Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Mitiger
v. tr.
Rendre moins acide, adoucir. Mitiger par du sucre l'acidité d'un citron.
Il signifie plus souvent, figurément, Tempérer, adoucir, rendre plus aisé à supporter, à subir, à pratiquer. Mitiger une règle trop austère. Mitiger une loi, un jugement, une peine.
Mitiger une assertion, une proposition, La rendre moins absolue, y apporter quelque atténuation. Cette assertion a besoin d'être mitigée, demande à être mitigée.
Ordres mitigés, Ceux qui vivent sous une règle moins austère et moins pénible que celle de leur première institution.
MITONNER
v. tr.
Laisser cuire longtemps sur un feu doux, en parlant surtout d'un Potage au pain. Une soupe mitonnée. Mitonner des écrevisses au court-bouillon.
Intransitivement, La soupe se mitonne ou mitonne.
Fig., Laisser mitonner une affaire, La faire durer en gagnant du temps, la préparer doucement pour la faire réussir quand le moment sera venu.
MITOYEN, ENNE
adj.
Qui est au milieu, qui tient le milieu, qui est entre deux choses. Espace mitoyen. Il s'emploie plus ordinairement dans les locutions suivantes : Mur mitoyen, Mur qui appartient aux deux propriétés contiguës dont il forme la séparation. On dit de même Fossé mitoyen, haie mitoyenne.
Puits mitoyen, Puits pratiqué sur la limite commune de deux propriétés contiguës, et qui est à l'usage de l'une et de l'autre.
Cloison mitoyenne, Cloison qui est commune à deux chambres et qui les sépare.
Dents mitoyennes d'un cheval, Celles qui sont entre les pinces et les coins.
MITOYEN signifie, au figuré, Qui est placé entre deux choses extrêmes ou opposées et qui tient un peu de l'une et de l'autre. On a ouvert un avis mitoyen pour tout concilier. La bourgeoisie formait un état mitoyen entre la noblesse et le peuple. En ce sens il vieillit.
MITOYENNETÉ
n. f.
Qualité de ce qui est mitoyen. Droit de copropriété de deux voisins sur le mur, la haie, le fossé qui les sépare. La mitoyenneté d'un mur, d'un puits. Indices, preuves de mitoyenneté.
MITRAILLE
n. f.
Toute sorte de vieux clous, de vieux fers, etc., dont on chargeait le canon; et, par extension, les Balles de fer ou biscaïens, ordinairement mêlés de ferraille, dont on faisait les cartouches pour l'artillerie. Un canon chargé de mitraille, à mitraille. Tirer à mitraille.
Boîte à mitraille, Boîte cylindrique en bois, en fer ou en zinc, que l'on remplissait de mitraille et dont on chargeait les canons.
MITRAILLE se dit encore aujourd'hui de Décharges collectives d'artillerie. Charger sous la mitraille. Résister, tenir sous la mitraille.
MITRAILLER
v. intr.
Tirer le canon à mitraille. On a mitraillé pendant une heure.
Il est aussi transitif. On a mitraillé l'ennemi. Nous avons été mitraillés pendant toute la nuit.
MITRAILLEUR
adj. m.
Qui mitraille. Officier, soldat mitrailleur. Il s'emploie aussi comme nom pour désigner le Servant d'une mitrailleuse.
Fusil mitrailleur, Arme portative qui lance des balles avec une très grande rapidité.
Fusilier mitrailleur désigne le Soldat qui manoeuvre cette arme.
MITRAILLEUSE
n. f.
Arme automatique, disposée de manière à envoyer des balles avec une très grande rapidité. Une section, une compagnie de mitrailleuses. Les mitrailleuses entrèrent en action.
Auto-mitrailleuse, Automobile blindée pourvue de mitrailleuses.
MITRAL, ALE
adj.
Qui est en forme de mitre. Valvule mitrale, Valvule du coeur.
MITRÉ, ÉE
adj.
Qui porte la mitre. Il n'est guère usité que dans ces locutions : Abbé crossé et mitré; abbaye crossée et mitrée.
MITRE
n. f.
Coiffure que portent les évêques quand ils officient en habits pontificaux. La mitre en tête. Officier avec la mitre et la crosse. En quelques églises les chanoines et certains abbés portaient la mitre.
Recevoir la mitre, Être nommé évêque.
En termes d'Antiquités, il se dit d'une Coiffure qui était en usage chez les femmes romaines et qui venait originairement des Perses.
MITRE se dit aussi d'un Dispositif en forme de mitre placé au-dessus d'une cheminée, pour l'empêcher de fumer.
MITRON
n. m.
Garçon boulanger ou pâtissier.
MIXTE
adj. des deux genres
. Qui est mélangé, qui est composé de plusieurs choses de différente nature et qui participe de la nature des unes et des autres. Corps mixte.
En termes de Chemins de fer, Train mixte, Train composé de wagons de marchandises et de voitures de voyageurs.
Il se dit, au figuré, de Ce qui tient compte d'idées, de sentiments, de genres différents. Il s'est fait en politique une opinion mixte. Le drame est une sorte de genre mixte qui tient de la tragédie et de la comédie.
Commission mixte, Commission composée d'hommes pris dans deux ou plusieurs compagnies, dans deux ou plusieurs nations. On a établi une commission mixte pour la liquidation des créances respectives, pour la détermination des limites.
En termes de Jurisprudence, Causes, actions mixtes, Causes, actions qui sont à la fois personnelles et réelles. Causes personnelles, réelles et mixtes.
École mixte, École où l'on admet des enfants des deux sexes.
Mariage mixte, Mariage religieux où l'un des deux époux seulement est catholique.
Causes mixtes s'est dit aussi des Causes qui étaient de la compétence du juge séculier et du juge ecclésiastique en même temps.
MIXTION
n. f.
T. didactique
. Mélange de plusieurs drogues dans un liquide, pour la composition d'un médicament. Faire une mixtion.
Il se dit aussi du Mélange lui-même. Absorber la mixtion ordonnée par le médecin.
MIXTURE
n. f.
Mélange, homogène ou non, de plusieurs substances, plus particulièrement de substances liquides.
Il se dit, familièrement et dans un sens péjoratif, d'un Mélange quelconque.
MNÉMONIQUE
adj. des deux genres
. Qui sert à faciliter les opérations de la mémoire. Méthode mnémonique. Procédés mnémoniques.
Substantivement, La mnémonique, Ensemble des procédés qui facilitent les opérations de la mémoire. Il a appris la mnémonique. La mnémonique était en usage chez les anciens.
MNÉMOTECHNIE
n. f.
Art d'aider la mémoire par des méthodes spéciales.
MNÉMOTECHNIQUE
adj. des deux genres
. Qui a rapport à la mnémotechnie.
MOBILE
adj. des deux genres
. Qui se meut ou qui peut être mû. L'aiguille aimantée est mobile sur son pivot. Cette roue n'est pas assez mobile. La surface mobile des eaux.
En termes d'Imprimerie, Caractères mobiles, Caractères séparés qu'on place les uns après les autres pour en former des mots.
Poêle mobile, Poêle, muni d'un tuyau, qui peut être transporté d'une chambre dans une autre.
Culasse mobile, Partie mobile du mécanisme d'un fusil, qui sert à verrouiller le canon.
En termes d'Administration militaire, Troupes mobiles se dit par opposition à Troupes, à corps sédentaires.
Colonne mobile. Voyez COLONNE.
La garde mobile s'est dit, dans l'organisation militaire de 1868, de l'Ensemble des jeunes gens qui n'avaient pas été compris dans la conscription mais qui pouvaient être appelés au service actif en temps de guerre. Substantivement, Un mobile. Les mobiles bretons. Les mobiles de l'Oise.
La garde mobile désigne actuellement un Corps de gendarmerie spécial appelé à se déplacer en cas de besoin, par opposition à la gendarmerie sédentaire.
Fêtes mobiles, Certaines fêtes de l'année, ainsi nommées parce que le jour de leur célébration change tous les ans, selon la différence des lunaisons par rapport à l'équinoxe de printemps. Pâques, la Pentecôte, l'Ascension, etc., sont des fêtes mobiles.
MOBILE signifie aussi Qui change facilement. Physionomie mobile.
Fig., Caractère mobile, Caractère changeant. Imagination, esprit mobile, Imagination, esprit qui reçoit aisément des impressions différentes.
MOBILE s'emploie aussi comme nom masculin et désigne un Corps susceptible d'être mis en mouvement. Il s'emploie surtout comme terme de Mécanique et signifie alors Point mobile. Soit un mobile M soumis à une force F... Un mobile imprime une partie de son mouvement à un autre mobile qu'il rencontre.
Il désigne particulièrement, en termes d'Horlogerie, une Roue ou quelque autre pièce du mouvement d'une montre ou d'une pendule, qui tourne sur son pivot.
Il se dit figurément de Ce qui pousse à agir, de Ce qui excite à faire quelque chose. L'amour de la gloire est le mobile de grandes actions. L'appât du gain est son unique mobile. Il n'y a eu dans sa conduite aucun mobile intéressé.
MOBILIER, IÈRE
adj.
Qui consiste en meubles, ou qui concerne cette nature de biens. Propriété, richesse mobilière. Contribution, imposition mobilière.
En termes de Jurisprudence, il signifie Qui est de la nature du meuble. Les biens mobiliers de cette succession. Les effets mobiliers. D'après le code civil, les rentes constituées, les effets publics, les intérêts dans les entreprises de commerce, etc., sont des biens mobiliers.
Action mobilière, Action qui tend à la revendication d'un meuble.
Saisie mobilière, Saisie de tous les objets qui peuvent être considérés comme meubles.
Vente mobilière, Vente de tout objet dénommé meuble.
Succession mobilière, Succession ou portion de succession qui consiste en meubles. Héritier mobilier, Celui qui hérite des meubles.
Valeurs mobilières, Rentes, effets publics, actions, obligations représentant des intérêts dans des entreprises industrielles, commerciales, etc.,
Société de crédit mobilier, Banque destinée à faire des prêts sur dépôts de valeurs mobilières.
MOBILIER s'emploie aussi comme nom masculin et se dit de l'Ensemble des meubles, de Ce qui sert à garnir et à orner une maison, sans en faire partie. Il a hérité d'un riche mobilier. Un mobilier Empire. On a vendu son mobilier par autorité de justice.
MOBILISABLE
adj. des deux genres
. T. d'Administration militaire
. Qui peut être mobilisé. Les classes mobilisables.
MOBILISATION
n. f.
T. de Jurisprudence
. Action de mobiliser.
Il signifie, en termes d'Administration militaire, Action de mobiliser des troupes. L'ordre de mobilisation a été affiché dans tout le pays. La mobilisation des troupes de couverture. La mobilisation générale.
MOBILISER
v. tr.
T. de Jurisprudence
. Faire une convention en vertu de laquelle un immeuble réel ou réputé tel est considéré comme meuble. Par les contrats de mariage on mobilise quelquefois des immeubles. Dans ce sens, on dit aujourd'hui plutôt Ameublir.
MOBILISER signifie, en termes d'Administration militaire, Mettre une armée sur le pied de guerre en rappelant ses réserves et en la fournissant de matériel, de manière qu'elle puisse entrer en campagne. On vient de mobiliser les troupes de couverture. Il signifie aussi Rappeler des classes de réserve pour compléter une armée. On dut mobiliser les plus anciennes classes.
Il s'emploie aussi absolument. La nouvelle se confirme que l'Allemagne a mobilisé.
Le participe passé MOBILISÉ s'emploie comme nom masculin. Les mobilisés rejoindront leurs corps dans les délais voulus.
MOBILITÉ
n. f.
T. didactique
. Facilité à être mû. La mobilité des corps sphériques. La mobilité du mercure.
Il signifie aussi Facilité à changer. Mobilité des traits, de la physionomie.
Fig., Mobilité de caractère, d'esprit, d'imagination, Facilité à passer promptement d'une disposition à une autre, d'un objet à un autre. La mobilité des choses humaines, la mobilité des opinions, Leur incertitude, leur passage continuel d'un état à un autre.
MOCASSIN
n. m.
Chaussure des Indiens de l'Amérique du Nord.
MODALITÉ
n. f.
T. didactique
. Qualité, manière d'être. La glace, la vapeur sont des modalités de l'eau.
Il se dit aussi, et surtout au pluriel, des Conditions, des modes d'exécution. Cette mesure adoptée en principe, il reste à en régler les modalités. Modalités de paiement.
Il se dit, en termes de Musique, du Caractère d'une phrase musicale, suivant le mode auquel elle appartient. Déterminer la modalité d'un morceau.
MODE
n. f.
Manière de voir, d'agir, fantaisie. Il faut le laisser vivre à sa mode, le laisser faire à sa mode. Il s'est fait une philosophie à sa mode. Chacun vit à sa mode.
À la mode de, À la manière de. Tripes à la mode de Caen.
Oncle, tante à la mode de Bretagne, Cousin germain, cousine germaine du père ou de la mère. Mon père et lui étaient cousins germains; par conséquent, il est mon oncle à la mode de Bretagne.
Neveu, nièce à la mode de Bretagne, Fils, fille du cousin germain ou de la cousine germaine.
MODE se dit particulièrement de l'Usage passager qui dépend du goût et du caprice. Nouvelle mode. Ancienne mode. Mode ridicule, extravagante. C'est la mode, la dernière mode. Se mettre à la mode. Suivre la mode. Une robe, une étoffe à la mode. Une opinion, un mot à la mode. C'est le livre, la pièce à la mode. Il est de mode de professer cette opinion. La mode des grands chapeaux est passée. La mode est aux couleurs claires. Être esclave de la mode. Les caprices, les bizarreries, l'empire de la mode. On revient aux vieilles modes.
Fam., Un homme à la mode, Un homme en réputation, très recherché, très fêté. On dit dans le même sens Un auteur, un artiste, un acteur à la mode.
Par analogie, Boeuf à la mode, Plat fait d'une pièce de boeuf piquée de gros lard et assaisonnée de carottes, d'oignons, etc.
MODES, au pluriel, qui signifiait autrefois les Ajustements, les parures à la mode pour l'habillement des femmes, ne s'applique plus qu'à leurs chapeaux. Magasin de modes.
MODE
n. m.
T. de Philosophie
. Manière d'être. Les divers arrangements des parties d'un corps en sont les modes. Il signifie aussi, dans le langage ordinaire, Forme, méthode. Mode de gouvernement, d'administration, de comptabilité, d'enseignement, d'élection. Le mode que nous avons adopté.
MODE, en termes de Grammaire, désigne la Manière dont on envisage l'action, suivant qu'on la considère comme certaine, douteuse, probable, etc. Mode indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif.
Il se dit aussi des Formes spéciales qui servent à indiquer ces différentes nuances. Ce verbe est au mode indicatif, au mode subjonctif.
MODE, en termes de Musique, se dit de Certaines dispositions de l'échelle des sons. Les Grecs avaient plusieurs modes : le dorien, le phrygien, le lydien, etc.
Mode authentique, dans le Plain-chant, Celui qui, étant donné une quinte partant de la tonique ou finale, s'étend à la quarte supérieure. Mode plagal, Celui qui, étant donné la même quinte, s'étend à la quarte inférieure.
Mode majeur, Celui où la tierce et la sixte, au-dessus de la tonique, sont majeures.
Mode mineur, Celui où la tierce et la sixte, au-dessus de la tonique, sont mineures. Le ton d'ut, mode majeur. Le ton de la, mode mineur.
MODELAGE
n. m.
T. de Sculpture
. Action de modeler ou Résultat de cette action.
MODÈLE
n. m.
Objet d'imitation, type, patron. Un modèle d'écriture. Un modèle de broderie. Ce livre vous servira de modèle pour un nouveau tirage. Conformez-vous au modèle. Donner un modèle. Suivre, imiter un modèle. Travailler sur un modèle, d'après un modèle. Cette église a été bâtie sur le modèle du Panthéon.
Il se dit particulièrement, en termes de Peinture et de Sculpture, de la Personne, homme ou femme, d'après laquelle les artistes dessinent, peignent, sculptent, etc. Figure dessinée, peinte d'après le modèle. Faire le métier de modèle.
Être fait comme un modèle, Être très bien fait, avoir toutes les parties du corps dans des proportions régulières et élégantes.
MODÈLE se dit aussi, en termes de Sculpture, de la Représentation en terre ou en cire d'un ouvrage qu'on se propose d'exécuter en marbre ou en quelque autre matière. Modèle en grand, en petit. Le modèle d'une statue, d'un groupe.
Il se dit également, dans plusieurs autres Arts, de la Représentation en petit d'un objet qu'on se propose d'exécuter en grand. Modèle d'architecture. Le modèle d'un édifice. Modèle de plâtre, de stuc, de bois. Le modèle d'une machine. Modèle de vaisseau, de canon.
Il se dit encore d'une Personne dont un écrivain s'est inspiré pour peindre un personnage dans un ouvrage d'imagination. Fontenelle a servi de modèle à La Bruyère pour son portrait de Cydias.
MODÈLE se dit, figurément, des Ouvrages de l'esprit et des Actions morales, et se prend généralement en bonne part. Homère et Virgile sont des modèles inimitables. Formez-vous, réglez-vous sur ce modèle. Ayez ce modèle devant les yeux. La vie de cet homme est un modèle de vertu, de patience. Prendre quelqu'un pour modèle. Prendre modèle sur quelqu'un. Sa conduite est le modèle de la mienne, me sert de modèle. Vous avez pris, vous avez choisi, vous imitez un mauvais modèle.
C'est un modèle, se dit par forme d'éloge et dans un sens de superlatif d'une Personne qui a de grandes vertus, de grandes qualités. Cet enfant est un modèle. Cet employé est un modèle. Par apposition, C'est un écolier modèle.
MODELER
(Je modèle; nous modelons.)v. tr.
T. de Sculpture
. Former avec de l'argile molle, de la cire, etc., le modèle, la représentation d'un ouvrage qu'on veut exécuter en marbre ou en quelque autre matière. Modeler une statue, un groupe.
Il s'emploie aussi absolument. Figure bien modelée. Substantivement, Un beau modelé. Un modelé savant.
En termes de Peinture, Modeler signifie Rendre exactement, par le moyen du clair- obscur, le relief des figures, les méplats et les détails du système musculaire.
MODELER s'emploie figurément, dans le langage ordinaire, et signifie Régler, conformer. Il a modelé sa conduite sur celle de ses aïeux. On doit se modeler sur les gens de bien.
MODELEUR
n. m.
T. de Sculpture
. Celui qui modèle. Un habile modeleur.
MODÉNATURE
n. f.
T. d'Architecture
. Profil et proportion des moulures d'une corniche.
MODÉRANTISME
n. m.
État d'esprit, tendance de ceux qui sont d'opinion modérée et qui s'opposent aux partis extrêmes. Il ne s'emploie qu'avec une intention de dénigrement.
MODÉRATEUR, TRICE
n.
Celui, celle qui modère, qui règle. Il y avait à Lacédémone des modérateurs de la jeunesse. Ce terme n'est guère usité que dans le style soutenu. Dieu est le modérateur de l'univers. Adjectivement, Le souverain modérateur. L'esprit modérateur du monde.
Il désigne quelquefois Celui qui cherche à tempérer des opinions exaltées, à rapprocher des sentiments extrêmes. Il est le modérateur de son parti. Dans cette grande querelle, il se fit le modérateur, il prétendit au rôle de modérateur.
En termes d'Arts, il se dit de Tout appareil qui sert à régler la marche d'un mécanisme. Les volants, les freins sont des modérateurs.
Il s'est dit d'un Appareil qu'on ajoutait à une lampe pour régler l'ascension de l'huile. Lampe à modérateur.
MODÉRATION
n. f.
Vertu qui porte à garder une sage mesure en toutes choses. Modération d'esprit. Esprit de modération. Il s'est conduit dans cette affaire avec beaucoup de modération. Il a apporté dans cette discussion toute la modération possible. User de modération. Il faut garder de la modération dans la bonne fortune, mettre de la modération dans ses désirs. Il faut user des meilleures choses avec modération.
MODÉRATION signifie aussi Retranchement, diminution d'un prix ou d'une taxe. La modération d'une contribution. On ne lui a fait aucune modération. On ne lui accorde aucune modération. On dit plutôt aujourd'hui Réduction.
Il signifie encore Adoucissement, mitigation. La modération d'une peine, d'une amende.
MODÉRÉE
adj.
Qui est éloigné de tout excès. Une chaleur modérée. Un feu modéré. Un exercice modéré. Il signifie, figurément, Qui est sage et retenu, qui n'est point emporté. Un esprit modéré. Il est modéré dans ses désirs.
En termes de Politique, Le parti modéré. On dit aussi substantivement, dans le même sens, Les modérés.
MODÉRÉMENT
adv.
D'une manière modérée. Il s'est comporté fort modérément dans cette occasion. Boire, manger modérément.
MODÉRER
v. tr.
Diminuer, adoucir, tempérer, rendre moins violent, tenir dans de justes limites. Modérer le feu d'un fourneau. Modérer la vitesse d'un cheval. Modérer l'action d'une machine. Vous allez trop vite, modérez votre allure. Modérer la température. Modérer sa dépense.
Fig., Modérer sa colère, ses passions, ses désirs, son ambition, son ardeur. Modérer ses prétentions. Modérer le zèle de quelqu'un. Peu de gens savent se modérer dans la bonne fortune. Il a su se modérer dans les occasions les plus difficiles.
MODERNE
adj. des deux genres
. Qui est soit de notre temps, soit d'un temps plus ou moins rapproché du nôtre, par opposition à Antique, à ancien. L'art moderne. La peinture moderne. Architecture moderne. Ameublement moderne. Style moderne. Le confort moderne. Les inventions modernes.
Ironiquement, il se dit de Celui, de celle qui outre les nouveaux usages, les nouvelles modes. Cette jeune fille est trop moderne pour mon goût.
MODERNE, employé comme nom masculin, se dit des Auteurs, des savants, des artistes qui ont paru depuis la renaissance des lettres et des arts. Les anciens et les modernes sont d'accord sur ce point. La querelle des anciens et des modernes, Dispute qui s'éleva vers la fin du dix-septième siècle sur le mérite comparé des anciens et des modernes.
À LA MODERNE,loc. adv.
Suivant la manière la plus récente. Bâtir à la moderne. Bâtiment à la moderne.
MODERNISER
v. tr.
Organiser d'une façon moderne, adapter aux goûts ou aux besoins modernes. Moderniser un édifice. Moderniser l'administration. Moderniser les méthodes. Moderniser l'orthographe d'un texte.
MODERNISME
n. m.
Tendance à se détacher de la tradition pour adopter des idées modernes. Modernisme religieux. Ces livres ont été condamnés comme entachés de modernisme.
Il se dit aussi du Goût de ce qui est moderne. Modernisme artistique.
MODERNISTE
adj. des deux genres
. Qui a rapport au modernisme. Opinions modernistes. Tendances modernistes. Substantivement, Un moderniste.
MODESTE
adj. des deux genres
. Qui a de la retenue, de la modération, qui ne donne dans aucun excès. Il est modeste dans sa dépense, dans toute sa conduite. Par extension, Former des voeux modestes. Avoir des ambitions, des goûts modestes.
Il signifie, en parlant des Choses, Qui est modéré, simple, sans éclat. Avoir un train de vie, une table modeste. Faire une dépense modeste. Condition modeste. Emploi modeste. Prix modestes.
MODESTE signifie aussi Qui est réservé dans la manière de penser et de parler de soi, qui a une opinion modérée de son mérite. Il est modeste dans ses propos, dans son attitude. Avoir un maintien modeste, une contenance modeste, un air modeste, un ton modeste. Garder un silence modeste. Faire une réponse modeste. Avoir une opinion modeste de soi-même. Substantivement, Faire le modeste.
MODESTE signifie encore Qui a de la pudeur, qui observe la décence. Une jeune fille modeste.
MODESTEMENT
adv.
D'une manière modeste, avec modestie. Parler, s'habiller, vivre modestement.
MODESTIE
n. f.
Retenue dans la manière de penser et de parler de soi. Parler de soi avec modestie. Il est d'une modestie excessive. On n'ose le louer en sa présence, de peur de blesser sa modestie. Il a fallu faire violence à sa modestie pour lui décerner cet honneur. Il y a une fausse modestie qui n'est qu'un raffinement de vanité.
Il signifie aussi quelquefois Pudeur, décence. Cette femme s'habille avec modestie. Ce langage blesse la modestie, choque la modestie.
MODICITÉ
n. f.
Caractère de ce qui est modique. Il ne se dit qu'en parlant de Bien, d'argent. La modicité de son revenu, la modicité de sa fortune l'oblige à beaucoup d'économie. La modicité d'une somme. J'ai été tenté par la modicité du prix de cet objet.
MODIFICATIF, IVE
adj.
Qui modifie. Un terme modificatif. Une proposition modificative.
Il s'emploie parfois comme nom au masculin, surtout en Grammaire, où il se dit des Mots qui déterminent le sens des autres. Les adverbes sont ordinairement des modificatifs.
MODIFICATION
n. f.
T. didactique
. Changement qui s'opère dans la manière d'être d'une substance. Les corps subissent différentes modifications suivant les milieux où ils se trouvent.
Il signifie aussi Changement qui s'opère ou qu'on opère dans une chose quelconque. Il faut apporter quelques modifications à ces arrangements. Votre opinion est susceptible de beaucoup de modifications.
MODIFIER
v. tr.
Changer une chose dans quelqu'une de ses parties. La nature de l'homme est diversement modifiée par le climat, par l'éducation, par les lois. On a modifié le projet de loi par plusieurs amendements. Modifier les clauses d'un traité, les articles d'un contrat. Leur opinion s'est beaucoup modifiée.