Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Moirer
v. tr.
Donner à une étoffe l'apprêt désigné sous le nom de moire. Moirer des rubans, des popelines. Robe de soie moirée. Étoffe de laine moirée.
Substantivement, Moiré métallique, Fer- blanc auquel on a donné, par le moyen de quelque acide, une apparence cristalline et chatoyante.
MOIS
n. m.
Une des douze parties de l'année, dont chacune contient trente ou trente et un jours, excepté la seconde (février), qui est de vingt-huit jours seulement dans les années ordinaires, et de vingt-neuf dans les années bissextiles. Le mois de janvier. Le mois de décembre. Le premier, le second, le troisième jour du mois, ou, absolument, Le premier, le second du mois, le deux, le trois du mois. À quel quantième du mois sommes-nous? Quel est le quantième du mois? Sa lettre est écrite, est datée du mois dernier. Les mois d'été, les mois d'hiver.
Il se dit, en général, de l'Espace de temps qui s'écoule depuis un jour quelconque jusqu'au quantième correspondant du mois suivant. Il signifie aussi Espace de trente jours environ. Il y a un mois et demi qu'il est parti. On lui a donné deux mois de congé, à compter, à dater du quinze janvier. Le mois est commencé, est expiré. Il en a pour un bon mois à garder le lit. Compter les mois et les jours. Payer par mois, mois par mois, au mois. Il gagne tant par mois. Employé au mois. Il a fait son mois. Louer une chambre au mois.
En termes de Procédure, Les parties viendront au mois, Il a été ordonné qu'elles viendraient plaider dans un mois.
MOIS désigne aussi le Prix convenu pour un mois de location, de leçons, de travail, etc. Payer le mois, les mois d'une nourrice. Payer les mois d'une chambre garnie. Je lui ai avancé le mois. Je lui ai donné son mois. Il doit un mois, deux mois au boulanger.
Il se dit absolument des Mois de grossesse d'une femme. Cette femme est dans son septième mois. Elle a accouché avant le neuvième mois.
En termes d'Astronomie, Mois solaire, Espace de temps que le soleil met à parcourir un des signes du zodiaque. Mois lunaire, Espace de temps qui s'écoule d'une nouvelle lune à une autre.
Prov., On a tous les ans douze mois, On vieillit malgré qu'on en ait ou On vieillit sans s'en apercevoir.
MOIS, au pluriel, se dit absolument de l'Écoulement périodique des femmes. Cette femme a ses mois.
MOÏSE
n. m.
Sorte de corbeille d'osier, sans pied, servant de berceau.
MOISE
n. f.
T. de Charpenterie
. Il se dit de Pièces de bois plates assemblées deux à deux avec des boulons et servant à maintenir la charpente.
MOISER
v. tr.
T. de Charpenterie
. Maintenir la charpente au moyen de moises. Moiser les fermes d'un comble.
MOISIR. v. tr. ou SE MOISIR
.v. tr.
ou SE MOISIR. v. pron.
Se couvrir de moisissure. On a gardé trop longtemps ce pâté, il a moisi ou il s'est moisi.
Il signifie aussi Altérer, dénaturer par la moisissure. L'humidité a moisi ces confitures. Du pain, du fromage, un sirop moisi.
Le participe passé s'emploie comme nom masculin et signifie Ce qui est moisi. Cela est à demi gâté, il en faut ôter le moisi.
Il signifie aussi Moisissure. Cela sent le moisi.
MOISISSURE
n. f.
Champignons inférieurs qui vivent en formant des végétations ramifiées à la surface des matières organiques dont ils provoquent la fermentation, la décomposition. Si vous laissez ces fruits trop longtemps à la cave, la moisissure s'y mettra. Couvert de moisissures.
Il désigne aussi l'Endroit moisi, le moisi. Ôtez la moisissure.
MOISSINE
n. f.
Faisceau de branches de vignes où les grappes sont encore attachées. Les paysans suspendent des moissines au plafond.
MOISSON
n. f.
Récolte des blés et autres céréales. Avoir une abondante moisson. L'époque de la moisson. Faire la moisson. Le temps est bon pour la moisson. Voilà une belle espérance de moisson. La campagne se couvre de riches moissons. Rentrer la moisson.
Il se prend aussi pour le Temps de la moisson. La moisson approche. Pendant la moisson.
Fig., Ce savant a fait une riche moisson dans les archives publiques, Il y a recueilli des matériaux précieux. Cette quêteuse a fait une abondante moisson, Sa quête a produit beaucoup d'argent. Une moisson de lauriers, Beaucoup de succès, un grand nombre de victoires. On dit dans le même sens Une moisson de gloire.
MOISSON, dans le langage de l'Église, se dit en parlant de la Conversion des âmes. Ce missionnaire a fait, dans l'Inde, une grande moisson.
MOISSONNER
v. tr.
Faucher et récolter les blés et autres céréales. Moissonner les froments, les orges, les avoines. Absolument, On ne moissonne pas encore chez nous. On a moissonné plus tard cette année.
Par extension, Moissonner un champ, Faire la moisson des grains qu'il a produits.
Fig., Moissonner des palmes, des lauriers, Avoir de nombreux succès, remporter beaucoup de victoires.
Prov., d'après la Bible, Celui qui sème le vent moissonnera la tempête, Celui qui veut exciter des troubles sera lui-même victime de troubles plus grands encore, celui qui sème la discorde la verra grandir à son détriment. On dit plutôt Qui sème le vent récolte la tempête.
MOISSONNER signifie aussi figurément Détruire, faire périr. Les épidémies ont moissonné une grande partie de la population. Une vie qui s'annonçait si belle a été moissonnée dans sa fleur.
MOISSONNEUR, EUSE
n.
Celui, celle qui moissonne. Embaucher des moissonneurs. La paie des moissonneurs.
MOISSONNEUSE
n. f.
Machine qui sert à moissonner le blé et les autres céréales.
MOITE
adj. des deux genres
. Qui a quelque humidité, qui est un peu mouillé. Il a le front moite. Avoir les mains moites. Être tout moite de sueur. Ces draps ne sont pas bien séchés, ils sont encore moites. Durant le dégel, les murs sont moites.
MOITEUR
n. f.
Légère humidité, qualité de ce qui est moite. Il a une petite moiteur aux mains. Après l'accès de fièvre, il reste souvent un peu de moiteur. Il faut chauffer ces draps pour en ôter la moiteur.
Il s'emploie aussi pour désigner une Tiédeur agréable. Sentir dans ses membres une douce moiteur.
MOITIÉ
n. f.
L'une des parties d'un tout divisé, partagé également en deux. Les deux moitiés d'un cercle, d'un carré. La moitié de 4 est 2. Il en faut retrancher la moitié. La majorité absolue des suffrages se compose de la moitié des voix, plus une. La moitié de cette succession lui appartient. Il a moitié dans cette succession.
Il désigne assez ordinairement, dans une acception moins rigoureuse, une Portion, une part qui est à peu près de la moitié. La moitié d'un pain. Mettre la moitié d'eau, moitié d'eau dans son vin. Faire bouillir un liquide jusqu'à ce qu'il soit réduit à la moitié, à moitié. Augmenter, diminuer une longueur de moitié, de la moitié. La moitié de la vie se passe à souffrir. Passer la moitié du temps à la campagne. La moitié du temps il est sans argent. Il a mangé la moitié de son bien. Il n'a fait encore que la moitié de son ouvrage. Je l'ai trouvé grandi de moitié. Venez auprès de moi, je vous donnerai la moitié de ma place.
Une bonne moitié, Un peu plus de la moitié.
Partager quelque chose par moitié, Prendre chacun la moitié d'une chose qui était à partager. Partager les revenus, les bénéfices par moitié.
Couper, partager une chose par la moitié, La couper, la partager en deux moitiés. Le diamètre coupe le cercle par la moitié. Scier une pierre par la moitié.
Partager un différend, le différend par la moitié, se dit en parlant d'un Marché où des deux côtés on a fait des concessions sur ce qui empêchait de conclure.
MOITIÉ signifie, familièrement, Personne de petite taille. Une moitié d'homme.
MOITIÉ se dit figurément d'une Femme par rapport à son mari. Il a perdu sa chère moitié.
MOITIÉ s'emploie aussi adverbialement pour signifier À demi. Du pain moitié seigle, moitié froment. C'est une étoffe moitié soie, moitié laine. Il boit toujours moitié eau, moitié vin. Moitié l'un, moitié l'autre. Moitié de gré, moitié de force. On dit dans le même sens : Vous avez acheté ce livre moitié trop cher.
Prov. et fig., Moitié figue, moitié raisin. Voyez FIGUE.
À MOITIÉ,loc. adv.
En partie, à demi. Cela est à moitié pourri. Le tonneau est à moitié vide. La bouteille n'est qu'à moitié pleine. Il est à moitié ivre. Ce qu'on vous a dit n'est qu'à moitié vrai.
À moitié se dit en parlant de Terres et d'affaires commerciales pour signifier que Le produit doit être partagé par moitié entre le propriétaire et le fermier, ou entre les deux associés. Donner, prendre des terres à moitié. Il laboure cette terre à moitié. Il fait ces vignes à moitié. Donner à moitié fruits. Prendre un marché avec quelqu'un à moitié de perte et de gain, à moitié perte et gain.
À moitié chemin, À la moitié du chemin. Il est resté à moitié chemin.
À moitié prix, Pour la moitié du prix ordinaire.
DE MOITIÉ,loc. adv.
usitée dans certaines phrases, comme Il a été trop long de moitié dans son discours, Il a été beaucoup plus long qu'il ne fallait.
Être de moitié, se mettre de moitié avec quelqu'un, Faire avec lui une société dans laquelle la perte et le gain se partagent par moitié. Ils sont de moitié dans cette affaire. Si vous voulez jouer, je serai de moitié avec vous dans votre jeu. Je me mettrai de moitié avec vous.
Fig. et fam., En rabattre de moitié ou de la moitié, en parlant d'une Personne, signifie L'estimer bien moins qu'on ne faisait. Je le croyais honnête homme, mais s'il a fait ce que vous dites, j'en rabats de moitié. On dit aussi, pour donner à entendre qu'un récit, un éloge, une plainte sont exagérés : Il faut en rabattre la moitié, il faut en rabattre moitié.
MOKA
n. m.
Il désigne une Variété de café qu'on cultive à Moka, ville d'Arabie. Du café de Moka, ou simplement Du moka. Il est parfois employé comme synonyme de Café.
En termes de Pâtisserie, il désigne un Gâteau de biscuit de Savoie garni de crème au café. Pour dessert nous avons eu un moka.
MOL, OLLE
adj.
Voyez MOU.
MOLAIRE
adj. f.
Il se dit des Grosses dents qui servent à broyer les aliments. Les dents molaires. Substantivement, Les petites molaires. Les grosses molaires.
MÔLE
n. m.
Massif de maçonnerie construit à l'extrémité d'une jetée, à l'entrée d'un port. Les vagues passaient par-dessus le môle.
En termes d'Antiquités, Le môle d'Adrien, Le tombeau de cet empereur à Rome.
MOLÉCULAIRE
adj. des deux genres
. Qui a rapport aux molécules. Forces moléculaires. Attraction moléculaire.
MOLÉCULE
n. f.
Il se dit des Parties très petites d'un corps. Les molécules de l'air, du sang.
Il se dit, en termes de Chimie, de Chacune des parties constituantes d'un corps composé.
MOLÈNE
n. f.
T. de Botanique
. Genre de plantes cotonneuses de la famille des Scrofulariacées, dont une espèce, le Bouillon blanc, est employée en médecine comme pectorale.
MOLESKINE
n. f.
Étoffe de coton, lustrée, qui sert à doubler les vêtements.
Il se dit aussi d'une Toile vernie imitant le cuir.
MOLESTER
v. tr.
Il signifiait autrefois Tourmenter de quelque manière que ce soit, inquiéter par des embarras suscités mal à propos. Il signifie aujourd'hui plus ordinairement Houspiller, maltraiter quelqu'un en paroles ou en actions. Il les a fort molestés par ses chicanes, par ses propos, par ses sarcasmes.
MOLETTE
n. f.
Partie de l'éperon qui est ordinairement faite en forme d'étoile et qui sert à piquer le cheval.
Il se dit aussi d'une Maladie des chevaux, qui consiste en une tumeur molle à la jambe.
Il se dit encore d'une Sorte de roulette, de meule, de disque, etc., qui sert à broyer.
MOLINISME
n. m.
Sentiment, opinion de Molina et de ses partisans sur la grâce.
MOLINISTE
adj. des deux genres
. Qui a rapport au molinisme. Doctrine moliniste. Il s'emploie aussi comme nom pour désigner les Partisans du molinisme.
MOLLAH
(On fait sentir les deux L.)n. m.
Titre donné aux prêtres musulmans et à toute personne exerçant des fonctions juridiques et religieuses dans le monde musulman.
MOLLASSE
adj. des deux genres
. Qui est désagréablement mou au toucher. Chair, peau mollasse.
Il se dit aussi d'une Étoffe qui n'a pas assez de consistance, assez de corps. Ce drap est mollasse.
Il signifie, au figuré, Qui n'a pas d'énergie, de résistance. Cet enfant est mollasse. Caractère mollasse. On dit, dans le langage très familier, C'est un mollasson pour désigner une Personne sans énergie.
MOLLASSE
n. f.
T. de Géologie
. Grès calcaire, grossier, blanc, rouge ou verdâtre, qui durcit à l'air et qui est utilisé pour la construction.
MOLLEMENT
adv.
D'une manière molle. Il n'est guère usité au propre que dans ces phrases : Être couché mollement, être étendu mollement, Être couché dans un bon lit, être étendu de manière à reposer ses membres.
MOLLEMENT, au figuré, signifie Avec un abandon gracieux. Se balancer mollement.
Il signifie aussi Faiblement, lâchement, sans vigueur. Agir, travailler mollement. Il s'est conduit mollement dans cette affaire. Attaquer, poursuivre mollement.
Il signifie encore D'une manière molle et efféminée. Vivre mollement.
MOLLESSE
n. f.
État de ce qui est mou. La mollesse et la dureté des corps. La mollesse des chairs est une marque d'une débile constitution.
Il se dit aussi quelquefois en parlant du Climat et signifie Température douce et molle.
Il se dit, en parlant de la Complexion, du tempérament des personnes. La mollesse de sa complexion l'expose à beaucoup de maladies.
En termes de Peinture et de Sculpture, La mollesse des chairs, L'imitation vraie de la flexibilité, de la morbidesse des chairs. La mollesse du pinceau, Le défaut de fermeté dans le maniement du pinceau.
MOLLESSE signifie, au figuré, Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite, dans les moeurs. Agir avec mollesse. Il a fait preuve d'une grande mollesse, de beaucoup de mollesse en cette circonstance. Cette affaire a été conduite avec mollesse.
Il signifie aussi Excès d'indulgence. La mollesse de ce père a perdu ses enfants.
Il signifie encore Délicatesse d'une vie efféminée. Vivre dans la mollesse. La mollesse des Sybarites. La mollesse asiatique.
Il se dit aussi, en Littérature, d'un Manque de fermeté. Mollesse du style.
MOLLET, ETTE
adj.
Diminutif de Mou. Qui a une mollesse agréable et douce au toucher. Des coussins bien mollets. Un lit mollet.
Pain mollet, Sorte de petit pain blanc qui est léger et délicat.
OEufs mollets, OEufs cuits dans leur coque de manière qu'ils restent un peu mous, que l'intérieur demeure liquide.
MOLLET
n. m.
Saillie que forment les muscles à la partie postérieure de la jambe. Il a de beaux, de gros mollets.
Faux mollets se dit de Bas rembourrés de façon à présenter une saillie à l'endroit du mollet. Les faux mollets se portent avec la culotte courte.
MOLLETIÈRE
n. f.
Guêtre de cuir ou d'étoffe qui recouvre la jambe depuis le bas jusqu'en dessous du genou. Porter des molletières. Par apposition, Bandes molletières.
MOLLETON
n. m.
Étoffe de laine, de coton ou de soie, tirée à poil, d'un seul côté ou des deux côtés, douce, chaude et mollette, dont on fait des couvertures, des gilets, des robes de chambre, etc. Gilet doublé de molleton.