Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Avent
n. m.
Temps destiné par l'Église catholique pour se préparer à la fête de Noël. L'avent a été plus long cette année-ci que l'autre. Le premier dimanche de l'avent. On dit au pluriel Les avents de Noël. C'est aux avents qu'on a coutume de planter.
Par extension, Prêcher l'avent, jeûner l'avent, Prêcher, jeûner pendant l'avent.
AVENTURE
n. f.
Ce qui arrive d'inopiné, d'extraordinaire à quelqu'un. Aventure heureuse, bizarre, étrange. Il lui est arrivé une aventure singulière, une bonne, une très bonne aventure, une sotte aventure. Il doit s'attendre à quelque aventure fâcheuse. Raconter une aventure. Une aventure galante. Ce roman est plein d'aventures surprenantes. Aventure comique, burlesque, romanesque.
Fam., Cette femme, cette fille a eu des aventures, Elle a eu des intrigues amoureuses.
Dire la bonne aventure, Prédire par la chiromancie, en tirant les cartes, ou de toute autre manière, ce qui doit arriver à quelqu'un. Elles faisaient profession de dire la bonne aventure. Se faire dire sa bonne aventure. Croire aux diseuses de bonne aventure.
Il signifiait, dans les anciens romans de chevalerie, Entreprise hasardeuse, mêlée quelquefois d'enchantement. Aventure périlleuse, difficile, dangereuse. Chercher, achever, mettre à fin les aventures, une aventure. Cette aventure était réservée à tel chevalier.
Par extension, Aimer les aventures, courir après les aventures. Aimer les entreprises extraordinaires, hasardeuses.
Fam., Tenter l'aventure, Essayer de réussir dans quelque affaire dont le succès est fort incertain. Nous ne réussirons peut-être pas, mais tentons l'aventure. Il voulut tenter l'aventure.
AVENTURES, au pluriel, est le Titre de certains ouvrages qui contiennent le récit d'aventures ordinairement imaginaires. Les Aventures de Télémaque. Les Aventures de Robinson Crusoé.
AVENTURE signifie familièrement Hasard. C'est grande aventure si je n'en viens pas à bout. Ce sens est peu usité.
En termes de Commerce, Mettre à la grosse aventure, Mettre une somme d'argent sur quelque navire de commerce, au hasard de la perdre si le navire périt. Cette locution a vieilli. On dit encore aujourd'hui Prêter à la grosse aventure ou elliptiquement à la grosse, Prêter à gros intérêts sur une chance incertaine.
Mal d'aventure, Nom vulgaire du panaris.
À L'AVENTURE,loc. adv.
Au hasard, sans dessein, sans réflexion. Marcher, errer à l'aventure. Faire toutes choses à l'aventure.
D'AVENTURE, PAR AVENTURE,loc. adv. Par hasard. Si d'aventure il venait quelqu'un. Si par aventure il arrive.
AVENTURER
v. tr.
Hasarder, mettre à l'aventure. Il aventura tout son bien. Je veux bien aventurer cette petite somme. Il faut aventurer quelque chose. Aventurer sa réputation. Vous vous aventurez fort. Il ne faut pas tant s'aventurer. Elle s'est aventurée plus qu'il ne fallait. Ne vous aventurez pas à faire ce voyage.
AVENTUREUX, EUSE
adj.
Qui s'aventure, qui hasarde. Il a l'humeur aventureuse. C'est un homme qui est fort aventureux dans ses entreprises, au jeu, etc. On dit, dans un sens analogue, Une vie, une existence aventureuse.
AVENTURIER
n. m.
Celui qui aime les aventures extraordinaires, qui court le monde et s'engage volontiers dans les entreprises hasardeuses où il peut espérer quelque avantage. Ces hardis aventuriers ne s'effrayèrent point des difficultés de l'entreprise. Son armée n'était qu'un ramas d'aventuriers accourus de tous les pays. Il mène la vie d'aventurier.
Il s'est dit anciennement, dans une acception plus restreinte, de Ceux qui allaient volontairement à la guerre, sans recevoir de solde et sans s'obliger aux gardes et aux autres fonctions militaires qui ne donnent que de la fatigue. Beaucoup de ces soldats qu'on nommait aventuriers passèrent les monts avec lui. Les aventuriers firent merveille dans ce combat.
Il s'est dit particulièrement de certains Corsaires qui pirataient sur les mers de l'Amérique et qu'on appelait autrement Flibustiers et Boucaniers.
Il se dit le plus souvent d'une Personne qui est sans état et sans fortune et qui vit d'expédients. C'est un aventurier. En ce sens il a un féminin. Ce n'est qu'une aventurière.
Il s'emploie aussi quelquefois adjectivement dans le sens d'Aventureux. Il y a des hommes hardis et aventuriers qui... Vie aventurière.
AVENTURINE
n. f.
Sorte de pierre jaune ou brune qui est semée de points brillants dorés dont les reflets ont beaucoup d'éclat.
Il se dit aussi d'une Composition imitant l'aventurine, faite avec de la limaille de fer ou de petits cristaux de cuivre jetés à l'aventure sur du vernis ou sur du verre fondu. Une boîte d'aventurine. Un bâton d'aventurine.
AVENU, UE
Participe passé de l'ancien verbe Avenir remplacé par ADVENIR. Il ne s'emploie que dans les expressions : Tenir pour non avenu. Considérer une chose comme nulle et non avenue, N'en tenir aucun compte, comme si elle n'avait pas dû advenir.
AVENUE
n. f.
Chemin par lequel on arrive en quelque lieu. Les gardes occupaient toutes les avenues du palais. L'armée s'empara de toutes les avenues des montagnes. Fermer, boucher les avenues. Les avenues de cette ville sont très belles.
Il se dit particulièrement d'une Allée plantée d'arbres qui conduit à une habitation. On arrive à sa maison par une grande avenue. Une avenue d'ormes, de tilleuls, de noyers s'ouvre devant la grille du château.
Il s'emploie d'une manière générale pour désigner Toute large voie d'accès. L'avenue de l'Opéra. L'avenue Foch.
Par extension, Percer des avenues dans un bois, Y ouvrir des allées.
Fig., Les avenues de la faveur, de la fortune, de la renommée, Les chemins qui mènent à la faveur, à la fortune, à la renommée.
AVÉRER
v. tr.
Reconnaître ou faire reconnaître pour vrai. C'est une chose qu'on ne peut avérer. C'est un fait avéré. Une chose avérée. Il n'est plus guère employé qu'au participe passé.
AVERS
n. m.
T. de Numismatique
. Face d'une monnaie, d'une médaille.
AVERSE
n. f.
Pluie subite et abondante. Nous essuyâmes une averse.
À VERSE,loc. adv.
Voyez VERSE (À).
AVERSION
n. f.
Répugnance extrême qu'on éprouve pour quelqu'un ou pour quelque chose. Avoir quelque chose en aversion. Avoir de l'aversion contre quelqu'un, pour quelqu'un. Prendre quelqu'un en aversion. Avoir de l'aversion pour l'étude. Avoir de l'aversion pour le vin. J'ai grande aversion pour cela. L'araignée est ma bête d'aversion.
Fig. et fam., C'est ma bête d'aversion, se dit d'une Personne pour laquelle on éprouve une forte aversion.
AVERTIN
n. m.
T. d'ancienne Médecine
. Maladie d'esprit qui rend opiniâtre, emporté, furieux.
Il se disait, par extension, de Ceux qui étaient tourmentés de cette maladie. Le peuple appelait saint Mathurin le patron des avertins.
Il se dit aujourd'hui de la Maladie des moutons que l'on nomme ordinairement TOURNIS.
AVERTIR
v. tr.
Informer quelqu'un de quelque chose. Je vous avertis qu'un tel est arrivé. Je l'ai averti de tout. Je l'ai averti à temps. Avertir du danger. Avertir d'un accident. Avertir par une lettre, par un cri, par un signal, par un geste, etc.
Être bien averti, Être bien informé de tout ce qui se passe, ou se tenir sur ses gardes, lorsqu'on est menacé.
Fam., Tenez-vous pour averti, se dit, par menace, lorsqu'on veut faire entendre à une personne qu'on l'avertit une fois pour toutes de ce qui lui arrivera si elle fait ou ne fait pas certaine chose.
Prov., Un bon averti en vaut deux, Lorsqu'on a été prévenu de ce qu'on doit craindre ou de ce qu'on doit faire, on est, pour ainsi dire, doublement en état de prendre ses précautions ou ses mesures. Il se dit aussi par forme de menace et signifie Prenez-y garde; si vous ne tenez compte de l'avertissement que je vous donne, vous vous en repentirez.
En termes de Manège, Avertir un cheval, L'exciter au moyen de quelques aides lorsqu'il se néglige dans son exercice.
AVERTISSEMENT
n. m.
Avis qu'on donne à quelqu'un de quelque chose, afin qu'il y prenne garde. Avertissement salutaire. Donner, envoyer, recevoir un avertissement.
En termes de Discipline administrative et scolaire, il signifie spécialement Réprimande pour faute de gestion ou insubordination adressée à un fonctionnaire ou à un élève. L'avertissement précède le blâme. Voyez BLÂME.
Fig., C'est un avertissement du ciel, se dit d'un Événement qui doit porter à des réflexions sérieuses.
Il s'emploie particulièrement comme Titre d'une espèce de petite préface mise à la tête d'un livre. Avertissement de l'éditeur.
Fig. et fam., C'est un avertissement au lecteur, se dit d'un Événement ou de toute autre chose qui peut avertir qu'on doit prendre certaines précautions pour sa conduite. On dit plus ordinairement C'est un avis au lecteur.
Il se dit aussi de l'Avis que les percepteurs de l'impôt adressent aux contribuables pour que ceux-ci aient à payer le montant de leurs cotes. Il se dit encore d'un Avis à comparaître devant le juge de paix.
AVERTISSEUR
n. m.
Celui qui avertit. Il y a un avertisseur, au théâtre, pour que l'acteur ne manque pas son entrée.
En termes d'Arts, il désigne un Appareil destiné à donner un signal ou à prévenir d'un danger. Sifflet avertisseur. Avertisseur d'incendie.
AVEU
n. m.
Déclaration verbale ou écrite par laquelle on reconnaît avoir fait ou dit quelque chose. Il paraît par son aveu même, on sait de son propre aveu que... Faire l'aveu de sa faute, d'un crime. On est parvenu à tirer de lui cet aveu. Arracher des aveux. Rétracter ses aveux.
Il se dit particulièrement, en termes de Jurisprudence, de la Reconnaissance que fait une partie du droit prétendu par son adversaire. L'aveu d'une dette. Aveu judiciaire, extrajudiciaire.
Il se dit aussi du Témoignage qu'on rend de ce qu'un autre a dit ou fait. C'est lui qui a le mieux parlé, de l'aveu de tout le monde.
Il désigne encore l'Approbation, le consentement, l'agrément qu'une personne supérieure donne à ce qu'un inférieur a fait ou a dessein de faire. Je ne veux rien faire sans votre aveu. Il a entrepris cela de votre aveu. Il a l'aveu de ses parents pour son mariage.
En termes de Droit féodal, il signifiait Acte qu'un vassal était obligé de donner à son seigneur et par lequel il avouait, reconnaissait tenir de lui tel ou tel héritage.
Il désignait aussi l'Acte par lequel un seigneur avouait, reconnaissait quelqu'un pour vassal ou un vassal quelqu'un pour seigneur.
Un homme sans aveu signifiait Celui qui, n'ayant point été reconnu pour vassal par un seigneur, ne pouvait réclamer sa protection. Il signifie aujourd'hui Celui que personne ne veut reconnaître, homme qui n'a ni feu ni lieu.
AVEUGLE
adj. des deux genres
. Qui est privé du sens de la vue. Il est aveugle. Elle est aveugle. Une personne aveugle. Un cheval aveugle. Devenir aveugle. Aveugle de naissance ou Aveugle-né.
Prov. et fig., Changer, troquer son cheval borgne contre un aveugle, Changer, par méprise, une chose défectueuse contre une autre plus défectueuse encore.
Il se dit figurément d'une Personne à qui la passion trouble le jugement, ou qui manque de lumières, de raison. Les amants sont aveugles. L'ambition, la colère le rend aveugle. Chacun est aveugle dans sa propre cause. Aveugle sur ses défauts, il est clairvoyant sur ceux des autres. Il faut être bien aveugle pour ne pas s'apercevoir de pièges aussi grossiers.
Il se dit aussi des Passions mêmes qui troublent le jugement, qui privent de lumières, de raison. Désir aveugle. Ambition aveugle. Amour aveugle. Fureur aveugle.
Il se dit également des Dispositions, des sentiments qui ne permettent pas la réflexion, l'examen. Obéissance aveugle. Soumission aveugle. Complaisance aveugle. Zèle aveugle. Confiance aveugle. Une foi aveugle en quelqu'un, dans ce que dit quelqu'un. La haine est aveugle.
Il se dit encore de Ce qui agit ou paraît agir sans aucun discernement. Il fut l'aveugle instrument de leur vengeance. Le hasard, cette puissance aveugle qui...
Fig., Le sort est aveugle, la fortune est aveugle, Souvent le sort, la fortune favorise des personnes qui ne le méritent point.
Il est aussi nom des deux genres. Un aveugle. Une jeune aveugle. Mener un aveugle. Le chien de l'aveugle. Institution des Jeunes Aveugles. Maison de rééducation des aveugles de guerre.
Fig., Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton, Crier bien fort pour quelque mal léger.
Prov. et fig., Au royaume des aveugles les borgnes sont rois, Les personnes d'un mérite médiocre ne laissent pas de briller lorsqu'elles se trouvent parmi des ignorants ou des sots.
Fig., Juger d'une chose comme un aveugle des couleurs, En juger sans en avoir aucune connaissance.
Fig., C'est un aveugle qui en conduit un autre, se dit d'une Personne qui ne montre pas plus de prudence ou d'habileté que celle dont elle s'est chargée de diriger les actions.
À L'AVEUGLE, EN AVEUGLE,loc. adv. À la manière d'un aveugle, sans lumières ou sans réflexion. Il agit à l'aveugle, en aveugle. Juger en aveugle.
AVEUGLEMENT
n. m.
Privation du sens de la vue. Dieu le frappa d'un aveuglement soudain. On dit plutôt aujourd'hui CÉCITÉ.
Figurément, il signifie Trouble et obscurcissement de la raison. Aveuglement étrange. Grand aveuglement. Aveuglement volontaire. Quel aveuglement! Il faut être dans un étrange aveuglement pour... L'aveuglement des pécheurs. L'aveuglement de l'esprit est aussi digne de compassion que celui du corps.
AVEUGLÉMENT
adv.
Sans réflexion, sans examen. Je ferai aveuglément tout ce que vous voudrez. Obéir aveuglément. Se précipiter aveuglément dans le péril, y courir aveuglément. Il suit aveuglément ses caprices. S'abandonner aveuglément à ses passions.
AVEUGLER
v. tr.
Rendre aveugle. À la longue, le grand soleil, le grand éclat de la neige peut aveugler. Il fit aveugler ce malheureux et le jeta dans un cachot.
Il se dit plus ordinairement par exagération et signifie Éblouir, empêcher pour quelque temps la fonction de la vue. La trop grande lumière aveugle. La neige aveugle ceux qui la regardent trop longtemps. Les éclairs nous aveuglaient.
Il signifie aussi figurément Priver de l'usage de la raison. La passion nous aveugle. L'amour aveugle les jeunes gens. La trop grande prospérité aveugle. Il faut que Dieu ait bien aveuglé cet homme. Il faut que cet homme soit bien aveuglé, étrangement aveuglé. Il faut s'être bien aveuglé pour ne pas avoir vu que... S'aveugler sur ses propres défauts. Il s'aveugle sur la conduite de son fils.
En termes d'Arts, Aveugler une voie d'eau, La boucher provisoirement le mieux qu'il est possible.
AVEUGLETTE (À L')
loc. adv.
À tâtons. Chercher quelque chose à l'aveuglette.
Il signifie figurément En se confiant au hasard. Se lancer dans une entreprise à l'aveuglette.
Dans les deux acceptions il est familier.
AVIATEUR, TRICE
adj.
T. d'Aéronautique
. Qui sert à l'aviation. Appareil aviateur.
Il signifie aussi Qui s'occupe d'aviation. Ingénieur aviateur.
Employé comme nom, il désigne Celui, celle qui pratique l'aviation.
En termes de Guerre, il désigne soit Celui qui dirige un avion, soit Celui qui monte en avion comme observateur, bombardier ou mitrailleur.
AVIATION
n. f.
T. d'Aéronautique
. Tout ce qui concerne l'emploi des avions. École d'aviation. Appareils d'aviation.
Il désigne aussi spécialement, en termes de Guerre, Toute formation qui utilise les appareils d'aviation. L'aviation d'un corps d'armée. Ce soldat est passé de l'infanterie dans l'aviation.