Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Survivance
n. f.
Il se disait du Droit, de la faculté de succéder à un homme dans sa charge après sa mort. Il avait un gouvernement, et le roi lui en accorda la survivance pour son fils. Il fut reçu en survivance. Lettres, brevet de survivance.
Il se dit, dans le langage courant, de Ce qui survit. Cet usage est une survivance. La survivance d'un usage.
SURVIVANT, ANTE
adj.
Qui survit à un autre.
Il se dit surtout substantivement. Le survivant des époux. Le survivant, la survivante aura tout le bien.
SURVIVRE
(Il se conjugue comme VIVRE.) v. intr.
Demeurer en vie après une autre personne. C'est l'ordre de la nature que les enfants survivent à leurs parents. Il survécut à ses enfants. Quelle tristesse de survivre à ceux qu'on a le plus aimés!
Fig., Survivre à son honneur, à sa réputation, à sa fortune, à ses espérances, Vivre encore après la perte de son honneur, de sa réputation, de sa fortune, etc. On dit de même : Survivre à la ruine de sa patrie, etc.
Survivre à soi-même, se survivre à soi-même, Perdre avant la mort l'usage des facultés naturelles, comme la mémoire, l'ouïe, la vue, la raison; il se dit particulièrement de Ceux qui tombent en enfance.
Se survivre dans ses enfants, dans ses ouvrages, Laisser après soi des enfants, des ouvrages qui perpétuent le souvenir du nom qu'on portait, des qualités, des talents qu'on possédait.
SURVOLER
v. tr.
Voler par-dessus. Survoler un terrain de manoeuvres. Survoler un camp, une position.
SUS
adv.
Dessus. Il n'est plus guère usité que dans cette expression, Courir sus à quelqu'un.
Sus, sus donc, or sus se dit familièrement pour exciter, pour encourager, pour exhorter. Sus, mes amis, sus donc, levez-vous. Or sus, dites-nous....
SUS entre dans la composition de certains mots, avec le sens de Ci-dessus. Sus-allégué, sus-énoncé, sus-visé. Les principaux des mots ainsi formés se trouvent à leur rang alphabétique.
EN SUS,loc. adv.
Au-delà, en plus. La moitié, le tiers, le quart en sus.
EN SUS DE,loc. prép.
Au-delà de, outre, en plus de. Il a touché des gratifications en sus de ses appointements.
SUSCEPTIBILITÉ
n. f.
Disposition à se froisser, à s'offenser trop aisément. C'est un homme d'une extrême susceptibilité, d'une susceptibilité lâcheuse, ridicule. Blesser, ménager la susceptibilité de quelqu'un.
SUSCEPTIBLE
adj. des deux genres
. Qui est capable de recevoir certaine qualité, certaine impression, certaine modification; il se dit tant au sens physique qu'au sens moral. La matière est susceptible de toutes sortes de formes. Cette terre est susceptible d'améliorations. L'esprit de l'homme est susceptible de bonnes, de mauvaises impressions. Susceptible du bien et du mal. Susceptible d'amour, de haine.
Cette proposition, ce passage est susceptible de plusieurs sens, d'interprétations différentes, Cette proposition peut être entendue dans plusieurs sens différents, ce passage peut être expliqué, interprété de bien des façons différentes.
SUSCEPTIBLE se dit absolument des Personnes et signifie Qui est facile à blesser, à froisser, qui s'offense aisément. Il est fort susceptible. Elle est trop susceptible. Un esprit, un caractère susceptible.
SUSCITER
v. tr.
Faire naître, faire paraître dans un certain temps. Il se dit particulièrement en parlant des Hommes extraordinaires que Dieu inspire, qu'il conduit et pousse à exécuter ses volontés. Dieu a suscité des prophètes. Il suscita les libérateurs de son peuple.
En termes de l'Écriture, Susciter lignée à son frère, Faire revivre le nom de son frère mort sans postérité, en épousant sa veuve pour en avoir des enfants, ce qui était d'usage parmi les Juifs.
SUSCITER se prend plus ordinairement en mauvaise part et signifie Faire naître à quelqu'un des embarras, des affaires fâcheuses, des inimitiés, dans le dessein de lui nuire. Susciter un procès, une querelle. Susciter des embarras, des obstacles. Il lui a suscité des ennemis. Son mérite, sa gloire lui a suscité bien des envieux.
SUSCRIPTION
n. f.
Adresse écrite sur le pli extérieur ou l'enveloppe d'une lettre. C'est lui qui a mis la suscription à cette lettre. La suscription était : À son Altesse Royale.
En termes de Chancellerie, il se dit de la Partie d'un acte qui énonce la personne au nom de laquelle l'acte est rédigé. La suscription de cet acte est : Louis par la grâce de Dieu roi de France.
SUSDIT, ITE
adj.
Qui est nommé ci-dessus. Il ne s'emploie guère qu'en style de Procédure. La susdite maison. La susdite somme payable au susdit terme. Substantivement, Le susdit, la susdite.
SUSMENTIONNÉ, ÉE
adj.
T. de Procédure
. Qui est mentionné ci-dessus. L'acte susmentionné.
SUSNOMMÉ, ÉE
adj.
T. de Procédure
. Qui est nommé ci-dessus. Les parties susnommées.
SUSPECT, ECTE
adj.
Qui peut être soupçonné, qui prête au soupçon; il se dit des Personnes et des Choses. Cet homme m'est suspect, me devient suspect. Cela le rendit suspect à son parti. Dès lors on le tint pour suspect. Vous êtes suspect de partialité. Un personnage suspect. Le témoignage de cet homme est suspect. Une opinion suspecte d'hérésie. Un contrat suspect de fraude. Une conduite suspecte. Des moeurs suspectes. Une démarche suspecte. Suspect d'avoir trahi l'État. Suspect d'entretenir des intelligences avec l'ennemi.
Il s'emploie aussi substantivement. Un suspect. La loi des suspects.
SUSPECTER
v. tr.
Soupçonner, tenir pour suspect. Je suspecte fort la fidélité de ce domestique. On suspectait sa doctrine, ses moeurs. On reconnut qu'on l'avait suspecté à tort.
SUSPENDRE
v. tr.
Pendre quelque objet en l'air, l'attacher de telle sorte qu'il ne porte sur rien. Suspendre un lustre au plafond. Une épée était suspendue sur la tête de Damoclès. Se suspendre à une branche, à une corde.
Fig. et fam., Être suspendu aux lèvres de quelqu'un, Écouter ses paroles avec une extrême attention.
SUSPENDRE signifie, au figuré, Surseoir, différer, cesser pour quelque temps. Suspendre l'exécution d'un arrêt. On reprit les poursuites qui avaient été suspendues. Suspendre les hostilités. Suspendre son ressentiment, les effets de son ressentiment. La séance est suspendue.
Suspendre ses paiements se dit d'une Maison de banque ou de commerce qui se trouve, au moins momentanément, dans l'impossibilité de faire face à ses engagements.
Suspendre sa marche, Interrompre sa marche, s'arrêter pour quelque temps. Ces troupes ont suspendu leur marche, ont reçu l'ordre de suspendre leur marche.
Suspendre un travail, Interrompre un travail. Les travaux étaient depuis longtemps suspendus.
Suspendre son jugement sur quelque chose, Attendre, pour porter son jugement, qu'on soit plus éclairé.
Dans le langage politique, Suspendre la constitution, En interrompre l'exercice pour quelque temps. On dit aussi : Suspendre les garanties constitutionnelles. Suspendre l'exécution des lois.
Suspendre un journal, En faire cesser la publication pour un certain temps.
SUSPENDRE se dit aussi, figurément, en parlant d'un Ecclésiastique, d'un magistrat, d'un officier, d'un agent quelconque dont on interrompt les fonctions, sans lui ôter son caractère. Suspendre un prêtre de ses fonctions. On a suspendu le maire de cette commune.
Le participe passé SUSPENDU s'emploie adjectivement. Voiture bien suspendue, Voiture dont la suspension est bonne.
Pont suspendu. Voyez PONT.
SUSPENDU se dit, par extension, des Choses qui sont en équilibre et qui paraissent se soutenir d'elles-mêmes. Les nuées sont suspendues en l'air.
SUSPENS
adj. m.
Qu'on a suspendu de ses fonctions; il n'est usité qu'en parlant d'un Ecclésiastique qu'on suspend des fonctions de son état. Un prêtre suspens, déclaré suspens. Il est suspens de fait et de droit.
EN SUSPENS,loc. adv.
Dans l'incertitude, dans l'indécision, dans l'attente. Je suis en suspens sur ce que je dois faire.
Il se dit aussi d'une Chose interrompue, suspendue. Il a laissé en suspens l'ouvrage qu'il avait commencé. Cette affaire est demeurée en suspens.
SUSPENSE
n. f.
Censure par laquelle un ecclésiastique est déclaré suspens. Un prêtre qui a encouru la suspense.
Il désigne aussi l'État où un ecclésiastique est mis par cette censure.
SUSPENSEUR
adj. m.
T. d'Anatomie
. Qui soutient, qui tient suspendu. Ligament suspenseur du foie.
SUSPENSIF, IVE
adj.
T. de Jurisprudence
. Qui suspend, qui arrête et empêche d'aller en avant, de continuer. Il y a des cas où le simple appel est suspensif; il y en a où il n'est que dévolutif. Le veto suspensif.
En termes de Grammaire, Points suspensifs, Points mis à la suite les uns des autres pour marquer suspension ou interruption du sens.