Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Airelle
n. f.
T. de Botanique
. Sous- arbrisseau à fleurs rougeâtres, de la famille des Vacciniées, qui porte une petite baie nommée aussi Airelle, d'un noir violacé, légèrement acide, dont on fait usage en médecine et dans la teinture.
AIRER
v. intr.
Faire son nid, en parlant de certains oiseaux de proie.
AIS
n. m.
Planche de bois. Ais de chêne, de hêtre, de sapin. Faire des ais. Scier des ais Scieur d'ais. Cloison d'ais.
Ais de bateau, Planches de chêne ou de sapin tirées des bateaux que l'on défait. Elles servent à faire des cloisons légères. Cloison d'ais de bateau.
En termes de jeu de Paume, Un coup d'ais, Le coup que la balle donne de volée dans un ais qui est du côté du service. Voilà un beau coup d'ais.
AISANCE
n. f.
Liberté de corps et d'esprit dans le travail, dans les mouvements, dans les manières, dans le commerce de la vie. Porter avec aisance un pesant fardeau. Faire tout avec aisance. L'aisance avec laquelle il traite les affaires les plus difficiles. L'aisance qu'il a dans ses manières. Il se présente, il parle, il s'exprime avec aisance.
Il signifie par extension État de fortune suffisant pour se procurer les commodités de la vie. Il vit dans l'aisance. Il est dans l'aisance. Il a de l'aisance. Il jouit d'une honnête aisance. Il doit son aisance à son travail.
AISANCES, au pluriel, se dit d'un Lieu pratiqué dans une maison pour y satisfaire les besoins naturels. Cabinet d'aisances. Fosse d'aisances. Lieux d'aisances.
AISÉ, ÉE
adj.
Qui se fait avec aise. Cela est aisé, bien aisé. C'est une chose aisée. Il n'y a rien de si aisé. Des moyens courts et aisés. Voilà le chemin le plus aisé. Une chose aisée à faire. Cela est aisé à trouver. Cela n'était pas aisé à trouver. Cet enfant est aisé à gouverner. Une lettre qui n'est pas aisée à lire. Il n'est pas aisé de bien écrire. Il est aisé de voir que cela le contrarie.
Cela vous est bien aisé à dire, Manière de parler qu'on emploie familièrement lorsqu'un homme donne quelque conseil difficile à pratiquer et qu'il n'est pas obligé de suivre.
Cet homme est aisé à vivre, Il est d'un commerce facile et doux.
Un habit aisé, des souliers aisés, Un habit, des souliers qu'on met facilement, où l'on est à l'aise. Ces souliers sont trop aisés, Ils sont trop larges, ils ne serrent pas assez le pied.
Une morale, une dévotion aisée, Une morale, une dévotion relâchée.
Avoir les manières aisées, Avoir des manières d'agir faciles, où il n'y a rien de contraint, rien de gêné. Avoir la conversation aisée, Avoir une conversation facile et agréable. Avoir l'esprit aisé, Imaginer, concevoir, s'expliquer facilement. Avoir un style aisé, Écrire d'une manière naturelle, claire, qui semble n'avoir point donné de peine. Des vers aisés, Des vers qui paraissent faits sans peine, qui ne sentent point le travail. On dit plus ordinairement Des vers faciles.
Une taille aisée, Une taille libre, dégagée. On dit dans le même sens Un air aisé.
AISÉ signifie encore Qui vit à l'aise. Un bourgeois aisé. C'est un homme aisé, fort aisé. Il est aisé dans ses affaires.
AISE
n. f.
Sentiment de joie, de plaisir, causé par la présence, par la possession d'un bien. Tressaillir d'aise. Être transporté d'aise. Être ravi d'aise. Il ne se sent pas d'aise.
Il signifie aussi État commode et agréable. Être à son aise, bien à son aise. Vous êtes là bien à votre aise. Se mettre à son aise. Travailler à son aise. Je ferai cela à mon aise.
Par ellipse, À votre aise, À votre commodité quand vous voudrez.
Être à son aise, vivre à son aise, être fort à l'aise, Être dans l'abondance selon sa condition.
Être mal à son aise, Se sentir indisposé.
Fig., Mettre quelqu'un à son aise, L'encourager, empêcher qu'il n'ait de la timidité ou de l'embarras, faire qu'il soit dans un état de liberté et de familiarité. Mettre les gens à leur aise. Je le craignais, mais il m'a mis promptement à mon aise par la franchise de ses discours. Je n'osais vous parler de cela, mais vous me mettez à mon aise en m'en parlant le premier. On dit de même C'est un homme agréable et commode, avec qui on est toujours à son aise. Fam., Se mettre à son aise signifie quelquefois Manquer aux convenances, en user avec trop de liberté, de familiarité.
Fam., N'en prendre qu'à son aise, Ne faire que ce qui plaît, sans se gêner, sans se fatiguer.
Fam., Vous en parlez bien à votre aise, se dit d'une Personne qui donne quelque conseil difficile à pratiquer et qu'elle n'est pas obligée de suivre, ou qui parle avec sang-froid des misères et des douleurs qu'elle n'éprouve pas.
Paix et aise, Une vie tranquille, sans contrainte et sans soins. Je ne demande que paix et aise. Il s'emploie aussi adverbialement. Il vit chez lui paix et aise.
AISES se dit au pluriel pour signifier les Commodités de la vie. Aimer ses aises. Chercher ses aises. Prendre ses aises. On n'a pas toutes ses aises en ce monde.
À L'AISE,loc. adv.
Commodément, sans peine. On est fort à l'aise dans ce fauteuil. Il tient six personnes à l'aise dans cette voiture. Cette ville n'est pas éloignée, on y va à l'aise dans un jour. On dit aussi figurément, Être à l'aise dans un sujet, devant un public, etc.
On dit aussi, ironiquement, À votre aise, au sens de : Comme il vous plaira.
AISE s'emploie aussi comme adjectif et signifie Qui ressent de la joie. Que je suis aise de vous avoir rencontré! Je suis bien aise de vous voir en bonne santé. J'en suis très aise. J'en suis aise au dernier point. Que je suis aise de cette nouvelle! Nous en sommes bien aises. Elle en est fort aise. Elle est tout aise et tout heureuse d'avoir trouvé ce mari-là.
AISÉMENT
adv.
D'une manière aisée. J'en viendrai aisément à bout. Je veux des chaussures que je puisse mettre aisément. Travailler aisément. Faire aisément des vers. Il change aisément d'avis. Vivre aisément. Ce cheval va aisément.
AISSELLE
n. f.
Dessous du bras, endroit où il se joint à l'épaule. L'aisselle droite. L'aisselle gauche. Porter quelque chose sous ses aisselles.
Il se dit par analogie, en termes de Botanique, de l'Angle plus ou moins aigu que forme avec la tige un rameau ou une feuille. Les fleurs de certaines plantes naissent dans les aisselles des feuilles.
AISSETTE
n. f.
Marteau qui d'un côté a une tête ronde et de l'autre un large tranchant. On écrit quelquefois ESSETTE.
AJOINTER
v. tr.
Joindre par les extrémités bout à bout.
AJONC
n. m.
Arbuste épineux, à fleurs jaunes et à feuilles petites, appelé aussi Genêt épineux. Faire des fagots d'ajonc pour chauffer le four. Les jeunes pousses de l'ajonc servent à nourrir les bestiaux.
AJOURÉ, ÉE
adj.
Qui est percé à jour. Balcon ajouré. Dentelle ajourée.
En termes de Blason, il se dit de Pièces percées à jour qui laissent voir l'émail du champ.
AJOURER
v. tr.
Pratiquer des jours, des vides, rendre ajouré. Ajourer du bois, une étoffe.
AJOURNEMENT
n. m.
Action d'ajourner. L'ajournement d'un mariage, d'un projet, d'un procès. On a demandé l'ajournement de la délibération.
En termes de Procédure, il signifie Assignation ou avertissement qu'on fait donner par officier public à une personne pour qu'elle se présente devant la justice à un jour désigné. Exploit d'ajournement. Ajournement fait à domicile, fait à personne. Le délai des ajournements. Ajournement à quinzaine.
En termes d'ancienne Procédure criminelle, Ajournement personnel, Assignation donnée à quelqu'un, en vertu d'une ordonnance ou d'un décret du juge, pour comparaître en personne et répondre sur les faits dont il est accusé. Décerner un ajournement personnel. Décréter d'ajournement personnel. Décret d'ajournement personnel.
AJOURNER
v. tr.
Remettre à un autre jour. Ajourner une affaire, une partie de plaisir, une élection.
Il signifie aussi, en matière de Délibération, Renvoyer à un certain jour ou à un temps indéterminé. Ajourner une affaire, une question, une discussion. La séance fut ajournée au lundi de la semaine suivante.
En termes de Procédure, il signifie Assigner quelqu'un à certain jour en justice. Ajourner par exploit. Ajourner des témoins.
AJOUTAGE
n. m.
T. d'Arts
. Chose ajoutée à une autre.
AJOUTER
v. tr.
Mettre en plus. Ce passage a été ajouté à ce livre. Il a ajouté de nouveaux legs à son testament. À toutes ces raisons ajoutez que... Ajoutez à cela que... Je n'ajouterai plus qu'un mot. Est-il besoin d'ajouter que?...
Absolument, Ajouter au conte, ajouter à la lettre, Amplifier un conte par des circonstances inventées.
Ajouter foi à quelqu'un, ajouter foi à quelque chose, Croire ce que quelqu'un dit, croire quelque chose. On peut lui ajouter foi. Il ne faut pas lui ajouter foi légèrement. Ajoutez- vous foi à ces choses-là?
AJOUTOIR
n. m.
Voyez AJUTAGE.
AJUSTAGE
n. m.
T. d'Arts
. Action d'ajuster ensemble les différentes pièces d'un instrument, d'une machine.
En termes de Monnayage, il signifie Action d'ajuster, de donner à une pièce le poids légal.
AJUSTEMENT
n. m.
Action d'ajuster, de s'ajuster ou Résultat de cette action. Chercher, trouver des ajustements dans quelque affaire. L'ajustement de sa maison, de son jardin annonce qu'il a du goût. Un artiste doit faire concourir l'ajustement, les ajustements à l'aspect général de son oeuvre. Elle n'est pas belle, elle a besoin d'ajustement. Un peu d'ajustement lui sied bien. Des ajustements de femme.
AJUSTER
v. tr.
Accommoder une chose, en sorte qu'elle s'adapte à une autre. Ajuster un châssis à une fenêtre, un couvercle à une boîte. Ajuster une vis à un écrou, une clef à une serrure. Une chose s'ajuste bien, ne s'ajuste pas bien à une autre, avec une autre. Deux choses s'ajustent bien ensemble, etc.
Il signifie aussi, en termes de Monnayage, Rendre un poids ou une mesure juste, conforme à l'étalon. Ajuster un poids, une mesure sur l'étalon. Ajuster un boisseau, un litre sur l'étalon. On dit de même Ajuster une pièce de monnaie, Faire qu'elle ait exactement le poids légal; et dans un sens analogue Ajuster une balance.
Prov. et fig., Ajustez vos flûtes, se dit soit en parlant à quelqu'un qui ne paraît pas bien d'accord avec lui-même dans ce qu'il dit; soit en parlant à plusieurs personnes qui ne s'accordent pas sur les moyens de faire réussir quelque chose.
Fig., Ajuster deux personnes, Les concilier, faire qu'elles soient d'accord touchant quelque chose. Il est difficile de les ajuster l'un avec l'autre. Il n'y a que vous qui puissiez les ajuster. Ils se sont ajustés ensemble pour cela, Ils se sont concertés, ils sont convenus entre eux des moyens à employer pour faire réussir cette affaire. Ils ne sauront jamais s'ajuster, Ils ne sauront jamais s'accorder, s'entendre.
Ajuster un différend, Le terminer à l'amiable.
Fig., Ajuster des passages d'un auteur qui paraissent opposés, Les concilier ensemble, faire voir qu'ils n'ont qu'un même sens. Comment ajusterez-vous ces passages opposés?
Fig., Cela s'ajuste mal au dessein que vous avez, Cela ne s'y accommode pas, n'y convient pas.
AJUSTER signifie encore Mettre une chose en état de bien faire son effet. Ajuster un ressort. Ajuster une machine. Ajuster son fusil pour tirer.
Ajuster son coup, Faire ce qu'il faut pour frapper juste, pour atteindre au but. Il ajusta son coup et blessa le sanglier. Ajuster un lièvre, une perdrix, etc. On dit encore absolument Ajuster, Viser juste. Le gibier est parti trop vite, je n'ai pas eu le temps d'ajuster.
Ajuster toutes choses pour quelque dessein, Prendre des mesures pour en assurer la réussite.
En termes de Manège, Ajuster un cheval, Lui enseigner ses exercices. Il a ajusté son cheval sur les voltes. Il l'a ajusté à toutes sortes d'airs de manège.
AJUSTER signifie aussi Embellir par des ajustements. Il a bien ajusté sa maison. Voilà une chambre bien ajustée. Vous avez bien ajusté votre cabinet, votre jardin.
Il s'emploie de même en parlant de la Parure dans l'habillement, et alors il s'applique principalement aux Femmes. Ses femmes de chambre ne peuvent jamais venir à bout de l'ajuster à son gré. Cette femme est deux heures à s'ajuster.
S'AJUSTER signifie également S'habiller. Il vieillit en ce sens.
Il s'emploie quelquefois ironiquement et familièrement. Voilà votre habit bien ajusté, vous voilà bien ajusté, Vous êtes couvert de boue, de poussière, vos vêtements sont déchirés. On l'a bien ajusté, on l'a ajusté de toutes pièces.
AJUSTEUR
n. m.
T. d'Arts
. Celui qui assemble les pièces exécutées par d'autres.
En termes de Monnayage, il se dit de Celui qui ajuste les monnaies.
AJUSTOIR
n. m.
Petite balance où l'on pesait et ajustait les monnaies avant de les marquer et qu'on appelle maintenant TRÉBUCHET.
AJUTAGE
n. m.
T. d'Arts
. Tuyau court qu'on adapte à un orifice d'écoulement pour en accroître ou en modifier le jeu. Gros ajutage. Petit ajutage. Ajutage à tête d'arrosoir. Il faut mettre un plus gros, un plus petit ajutage à cette fontaine. L'ajutage est trop petit. On dit aussi AJOUTOIR.
ALAISE
n. f.
Osier ou jonc qui fixe une jeune branche d'arbre.
Il désigne aussi une Planche emboîtée dans une autre pour l'élargir.
Il désigne également un Drap plié que l'on place sous un malade. On écrit aussi ALÈSE.
ALAMBIC
n. m.
Sorte de vaisseau, de formes très variées, qui sert à distiller et dont les pièces essentielles sont une cucurbite et un chapiteau. Alambic de verre. Alambic de cuivre. Alambic de terre. Le bec d'un alambic. Le col d'un alambic. Il faut mettre cela à l'alambic. Passer à l'alambic. Passer par l'alambic.
Fig., Cette affaire a passé par l'alambic, Elle a été examinée avec un grand soin, avec une grande exactitude, elle a été discutée et approfondie.
ALAMBIQUER
v. tr.
Distiller. Il ne s'emploie qu'au figuré. Alambiquer l'esprit, s'alambiquer l'esprit, la cervelle, Torturer l'esprit, le rendre trop subtil.
Il s'emploie aussi comme verbe intransitif et signifie Raffiner, subtiliser. Dans ces sortes de matières, il ne s'agit pas d'alambiquer. Allez au fait, sans alambiquer plus longtemps.
Esprit alambiqué, Qui aime à raffiner, à subtiliser. Style alambiqué.
ALANGUIR
v. tr.
Rendre languissant. Sa maladie l'a tout alangui.
S'ALANGUIR signifie Devenir languissant. En prenant de l'âge, il s'est beaucoup alangui. Fig., Son style s'alanguit.
ALANGUISSEMENT
n. m.
État d'une personne rendue languissante. Elle tomba dans un grand alanguissement.
Par extension, Alanguissement du corps, Alanguissement de l'esprit.