers d’euros pour acheter un diplôme dont le seul objectif est de vous assurer une plus grande réussite dans le monde des affaires.

Mais il y a pire : obtenir un MBA n’a même pas d’impact sur vos revenus sur l’ensemble de votre vie. Il vous faut travailler pendant des décennies simplement pour vous désendetter. Christian Schraga, le titulaire d’un MBA à Wharton cité précédemment, estimait que la « valeur actuelle nette » (une technique d’analyse financière utilisée pour estimer si un investissement en vaut la peine ou non) d’un programme MBA parmi les meilleurs était approximativement de – 40 000 dollars (valeur négative). Il partait sur le principe d’un salaire de base pré-MBA de 65 400 dollars, d’un salaire post-MBA de 88 500 dollars (soit une hausse de 35 %), d’une augmentation du taux marginal d’imposition (si votre emploi vous oblige à déménager dans une grande ville) et d’un taux d’actualisation de 7 % correspondant au coût d’opportunité (les opportunités que vous ratez en donnant votre argent à l’école de commerce au lieu de l’investir dans autre chose). Autrement dit, Schraga a employé une technique enseignée par les écoles de commerce pour prouver qu’obtenir un MBA dans une école prestigieuse était une mauvaise décision financière.