Le Personal MBA
L’épuisement de la volonté
La capacité à inhiber certaines décisions ou réponses peut nous être utile, mais elle a ses limites, comme nous allons le voir dans le prochain concept.
RETROUVEZ CE CONCEPT À L’ADRESSE : http://book.personalmba.com/inhibition/
L’épuisement de la volonté
« Si vous ne voulez pas glisser, n’allez pas là où c’est glissant. »
DICTON DES ALCOOLIQUES ANONYMES
D ans les années 1960 le professeur Walter Mischel, chercheur à l’Université de Columbia, a systématiquement torturé de jeunes enfants.
Voici comment il a procédé : il a placé l’enfant dans une petite pièce avec une table et une chaise. Au milieu de la table, il a posé un énorme chamallow, puis dit à l’enfant : « Si tu attends que je revienne, tu peux en avoir deux. » Puis il est sorti de la pièce.
Et voici ce qui s’est passé : certains enfants ont avalé le chamallow quelques secondes après le départ du chercheur. D’autres ont fait des efforts surhumains pour détourner leur regard de l’objet de la tentation et prêter attention à autre chose, cherchant désespérément à tenir assez longtemps pour pouvoir accéder à la récompense suprême : deux chamallows.
Le professeur Mischel a établi une relation entre la Volonté et la réussite : les enfants dotés d’une capacité plus grande à « différer la gratification » réussissaient davantage à l’école et dans leur vie adulte. Surmonter nos instincts peut nous permettre d’obtenir de plus belles récompenses, à condition de pouvoir attendre – s’il est facile de dépenser, économiser de l’argent l’est beaucoup moins, même si l’épargne offre plus d’avantages dans la durée.
La Volonté peut être pensée comme la neutralisation de nos instincts, comme un moyen d’interrompre nos processus automatiques pour faire autre chose. À chaque fois que nous sommes dans une situation où nous avons intérêt à Inhiber nos tendances innées, nous avons besoin de Volonté pour y parvenir. C’est pourquoi la Volonté est un outil utile, en dépit de ses limites.
Nos réserves de Volonté sont très limitées et s’Épuisent à l’usage. Le professeur Roy Baumeister, chercheur à l’Université de l’État de Floride, a découvert que notre capacité à utiliser notre Volonté avec succès pour exercer un contrôle sur nous-mêmes dépendait d’un carburant physiologique : la glycémie. Les actes nécessitant beaucoup de Volonté épuisent de grandes quantités de glucose, et quand nos stocks sont au plus bas, nous avons du mal à faire preuve de Volonté pour Inhiber un comportement. C’est la raison pour laquelle il vous est difficile de résister à un grand pot de crème glacée à 20 h 30 si vous êtes au régime – à cette heure-là, vos réserves de Volonté sont épuisées depuis longtemps.
Le meilleur moyen d’employer raisonnablement vos réserves limitées de Volonté est d’utiliser une Structure directrice pour changer la structure de votre Environnement (concept abordé ultérieurement) et non votre comportement lui-même. Par exemple, si vous décidez que vous voulez cesser de manger des glaces, il serait stupide d’en garder un pot dans votre congélateur et de compter sur la force de votre Volonté pour résister à la tentation d’y goûter. Cette situation mène inévitablement à la déception, et lorsque votre Volonté défaille, il vous est facile d’interpréter votre écart de conduite comme un défaut de caractère, une faiblesse de votre personnalité – vous tombez là dans le piège de l’Erreur d’attribution (concept abordé ultérieurement).
N’est-il pas plus efficace de faire preuve d’un peu de Volonté pour supprimer totalement les glaces de votre congélateur, soit en les donnant à quelqu’un, soit en les jetant. Éliminer les glaces de votre Environnement vous dispense d’avoir de la Volonté – c’est la solution de facilité, à mon avis. Et si vous avez faim, vous mangez autre chose – une pomme, par exemple.
Internet est une grande tentation pour moi. J’adore apprendre de nouvelles choses et la Toile contient suffisamment d’informations intéressantes pour me tenir indéfiniment occupé, les yeux rivés à mon écran. Il m’est plus facile de passer du temps à lire qu’à écrire, mais j’écris sur mon ordinateur, ce qui est l’équivalent de garder des glaces dans son congélateur. La tentation de surfer sur le Web au lieu d’écrire est omniprésente.