Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Attraper
v. tr.
Prendre à une trappe, à un piège ou à quelque chose de semblable. Attraper un loup dans un piège. Attraper un oiseau avec de la glu. Le renard s'est enfin laissé attraper au piège.
Il signifie figurément et familièrement Prendre sur le fait, surprendre. Que je vous y attrape encore à venir voler mes raisins! Vous disiez que vous n'alliez point au théâtre : je vous y attrape.
Il signifie, par extension, Surprendre artificieusement ou tromper avec malice. C'est un filou qui m'a attrapé. Que de fois, dans sa naïveté, il s'est laissé attraper par ses condisciples!
Fig., Attrape! Sorte d'exclamation familière par laquelle on exprime qu'une personne vient d'être l'objet d'une malice, d'une plaisanterie piquante.
Il signifie de même Faire éprouver un mécompte, une surprise désagréable. En arrivant au théâtre, je fus bien attrapé : il y avait relâche. Vous seriez bien attrapé si l'on vous disait ce qu'il pense de vous.
Il signifie aussi figurément Atteindre en courant, en allant après, ou saisir au passage. Le lièvre eut beau ruser, les chiens l'attrapèrent. Les gendarmes ont attrapé les voleurs. Attraper un papillon. Je vais vous jeter ce paquet : attrapez-le à la volée.
Prov., Il courra bien, si on ne l'attrape, On le poursuivra si vivement que, selon toutes les apparences, on le prendra.
Fig. et fam., Attraper un rhume, une fièvre; attraper un coup de bâton, un coup d'épée, un mauvais coup, etc., Prendre un rhume, gagner la fièvre, recevoir un coup de bâton, etc.
Il signifie encore figurément Obtenir, se procurer quelque chose par ruse, par adresse, par quelque manoeuvre. Ils ont attrapé l'argent de bien du monde. Il s'est laissé attraper son argent. Il a si bien fait qu'il a attrapé un bon emploi, une bonne place. Louis XI disait : " Les chevaux courent les bénéfices, et les ânes les attrapent. "
Il signifie de même Être favorisé par le sort dans une distribution, dans un partage. J'ai attrapé le bon numéro. Ce joueur est heureux, il attrape toujours les bonnes cartes. On nous a donné des chevaux, mais je n'ai pas attrapé le meilleur. Quel lot avez-vous attrapé?
Fam., Attrape qui peut, se dit, au propre et au figuré, en parlant de Toute distribution dont beaucoup devraient profiter, mais où le plus grand nombre, écarté par la force ou l'adresse des autres, ne peut avoir aucune part.
ATTRAPER signifie quelquefois Frapper, heurter. Une pierre l'a attrapé au front, à la tempe. En jetant un bâton, il m'a attrapé à la jambe, au bras.
En termes de Manège, Ce cheval s'attrape, Il se donne des atteintes en marchant. Il se dit encore figurément, en parlant des pensées ou des caractères, des Ressemblances que l'on saisit pour les exprimer, les rendre, les reproduire. Attraper la pensée d'un auteur que l'on traduit. Il a bien attrapé le sens de ce passage. Ce poète a bien attrapé le caractère d'un jaloux. Cet auteur a bien attrapé le caractère des anciens Grecs, des anciens Romains. Cet artiste a bien attrapé la manière de Raphaël. Ce peintre a bien attrapé votre ressemblance. En ce sens il est familier.
ATTRAPEUR, EUSE
n.
Celui, celle qui trompe, qui obtient artificieusement. C'est un attrapeur de filles, un attrapeur de successions.
ATTRAYANT, ANTE
adj.
Qui a de l'attrait. Discours attrayant. Travail attrayant. Beauté attrayante. Cette femme n'a rien d'attrayant. Il n'y a rien de si attrayant que ses manières.
ATTRIBUER
v. tr.
Conférer à quelqu'un un avantage, une prérogative, un emploi. Jadis, aux premières charges de l'État étaient attribués de grands privilèges. Les émoluments qui furent attribués à cet emploi. Quelles fonctions a-t-on attribuées à ce magistrat? La connaissance de ce genre d'affaires leur est attribuée.
Il se dit aussi lorsqu'on considère que quelqu'un est la cause, l'auteur où le principal instrument de quelque chose et signifie Imputer à quelqu'un un acte, lui prêter un mérite, etc. On lui attribue cette victoire. Ne lui en attribuez point la faute. On lui attribue ce livre, mais il n'en est pas l'auteur. Ce général s'attribue un succès auquel il n'a point eu de part. S'attribuer l'ouvrage d'autrui. S'attribuer des droits, des privilèges. Chacun des deux partis s'attribua la victoire. On l'applique aux choses dans un sens analogue. Ils attribuaient ce phénomène à la pluie. On attribue ce trait de caractère à l'éducation.
Il signifie encore Affirmer qu'une personne, qu'une chose a une certaine qualité, un certain effet. Vous lui attribuez des vertus, des vices qu'il n'a pas. Il a toutes les bonnes qualités qu'on lui attribue. C'est un remède auquel j'attribue ma guérison.
ATTRIBUT
n. m.
Ce qui est propre et particulier à un être, à quelqu'un ou à quelque chose. L'immensité est un des attributs de Dieu. Le droit de faire grâce est un des principaux attributs d'un chef d'État. Ce droit était un des attributs de sa charge.
En termes de Logique, il désigne Ce qui s'affirme ou se nie du sujet d'une proposition. Dans Dieu est tout-puissant, Dieu est le sujet et tout-puissant est l'attribut.
En termes de Grammaire, il désigne une Manière d'être, un état attribué au sujet au moyen d'un verbe dit attributif. Malade dans Il est malade, Il devient malade, est un attribut. Il y a aussi des attributs de compléments d'objet. Dans Je le crois riche, Riche est l'attribut de le.
En termes de Beaux-Arts et d'Antiquités, il désigne Ce qui sert à caractériser une figure mythologique ou allégorique. Le trident est l'attribut de Neptune. Le glaive et la balance sont les attributs de la Justice. On dit dans un sens analogue, Les attributs d'un art, d'une science; les attributs de la peinture, de la musique, de l'astronomie, etc.
ATTRIBUTIF, IVE
adj.
T. de Jurisprudence
. Qui attribue. Arrêt attributif de juridiction.
En termes de Grammaire, Verbe attributif, Verbe qui relie l'attribut au sujet. Être, devenir, sembler, avoir l'air sont des verbes attributifs.
ATTRIBUTION
n. f.
Action d'attribuer. Un édit d'attribution de droits, Édit par lequel une prérogative, un privilège étaient concédés en vertu de lettres du Prince.
Lettres d'attribution, Pouvoir que le roi donnait à des commissaires ou à une juridiction subalterne pour juger une affaire en dernier ressort.
En termes de Grammaire, Complément d'attribution désigne la Personne ou la Chose intéressée à l'action que fait le sujet. Dans Il a donné un sou à un pauvre, Mourir pour la patrie, Pauvre, Patrie sont des compléments d'attribution.
Il se dit plus ordinairement des Droits que possède une personne chargée de quelque fonction ou qui sont attachés a la fonction elle-même. C'est une attribution de tel magistrat. On l'emploie surtout au pluriel. Cela est dans les attributions du Tribunal de Commerce. Cela n'est pas, n'entre pas dans les attributions du ministre de la Guerre, du Préfet, etc. Quelles sont les attributions de ce magistrat, de ce fonctionnaire? Étendre les attributions d'un administrateur. C'est une de ses plus importantes attributions. Empiéter sur les attributions de quelqu'un.
ATTRISTANT, ANTE
adj.
Qui attriste. Nouvelles attristantes. Ce sont d'attristants souvenirs.
ATTRISTER
v. tr.
Rendre triste. Cette nouvelle m'attriste, m'a bien attristé. Il ne faut attrister personne. Elle s'attriste mal à propos. Ne vous attristez pas de cet événement.
ATTRITION
n. f.
T. de Physique
. Action de deux corps durs qui s'usent par un frottement mutuel. C'est par l'attrition que l'on aiguise, que l'on polit les métaux.
En termes de Théologie, il signifie Regret d'avoir offensé Dieu, causé par la crainte des peines du purgatoire ou de l'enfer. L'attrition ne suffit pas sans la confession.
ATTROUPEMENT
n. m.
Action de s'attrouper. Par ordre de la police, les attroupements sont défendus. La sédition commença par quelques attroupements. La force armée eut ordre de dissiper leur attroupement. Attroupement séditieux.
ATTROUPER
v. tr.
Assembler plusieurs personnes en troupe et tumultueusement. Il attroupa toute la canaille, tous les fainéants pour faire une sédition. Il est défendu de s'attrouper. Il s'attroupa une quantité de gens. Au son du tocsin, les paysans des environs s'attroupèrent.
AU, AUX
Voyez À.
AUBADE
n. f.
Concert donné en plein air, vers l'aube du jour, à la porte ou sous les fenêtres d'une personne. Donner une aubade. Donner des aubades.
Il se dit figurément et par ironie d'une Insulte, d'une avanie, d'une peur faite avec vacarme à quelqu'un. Il a eu une étrange aubade, une furieuse aubade. Ce sens est familier.
Il se dit aussi d'un Genre de l'ancienne poésie lyrique.
AUBAIN
n. m.
T. d'ancienne Jurisprudence
. Étranger privé du droit de tester et d'hériter parce qu'il n'était pas naturalisé.
AUBAINE
n. f.
T. d'ancienne Jurisprudence
. Succession aux biens d'un étranger qui meurt dans un pays où il n'est pas naturalisé. L'aubaine appartenait au roi. Le droit d'aubaine a été aboli en France.
Il se dit figurément de Tout avantage inespéré qui arrive à quelqu'un. C'est une bonne aubaine pour lui.
AUBE
n. f.
Moment où la lumière du soleil levant commence à blanchir. L'aube du jour. Je me suis levé dès l'aube. Se lever avant l'aube. Fig., L'aube d'une ère nouvelle. L'aube de la guérison, de la victoire. L'aube de la délivrance.
Par analogie, il se dit d'un Vêtement ecclésiastique de toile blanche serré aux reins par un cordon et que les officiants mettent pour célébrer la messe. Vêtir une aube. Ceindre une aube.
AUBE
n. f.
Planche fixée à la circonférence d'une roue de moulin à eau ou d'un ancien bateau à vapeur et sur laquelle s'exerce l'action du liquide. Les aubes d'un moulin. Roue à aubes. Un bateau à aubes.
AUBÉPINE
n. f.
T. de Botanique
. Arbrisseau épineux du genre Néflier, qui est propre à former des haies, des clôtures et qui produit de petites fleurs blanches, quelquefois roses ou rouges, d'une odeur très agréable, disposées par bouquets ou corymbes. L'aubépine fleurit au mois de mai. Le rossignol aime l'aubépine et y fait ordinairement son nid. On la nomme aussi Épine blanche.
AUBÈRE
adj. des deux genres
. Dont le poil est couleur de fleur de pêcher, entre le blanc et le bai, en parlant d'un cheval.
Il s'emploie aussi comme nom masculin pour désigner la Couleur de la robe d'un cheval aubère.
AUBERGE
n. f.
Maison où l'on trouve la table et le lit en payant. On fait bonne chère dans notre auberge. Coucher à l'auberge. Vivre à l'auberge. Tenir auberge. Il y a beaucoup d'auberges sur la route. J'ai laissé mon cheval à l'auberge.
Fig. et fam., Tenir auberge, Avoir maison ouverte, recevoir tout le monde à sa table. Cette place est onéreuse, elle force à tenir auberge.
Fig. et fam., Prendre la maison de quelqu'un pour une auberge, S'y établir pour quelque temps, ou Aller y dîner fréquemment, sans être invité, ni désiré.
AUBERGINE
n. f.
T. de Botanique
. Espèce de morelle qui porte des fruits blancs semblables à des oeufs, ou de forme allongée comme les concombres, et de couleur violette, jaune ou rougeâtre.
Il se dit aussi du Fruit de cette plante. Manger des aubergines. Aubergines frites. Aubergines farcies.
AUBERGISTE
n. des deux genres
. Celui, celle qui tient auberge. Il mange chez un aubergiste.