Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Devoir
(Je dois; nous devons. Je devais. Je dus. J'ai dû. Je devrai. Que je doive. Que je dusse. Devant. Dû.)v. tr.
Avoir à payer une somme d'argent, à rendre ou à donner quelque chose que ce soit. Devoir de l'argent. Devoir tant de sacs de blé. Devoir tant de journées de travail. Je vous paierai à la date fixée tout ce que je vous dois. Devoir plus qu'on ne possède. Les sommes dues par un tel. Absolument, Il doit à tout le monde.
En termes de Pratique, Jusqu'à due concurrence, Jusqu'à concurrence de la somme, de la quantité dont un débiteur est tenu.
Acte en due forme, Acte rédigé conformément à la loi.
Prov., Devoir à Dieu et à diable, au tiers et au quart; devoir de tous côtés, Devoir beaucoup, avoir beaucoup de dettes.
Prov., Qui a terme ne doit rien, On ne peut être obligé de payer avant que le terme soit échu.
Doit s'emploie comme nom masculin dans les livres de compte, par opposition au mot Avoir, et désigne la Partie d'un compte où l'on porte ce qu'une personne doit, ce qu'elle a reçu. On appelle aussi Doit et avoir Le passif et l'actif.
DEVOIR signifie encore Être obligé à quelque chose par la morale, par la loi, par sa condition, par l'honneur, par la bienséance, etc. Un fils doit respect à son père. Il ne doit compte de ses actions à personne. On doit obéissance aux lois. Devoir une visite à quelqu'un. Vous lui devez des égards, des ménagements. On se doit à soi-même de respecter les bienséances. Je me devais de faire cette démarche. Un honnête homme sait ce qu'il se doit. Un homme d'honneur doit tenir sa parole. Vous devriez vous conduire autrement. Il ne devrait pas abandonner ses parents. Prov., Fais ce que dois, advienne que pourra.
On le dit quelquefois des Choses. La loi doit une égale protection à tous les citoyens. La pitié due au malheur.
SE DEVOIR À se dit spécialement pour Être dans l'obligation morale de se donner, de se dévouer à sa famille, à sa patrie, à ses amis. Vous vous devez à vos enfants.
Cela se doit, se dit de Ce qui doit être, de ce qu'il convient de faire.
Suivi d'un infinitif, il signifie souvent Être dans la nécessité de. Je dois partir à six heures. Je devrai avoir terminé cette tâche demain.
Il signifie en outre Être redevable à, tenir de. Il vous doit son bonheur, son salut, sa fortune. Racine doit beaucoup à Euripide. Corneille doit à Sénèque la belle scène d'Auguste et de Cinna. L'auteur a dû le succès de sa pièce au talent des acteurs. Cette colline doit son nom à un événement qu'on nous raconta. Par extension, Je lui dois tous mes maux.
Il se dit aussi pour marquer qu'il y a une espèce de justice, de raison, de nécessité, etc., qu'une chose soit. Un bon ouvrier doit être plus employé qu'un autre. Il me semble que cela devrait les réconcilier. Il devrait y avoir une garnison dans cette ville.
Il se dit encore pour marquer qu'une chose arrivera infailliblement. Tous les hommes doivent mourir. Le terme de son bail doit expirer dans deux jours.
DEVOIR, suivi d'un infinitif, joue aussi en quelque sorte le rôle d'un auxiliaire et se dit de Ce qui paraît vraisemblable, probable, plus ou moins certain. La campagne doit être belle maintenant. Il a dû partir ce matin. Le législateur doit avoir prévu ce cas. Il doit être bien agréable de... Il doit y avoir entre eux beaucoup de différence. À en juger par le train que mène cet homme, il doit être bien riche. Une fois réparé de cette façon, cet instrument doit marcher. On doit avoir bien froid avec un habit aussi léger.
Il se dit pareillement de Ce qu'on croit, ou qu'on présume, ou qu'on suppose qui arrivera. Le courrier doit être ici dans peu de jours. Je dois recevoir cette somme après-demain. Le bonheur que doivent goûter les élus. Quand même je devrais y périr. Il doit y avoir demain une assemblée générale.
À l'imparfait du subjonctif, et en tête de la phrase, il s'emploie dans le sens de Quand même. Dussé-je y périr; dût ma fortune être anéantie, Quand je devrais y périr, etc.
Il se dit aussi pour marquer l'intention qu'on a de faire quelque chose. Je dois aller demain à la campagne.
DEVOIR
n. m.
Ce à quoi on est obligé par la raison, par la morale, par la loi, par sa condition, par la bienséance, etc. S'acquitter de son devoir. Remplir ses devoirs. S'imposer des devoirs. Trahir ses devoirs. Manquer à son devoir. S'écarter de son devoir. Négliger, oublier ses devoirs. Les devoirs de son état. Les devoirs de l'amitié. Les devoirs d'un père de famille. Le devoir conjugal. Les devoirs réciproques. Faire une chose par devoir. Vous n'avez fait que votre devoir. Se faire un devoir de. Être à son devoir, Être à son poste.
Se mettre en devoir de, Se disposer à. Se mettre en devoir de faire quelque chose. Il se mit en devoir d'exécuter sa promesse.
Rentrer dans son devoir, dans le devoir, Se remettre dans l'obéissance, dans la subordination dont on s'était écarté. On dit de même Ramener quelqu'un à son devoir, au devoir. Retenir quelqu'un dans le devoir.
Ranger quelqu'un à son devoir, L'obliger à faire ce qu'il doit. On dit de même Se ranger à son devoir.
Devoir pascal. Voyez PASCAL.
Aller rendre ses devoirs à quelqu'un, Aller le saluer chez lui, lui faire une visite de politesse. Derniers devoirs, Honneurs funèbres, cérémonie pour les funérailles de quelqu'un. Rendre à quelqu'un les derniers devoirs, L'accompagner jusqu'à sa dernière demeure.
Il se dit particulièrement des Exercices scolaires qu'ont à faire les élèves dans un lycée, un collège, une école. Il n'a pas encore fini ses devoirs. Un devoir difficile. Devoir de français. Devoir de style. Devoir de calcul.
DÉVOLU, UE
adj.
T. de Droit
. Qui passe, qui est transporté d'une personne à une autre, qui est acquis, échu à quelqu'un en vertu d'un droit. La moitié affectée à la ligne maternelle a été, faute d'héritiers dans cette ligne, dévolue à la ligne paternelle. Sa pension vous est dévolue de droit. Le droit qui lui est dévolu.
Il était employé aussi comme nom masculin dans l'expression Bénéfice vacant par dévolu, Celui dont la nomination était dévolue au Pape par suite de l'incapacité ecclésiastique de celui qui en était en possession. Avoir un bénéfice par dévolu.
Il est encore employé ainsi dans l'expression figurée Jeter son dévolu sur quelque chose, Avoir des vues arrêtées sur une chose et prétendre l'obtenir.
DÉVOLUTION
n. f.
T. de Droit
. Transfert, transmission d'un bien, d'une succession, d'un avantage, etc., qui se fait d'une personne à une autre en vertu d'un droit. Il y eut dévolution de la ligne paternelle à la ligne maternelle. Les biens de celui qui meurt sans héritier passent à l'État par dévolution, s'il n'existe pas de testament.
DÉVONIEN, IENNE
adj.
T. de Géologie
. Qui constitue la formation supérieure des terrains de transition. Cette formation a d'abord été observée en Angleterre, dans le comté de Devon. Terrain dévonien. Formation dévonienne.
DÉVORANT, ANTE
adj.
Qui dévore. Le lion, le loup, bêtes dévorantes.
Il signifie également Qui consomme beaucoup ou Qui excite à manger beaucoup et avidement. Faim dévorante. Appétit dévorant.
Il signifie au figuré Qui consume, qui détruit avec plus ou moins de rapidité. La flamme dévorante. La marche dévorante du temps.
Il se dit aussi figurément, tant au sens physique qu'au sens moral, de Certaines choses qui se font sentir avec plus ou moins de violence. Un mal dévorant. Soif dévorante. Sentir dans les entrailles un feu dévorant. Ardeur dévorante. Des soucis dévorants. Activité dévorante.
DÉVORER
v. tr.
Manger une proie en la déchirant avec les dents. Les bêtes l'ont dévoré. Il a été dévoré par les lions, par les tigres. La Fable dit que Saturne dévorait ses enfants.
Il signifie aussi Avaler goulûment, manger avidement. Les requins dévorent les autres poissons. Les brochets se dévorent entre eux. Il eut dévoré le tout en un moment. Absolument, dans le langage familier, Cet homme ne mange pas, il dévore.
Il se dit quelquefois dans le sens de Manger entièrement sans rien laisser, surtout en parlant des Animaux destructeurs. Les chenilles ont dévoré toutes les feuilles de ce rosier.
Fig., Dévorer un livre, des livres, Les lire avec avidité, avec une extrême promptitude. Il ne lit pas les livres, il les dévore. J'ai dévoré ce roman.
Fig., Dévorer l'espace, Le parcourir avec une extrême rapidité.
Fig., Dévorer des yeux, Tenir les yeux fixement attachés sur une personne ou sur une chose, avec l'expression du désir. Il la dévorait des yeux.
Fig., Dévorer ses larmes, Retenir ses larmes quand elles sont près de s'échapper. Dévorer ses chagrins, etc., Ne pas les laisser paraître. Dévorer un affront, une injure, Cacher le ressentiment d'un affront.
Il signifie au figuré Consumer, détruire. Les flammes ont dévoré ces chefs-d'oeuvre. Le temps dévore tout.
Il se dit, dans un sens analogue, de l'Effet violent que produisent en nous la faim et la soif, quand elles sont devenues pressantes, les affections morbides, les longues peines d'esprit, les passions très ardentes. La faim, la soif le dévore. La fièvre qui le dévore. Un feu secret la dévore. Il ne peut plus maîtriser l'ardeur qui le dévore. L'ennui, le chagrin, le dévore. Être dévoré d'inquiétude. Être dévoré d'ambition. Il se dévore d'ambition, de chagrin, ou, elliptiquement, Il se dévore.
DÉVOREUR, EUSE
n.
Celui, celle qui dévore, au sens figuré. Un dévoreur de livres.
DÉVOT, OTE
adj.
Qui est fortement attaché aux pratiques religieuses. Être dévot. Les personnes dévotes. Les âmes dévotes. Introduction à la vie dévote. Être dévot à la Vierge. Substantivement, Les vrais dévots, les faux dévots. Faire le dévot. C'est une dévote, une vieille dévote.
Il se dit quelquefois, par dénigrement, de Celui qui fait consister la religion dans les pratiques extérieures du culte. Cet homme si dévot ne craint pas d'exercer l'usure.
Il se dit, par extension, de Ce qui caractérise une personne dévote. Avoir l'air dévot, l'extérieur, le maintien dévot. Un ton dévot.
DÉVOT, nom, se dit aussi des Personnes attachées avec ferveur à une science, à un sport. Votre père était un dévot de l'histoire.
DÉVOTEMENT
adv.
D'une manière dévote. Prier Dieu dévotement. Entendre dévotement la messe.
DÉVOTIEUSEMENT
adv.
D'une manière dévotieuse. Il est vieux.
DÉVOTIEUX, EUSE
adj.
Qui a une grande dévotion. C'est un homme fort dévotieux.
DÉVOTION
n. f.
Attachement aux pratiques religieuses. Vraie dévotion. Fausse dévotion. S'adonner à la dévotion. Se mettre, se jeter dans la dévotion. Être dans la dévotion, dans une grande dévotion. Exciter à la dévotion. Faire quelque chose par dévotion. Avoir dévotion à un saint, à une église. N'avoir point de dévotion. Sa dévotion est bien refroidie.
Livres de dévotion, Livres qui servent aux exercices de dévotion, qui contiennent des prières, des oraisons mystiques, etc.
Tableau de dévotion, Tableau représentant un sujet pieux.
Il signifie par extension Accomplissement des pratiques religieuses et, au pluriel, Ces pratiques mêmes. Il est en dévotion. Après avoir fait toutes leurs dévotions au tombeau du prophète, ils repartirent.
Il signifiait autrefois Dévouement. On dit encore Être à la dévotion de quelqu'un, Lui être tout dévoué.
DÉVOUEMENT
n. m.
Abandonnement aux volontés d'un autre, disposition à le servir en toute occasion. Il s'est donné à sa patrie avec un entier dévouement. Il sert ses amis avec un dévouement sans exemple. Il a donné des preuves de son dévouement. Acte de dévouement.
Il signifie aussi Action de s'exposer à un grand péril ou à une mort certaine, par humanité, par patriotisme, etc., ou de se sacrifier à autrui ou à une idée, à un sentiment. Le dévouement du chevalier d'Assas. Le dévouement des défenseurs du fort de Vaux. Le dévouement des médecins pendant cette épidémie.
Il se dit particulièrement, lorsqu'il s'agit de l'Acte religieux des anciens par lequel un citoyen s'offrait volontairement aux divinités infernales pour faire retomber sur sa tête le malheur dont la République se croyait menacée. Le dévouement de Codrus et celui de Décius sont célèbres dans l'histoire.
DÉVOUER
v. tr.
Vouer, livrer sans réserve. Il a dévoué ses enfants au service de la patrie. Se dévouer à ses amis, à sa patrie, au bien public. Se dévouer au service, aux volontés de quelqu'un. C'est un homme dévoué, l'ami le plus dévoué.
Être dévoué à quelqu'un, Être disposé à tout faire pour lui être utile ou agréable. Cet homme m'est tout à fait dévoué. On l'emploie quelquefois par exagération pour exprimer une Simple disposition à obliger. Disposez de moi comme il vous plaira, je vous suis tout dévoué.
Par exagération, Je suis votre dévoué serviteur, Formule de politesse par laquelle on termine souvent les lettres adressées à des égaux ou même à des inférieurs. On termine aussi quelquefois par la formule, Votre dévoué, votre très dévoué, votre bien dévoué, mais seulement lorsqu'on écrit à une personne avec laquelle on vit un peu familièrement.
SE DÉVOUER signifie particulièrement S'exposer à un grand péril, ou Se livrer à une mort certaine, par attachement pour quelqu'un, par humanité, par patriotisme, ou Se sacrifier à autrui, à une idée, à un sentiment, etc. Il se dévoua généreusement pour le sauver. Le Fils de Dieu voulut se dévouer pour nous. Se dévouer pour son pays, pour le salut, pour la gloire de sa patrie. S'il faut une victime, je me dévoue.
DÉVOYER
(Il se conjugue comme ENVOYER, sauf au futur où il fait Dévoierai.) v. tr. Détourner de la voie, du chemin. Dans ce sens, il ne s'emploie plus guère qu'en termes d'Arts. Dévoyer un tuyau de cheminée, de descente, etc., Le détourner de la ligne verticale, lorsqu'il rencontre un obstacle.
Il est surtout employé pronominalement et signifie Quitter le bon chemin, le chemin de la vertu, de l'honneur, de la raison, du bon sens. Ce jeune homme se dévoie de plus en plus.
Le participe passé DÉVOYÉ, ÉE, s'emploie comme nom dans ce sens. C'est un dévoyé.
DEXTÉRITÉ
n. f.
Adresse de la main. Il exécute ce tour avec une grande dextérité.
Il se dit figurément de l'Adresse de l'esprit. Avoir de la dextérité à manier les affaires. Il a conduit cette intrigue avec beaucoup de dextérité.
DEXTRE
adj. des deux genres
. Qui est du côté droit. La main dextre. En termes de Blason, Le côté dextre. Il est vieux.
Il s'employait aussi comme nom féminin pour désigner la Main droite ou le Côté de la main droite. Assis à la dextre de Dieu, à la dextre du Tout-Puissant, à la dextre du Père.
DEXTRINE
n. f.
T. de Chimie
. Matière d'apparence gommeuse, qui résulte de l'amidon sous l'influence des acides, des oxydes.
DEY
n. m.
Chef de l'ancien gouvernement d'Alger.