Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Esse
n. f.
T. d'Arts
. Instrument en forme d'S. Il se dit de la Cheville de fer tortue, faite à peu près en forme d'S, qu'on met au bout de l'essieu d'une voiture, pour empêcher que la roue n'en sorte. L'esse est sortie de l'essieu. L'esse s'est rompue. Il se dit encore du Crochet auquel sont suspendus les plateaux au fléau d'une balance; du Crochet qui sert à élever les pierres pour la construction d'un édifice, etc.
ESSENCE
n. f.
Ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, ce qui constitue la nature d'une chose. L'essence divine. L'essence des choses. L'essence de ce projet, de cette doctrine, etc.
En termes d'Eaux et Forêts, il s'emploie pour Espèce. Les différentes essences qui composent les forêts.
Un bois d'essence de chêne, Un bois qui est principalement formé d'arbres de cette espèce.
Il se dit encore d'une Huile aromatique très subtile qu'on extrait de certaines substances. Essence de roses.
Il se dit aussi d'un Extrait concentré et épuré de certaines substances. Essence de café. Essence minérale, Pétrole distillé. Essence de naphte.
ESSENTIEL, ELLE
adj.
Qui appartient à l'essence, qui est de l'essence. La raison est essentielle à l'homme. Ces paroles sont essentielles au sacrement de baptême. Partie essentielle. Qualité essentielle.
Il signifie plus ordinairement Qui est la partie la plus importante d'une chose, qui en est un élément nécessaire, indispensable. C'est une chose essentielle dans le contrat, au contrat. Il ne faut pas oublier ce mot, il est essentiel. Condition essentielle. Formalité essentielle. Clause essentielle. C'est là le point essentiel. Il est essentiel de l'en prévenir. Substantivement, Voilà l'essentiel de l'affaire. C'est là l'essentiel. Venons à l'essentiel. L'essentiel est de faire cela, est que vous le fassiez.
Avoir à quelqu'un des obligations essentielles, En avoir reçu des services très importants.
En termes d'Histoire naturelle, Caractères essentiels, Les caractères les plus saillants qui distinguent les espèces, les genres.
En termes de Médecine, Maladie essentielle, Maladie qui ne dépend d'aucune autre. En termes de Chimie et de Pharmacie, il se dit des Sels qu'on extrait des végétaux, des huiles volatiles et aromatiques qu'on obtient des plantes par la distillation. Sel essentiel. Huile essentielle, ou Essence. Dans ce sens, il vieillit, et on ne l'applique plus guère qu'aux huiles volatiles.
ESSENTIELLEMENT
adv.
D'une manière essentielle. Dieu est essentiellement bon. L'homme est essentiellement raisonnable.
ESSETTE
n. f.
Voyez AISSETTE.
ESSEULER
v. tr.
Laisser seul. Il ne s'emploie guère qu'au participe passé. Depuis son veuvage, cette femme se sent triste et esseulée.
ESSIEU
n. m.
T. d'Arts
. Pièce de bois ou de fer qui passe dans le moyeu des roues d'une voiture. L'essieu de devant cassa. Mettre un essieu à une charrette. Essieu de bois. Essieu de fer.
Il se dit, par extension, de l'Axe d'une roue de poulie.
ESSOR
n. m.
Action d'un oiseau qui part librement pour s'élever dans les airs. Un aigle qui prend son essor, qui prend l'essor. Un essor rapide.
Il se dit figurément de l'Action de débuter en quelque chose avec énergie, avec hardiesse et liberté. Favoriser l'essor du talent. Les arts, l'industrie prirent bientôt leur essor.
Il se dit aussi figurément d'une Personne qui, après avoir été dans la contrainte, s'en tire tout d'un coup et se remet en liberté. On tenait ce jeune homme dans une trop grande contrainte, il a pris son essor.
Fig., Donner l'essor à son esprit, à sa plume, Donner à sa pensée son libre développement. On dit aussi Donner l'essor à son génie, à son imagination.
ESSORER
v. tr.
Exposer à l'air pour faire sécher ou Sécher par l'effet de la force centrifuge dans un appareil fermé. On a mis ce linge sur des perches pour l'essorer. Essorer des oignons. On s'est servi d'un appareil à essorer.
En termes de Jardinage, Essorer une plate- bande, La retourner pour en faire sécher la terre trop humide.
ESSOREUSE
n. f.
Machine à essorer.
ESSORILLER
v. tr.
Mutiler en coupant les oreilles. Essoriller un chien.
Il signifie, figurément et familièrement, Couper les cheveux fort courts. Qui vous a ainsi essorillé?
ESSOUFFLEMENT
n. m.
État de celui qui est essoufflé.
ESSOUFFLER
v. tr.
Mettre presque hors d'haleine par un mouvement violent. Vous montez trop vite, cela vous essoufflera. Si vous ne retenez pas votre cheval, vous l'essoufflerez. Je m'essouffle à monter les escaliers. Il est revenu tout essoufflé.
ESSUIE-MAIN
n. m.
Linge qui sert à essuyer les mains. Des essuie-main ou essuie- mains.
ESSUIE-PLUME
n. m.
Objet qui sert à nettoyer la plume. Des essuie-plume ou essuie- plumes.
ESSUYAGE
n. m.
Action d'essuyer.
ESSUYER
v. tr.
Frotter avec un linge pour ôter l'eau, la sueur, l'humidité, la poussière, etc., en frottant. Il est tout en sueur, tout en eau, il faut l'essuyer. S'essuyer les mains, les yeux, le visage. Essuyer ses mains à une serviette, avec une serviette. Essuyer de la vaisselle. Essuyer la table. Par extension, Il essuya ses larmes.
Fig., Essuyer les larmes de quelqu'un, Calmer son affliction, le consoler, et Essuyer ses larmes, Se consoler.
Fig. et fam., Essuyer les plâtres, Habiter une maison nouvellement bâtie; et, plus figurément, S'exposer au premier inconvénient d'une situation ou d'une entreprise.
Par analogie, il signifie Sécher en parlant du Vent et du soleil. Le vent, le soleil essuie les chemins, essuie la terre qui a été trempée par la pluie.
ESSUYER signifie au figuré Souffrir, éprouver, subir, et se dit tant au sens physique qu'au sens moral. Essuyer le feu d'une place. Essuyer un assaut. Essuyer une rude tempête, une défaite. Essuyer l'ennui des visites. Essuyer des affronts, des outrages. Essuyer la honte d'une réprimande publique. Essuyer des reproches. Essuyer des pertes. Essuyer les dédains d'un parvenu.
EST
(On prononce le T.)n. m.
Celui des quatre points cardinaux qui est au soleil levant.
Il se dit aussi de la Partie du monde ou d'un pays qui est du côté de l'est. Les pays qui sont à l'est. Cette province a tant de lieues de l'est à l'ouest. Le vent vient de l'est. Le vent est à l'est. Il s'éleva un vent d'est. La frontière de l'Est. Dans l'Est.
ESTACADE
n. f.
Sorte de digue faite avec de grands pieux plantés dans une rivière, dans un chenal, pour en fermer l'entrée, ou pour en détourner le cours, ou pour protéger les bateaux contre les débâcles.
Il se dit encore de la Plate-forme qui, dans une gare de chemin de fer, facilite le chargement du combustible sur une locomotive.
ESTAFETTE
n. f.
Tout courrier chargé d'une dépêche. Le général envoya cet ordre par estafette.
ESTAFIER
n. m.
Laquais de grande taille. Il est aujourd'hui peu usité et se prend en mauvaise part, dans le sens de Spadassin.
ESTAFILADE
n. f.
Coupure, déchirure de la peau, faite avec une épée, un rasoir ou quelque autre instrument tranchant, principalement sur le visage. Il lui a fait une large estafilade sur la joue.
Il se dit encore d'une Coupure, d'une déchirure faite à un vêtement, à une robe, etc. Il y a une estafilade à votre manteau.
ESTAME
n. f.
T. de Manufacture
. Ouvrage de fils de laine passés, enlacés par mailles les uns dans les autres. Bas d'estame.
ESTAMINET
n. m.
Salle de café où l'on peut fumer en même temps que boire. Aller à l'estaminet. Fréquenter les estaminets. Il a vieilli dans cette acception et s'emploie aujourd'hui pour désigner un Petit café fréquenté par une clientèle populaire.
Fig. et fam., Un pilier d'estaminet se dit de Quelqu'un qui a l'habitude d'aller dans les cafés.
ESTAMPAGE
n. m.
Action d'estamper. L'estampage d'une monnaie, d'un fer à cheval.
Il se dit encore d'un Procédé par lequel on prend l'empreinte d'un monument épigraphique, et de cette empreinte elle-même. Cet épigraphiste a travaillé d'après des estampages. L'estampage d'une inscription.
ESTAMPE
n. f.
Image imprimée sur du papier, sur du vélin, par le moyen d'une planche de cuivre, d'acier ou de bois, qui est gravée. e Estampe bien noire, bien nette, bien tirée. Les estampes du XVIII
siècle.
En termes d'Arts, et spécialement en termes de Serrurerie et de Maréchalerie, il se dit de Certains outils qui servent à estamper.
ESTAMPER
v. tr.
T. d'Arts
. Faire une empreinte de quelque matière dure et gravée sur une matière plus molle. On estampe la monnaie avec le balancier.
En termes d'Épigraphie, Estamper une inscription, En prendre l'empreinte.
Estamper le cuir, Y former, y empreindre des figures pour en faire des tapisseries, des ornements, etc. Du cuir estampé.
Estamper un fer à cheval. Voyez ÉTAMPER.
ESTAMPILLAGE
n. m.
Action d'estampiller ou Résultat de cette action. L'estampillage d'un produit pharmaceutique.
ESTAMPILLE
n. f.
Marque, empreinte qu'on applique, au lieu de signature, ou avec la signature même, sur des brevets, des commissions, des lettres, etc., pour mieux en assurer l'authenticité. Timbre d'estampille. Fig., Avoir l'estampille officielle.
Il se dit plus ordinairement d'une Marque servant à faire connaître d'où provient une marchandise, de quelle manufacture elle sort, ou à constater l'acquittement de certains droits.
Il se dit aussi d'une Marque apposée à un livre pour indiquer la bibliothèque à laquelle il appartient; et encore d'une Marque apposée sur des livres, pour leur permettre de circuler, d'être vendus.
Il se dit de plus de l'Instrument qui sert à faire ces sortes de marques.
ESTAMPILLER
v. tr.
Marquer avec une estampille. Les fabricants estampillent les produits de leurs manufactures. J'ai fait estampiller tous mes livres.
ESTAMPURE
n. f.
T. d'Arts
. Voyez ÉTAMPURE.
ESTER
v. intr.
T. de Palais
. Comparaître devant un tribunal. Il est seulement usité dans Ester en justice, Ester en jugement; Soutenir une action en justice, soit en demandant, soit en défendant; ce que ne peuvent faire les mineurs non émancipés, les personnes frappées d'interdiction, etc. La femme ne peut ester en jugement sans l'autorisation de son mari.
ESTHÈTE
n. des deux genres
. Celui, celle qui professe le culte du beau. Il se prend le plus souvent en mauvaise part.
ESTHÉTICIEN
n. m.
Celui qui s'occupe d'esthétique.
ESTHÉTIQUE
adj. des deux genres
. Qui se rapporte au sentiment du beau. Doctrines esthétiques. Émotion esthétique, Sentiment particulier produit par le beau. Jugement esthétique.
Il signifie par extension Qui a un certain caractère de beauté. Attitudes, gestes esthétiques.
Il s'emploie aussi comme nom féminin pour désigner la Science qui a pour objet de rechercher et de déterminer les caractères du beau dans la nature ou dans l'art. Traité d'esthétique. Études d'esthétique.
ESTIMABLE
adj. des deux genres
. Qui mérite d'être estimé. C'est un homme très estimable. Un auteur, un livre estimable. Avoir des qualités estimables.
Il implique souvent l'Idée d'un mérite médiocre et limité. Écrivain estimable.
ESTIMATEUR
n. m.
Celui qui fait l'estimation d'un chose. Si nous ne pouvons convenir de prix, nous prendrons des estimateurs. Nous conviendrons d'un estimateur. On dit plus souvent aujourd'hui EXPERT.
Il se dit quelquefois en parlant de Choses morales. Juste estimateur de la vertu, du mérite des ouvrages d'esprit, etc.
ESTIMATIF
adj. m.
Qui contient une estimation. Un état, un devis estimatif. On dit aussi ESTIMATOIRE.