Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Aplomb
n. m.
Ligne perpendiculaire au plan de l'horizon indiquée par le fil à plomb. Bien prendre l'aplomb.
Il signifie par extension Équilibre, stabilité d'un corps solide résultant de l'utilisation du fil à plomb. Ce mur tient bien son aplomb, a perdu son aplomb. Cette muraille, toute vieille qu'elle est, a bien gardé son aplomb, a conservé son aplomb.
D'APLOMB,loc. adv.
Suivant la verticale. Ce mur est d'aplomb. La tour de Pise n'est pas d'aplomb. Par extension, Ce danseur retombe toujours d'aplomb. Se tenir bien d'aplomb.
APLOMB, par extension aussi, signifie, en termes de Dessin, Juste pondération des figures. Ses figures manquent d'aplomb. Cet artiste pèche par les aplombs.
On dit dans un sens analogue, en termes de Manège, Les aplombs d'un cheval.
En termes de Musique, il se dit de la Précision et de la rectitude de la mesure.
Il se dit figurément d'une Certaine assurance dans la manière de se présenter, de parler, d'agir. Ce jeune homme manque d'aplomb. Pour négocier de pareilles affaires, il faut avoir du sang-froid et de l'aplomb. Il a beaucoup d'aplomb. Cet acteur a de l'aplomb.
APOCALYPSE
n. f.
Livre canonique qui contient les révélations faites à saint Jean l'Évangéliste, dans l'île de Patmos. Les figures de l'Apocalypse. Commentaires sur l'Apocalypse de saint Jean.
Fig. et fam., Style d'Apocalypse, Style obscur.
Fig. et fam., C'est un vrai cheval de l'Apocalypse. C'est un cheval d'une maigreur excessive.
APOCALYPTIQUE
adj. des deux genres
. Qui a rapport à l'Apocalypse. Récit apocalyptique.
Il signifie par extension Qui est fort obscur en parlant des discours et des écrits. Style apocalyptique.
APOCOPE
n. f.
T. de Grammaire
. Retranchement d'une lettre ou d'une syllabe à la fin d'un mot.
APOCRYPHE
adj. des deux genres
. Que l'Église ne tient pas pour canonique. Le troisième et le quatrième livre d'Esdras sont apocryphes.
Il est employé comme nom masculin dans Les apocryphes, Les livres de la Bible dont l'autorité est douteuse.
Il se dit, par extension, des Écrivains dont l'autorité est suspecte, des livres, des histoires dont l'authenticité n'est pas établie. Auteur apocryphe. Histoire apocryphe. Livre apocryphe.
Nouvelle apocryphe, Nouvelle dont on doute, à laquelle on ne peut guère ajouter foi.
APOCYN
n. m.
T. de Botanique
. Genre de plantes exotiques à cinq étamines employées en pharmacie.
APODE
adj. des deux genres
. T. d'Histoire naturelle
. Qui n'a pas de pieds.
Par extension, il signifie Qui est sans nageoires ventrales. Les poissons apodes. Il s'emploie comme nom masculin. Un apode.
APODICTIQUE
adj. des deux genres
. T. didactique
. Qui est démonstratif, évident. Il est peu usité.
APOGÉE
n. m.
T. d'Astronomie
. Point où la lune se trouve à sa plus grande distance de la terre. L'apogée de la lune. La lune est à son apogée.
Il signifie figurément Le plus haut point où une chose puisse arriver. Sa fortune, sa gloire, sa puissance est à son apogée. Être à l'apogée de sa gloire, de la gloire, etc.
APOLOGÉTIQUE
adj. des deux genres
. Qui contient une apologie. Lettre apologétique. Discours apologétique.
Il s'emploie comme nom féminin pour désigner cette Partie de la Théologie qui a pour objet de défendre le christianisme. L'apologétique chrétienne.
APOLOGIE
n. f.
Discours ou écrit qui a pour but la justification, la défense de quelqu'un, de quelque action, de quelque ouvrage. Faire l'apologie de quelqu'un. Il a écrit lui- même son apologie. On disait alors du mal de vous, mais depuis on a bien fait votre apologie. Faire l'apologie de la conduite de quelqu'un. Faire l'apologie d'un livre. Fig., Sa conduite depuis quelque temps fait bien son apologie.
APOLOGISTE
n. m.
Celui qui fait l'apologie de quelqu'un, de quelque chose. C'est votre apologiste. Un apologiste maladroit. Les apologistes de la foi chrétienne, ou absolument Les apologistes.
APOLOGUE
n. m.
Petit récit d'un fait vrai ou fabuleux, dans lequel on a pour but de présenter d'une manière indirecte une vérité morale et instructive. L'apologue de l'Estomac et des Membres du corps humain. L'apologue du Loup et de l'Agneau. Se servir d'un apologue. D'ingénieux apologues.
APONÉVROSE
n. f.
T. d'Anatomie
. Membrane fibreuse très résistante, blanche et nacrée, particulièrement destinée à envelopper les muscles et à les empêcher de se déplacer. Aponévrose brachiale, tibiale, etc. APONÉVROTIQUE
adj. des deux genres
. T. d'Anatomie
. Qui a rapport aux aponévroses. Fibres aponévrotiques. Membrane aponévrotique.
APOPHTEGME
n. m.
Dit notable de quelque personne illustre. Les apophtegmes des Sept Sages de la Grèce. Les apophtegmes de Scipion, de Caton, etc.
Par extension, Ne parler que par apophtegmes, Parsemer ses discours de sentences, de maximes.
APOPHYSE
n. f.
T. d'Anatomie
. Partie saillante d'un os.
APOPLECTIQUE
adj. des deux genres
. T. de Médecine
. Qui a rapport à l'apoplexie. Symptôme apoplectique. État, disposition apoplectique. Complexion apoplectique.
Il signifie également Qui paraît menacé d'apoplexie ou Qui en a eu des attaques. Cet homme a l'air, a le teint apoplectique. Dans cette acception, il s'emploie comme nom masculin. C'est un apoplectique.
APOPLEXIE
n. f.
T. de Médecine
. Arrêt brusque, plus ou moins complet, des fonctions cérébrales, accompagné de la perte entière ou partielle de la connaissance et du mouvement. Attaque d'apoplexie. Apoplexie foudroyante. Frappé d'apoplexie.
APOSTASIE
n. f.
Abandon public d'une religion pour une autre. Il se prend en mauvaise part et se dit plus particulièrement de l'Abandon de la religion catholique. Tomber dans l'apostasie.
Il signifie aussi Action de tout prêtre ou religieux qui renonce à ses voeux et à son habit.
Par extension, il signifie d'une manière générale Abandon d'une doctrine, d'un parti, etc.
APOSTASIER
v. intr.
Faire acte d'apostasie.
APOSTAT
n. m.
Celui qui a fait acte d'apostasie. Julien l'Apostat. C'est un apostat.
Par apposition, Moine apostat, Qui a renoncé à ses voeux.
APOSTER
v. tr.
Mettre quelqu'un dans un poste pour observer ou pour exécuter quelque chose. Il se prend le plus communément en mauvaise part. Aposter des gens pour faire une insulte à quelqu'un. Des témoins qu'on a apostés pour charger un innocent. On avait aposté un notaire pour rédiger aussitôt le testament.
APOSTILLE
n. f.
Addition faite à la marge d'un écrit ou au bas d'une lettre. Il y avait deux lignes en apostille. Après sa lettre écrite, il manda cette nouvelle par apostille. Dans ce dernier cas on dit aujourd'hui En post-scriptum.
Il se dit particulièrement des Recommandations qu'on écrit à la marge ou au bas d'un mémoire, d'une pétition. Demander une apostille à quelqu'un. Donner, refuser une apostille. Une apostille insignifiante.
APOSTILLER
v. tr.
Revêtir d'une apostille, d'apostilles la marge ou le bas d'un écrit, d'un mémoire, d'une pétition, etc. Le ministre avait apostillé les dépêches de l'ambassadeur. Apostiller un mémoire, une pétition.
APOSTOLAT
n. m.
Ministère d'apôtre. Saint Paul fut appelé à l'apostolat par une voix miraculeuse.
Par extension, il signifie Prédication, propagation d'une doctrine.
APOSTOLIQUE
adj. des deux genres
. Qui vient, qui procède des Apôtres. Doctrine apostolique. L'Église catholique et apostolique. Tradition apostolique.
Mission apostolique, La mission des Apôtres et, par extension, Celle de quiconque travaille à la propagation d'une religion.
Vie apostolique, Vie conforme à celle des Apôtres, vie exemplaire. Zèle apostolique, Zèle digne du temps des Apôtres, etc.
Église apostolique, Toute Église fondée par les Apôtres. La tradition des Églises apostoliques.
Siècle apostolique, temps apostolique, Temps où ont vécu les Apôtres, premier siècle de l'Église.
Il se dit aussi de Ce qui concerne le Saint- Siège, de ce qui en émane. Bref apostolique. Lettres apostoliques. La bénédiction apostolique. Nonce apostolique.
Notaires apostoliques, Notaires qui, dans chaque diocèse, étaient autorisés à rédiger les actes en matière ecclésiastique.
APOSTOLIQUEMENT
adv.
D'une manière apostolique. Vivre apostoliquement. Prêcher apostoliquement.
APOSTROPHE
n. f.
T. de Rhétorique . Figure par laquelle un orateur interpelle brusquement soit des personnages morts, absents ou présents, soit même des choses qu'il personnifie. Démosthène a fait une admirable apostrophe aux morts de Chéronée dans son discours sur la Couronne. L'apostrophe de Bossuet à Alger est un des plus beaux passages de son oraison funèbre de Marie-Thérèse.
Il se dit familièrement d'une Interpellation vive, ou surtout d'un Trait mortifiant adressé à quelqu'un. Vigoureuse apostrophe. Essuyer une apostrophe.
En termes de Grammaire, Mot mis en apostrophe s'applique au mot, nom propre ou nom commun, qui désigne l'être à qui l'on s'adresse dans le discours. Approchez, mes enfants. Jean, ne partez pas.
APOSTROPHE
n. f.
Signe orthographique, en forme de virgule, qui indique l'élision d'une voyelle. L'État. L'arbre. S'il vient. D'où il résulte...
APOSTROPHER
v. tr.
Interpeller par une apostrophe. Le prédicateur, au milieu de son sermon, apostropha la Croix. Après avoir longtemps parlé contre les impies, il les apostropha avec véhémence.
Fam., Apostropher quelqu'un, Lui adresser la parole pour lui dire quelque chose de désagréable.
Par plaisanterie, Apostropher quelqu'un d'un soufflet, d'un coup de bâton, Lui donner un soufflet, un coup de bâton.
APOSTUME
n. m.
T. de Médecine
. Tumeur extérieure qui suppure.
APOTHÉOSE
n. f.
Action de mettre au rang des dieux. L'apothéose d'Auguste. Les médailles qui représentent des apothéoses.
Il se dit aussi de la Réception fabuleuse des anciens héros parmi les dieux. L'apothéose d'Hercule. L'apothéose d'Énée.
Il se dit quelquefois, par exagération, des Honneurs extraordinaires rendus à un homme mort ou vivant, que l'opinion générale et l'enthousiasme public élèvent au-dessus de l'humanité. Le public lui a fait une apothéose. Il a eu le malheur de survivre à son apothéose.
APOTHICAIRE
n. m.
Celui qui préparait et vendait des médicaments. Il ne s'emploie plus que par dénigrement et il a été remplacé dans l'usage ordinaire par PHARMACIEN.
Fig., Mémoire, Compte d'apothicaire, Compte sur lequel il y a beaucoup à rabattre.
APÔTRE
n. m.
Un des douze personnages que Notre-Seigneur choisit particulièrement, entre ses disciples, pour prêcher l'Évangile. Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST et ses douze Apôtres. Le symbole des Apôtres. L'apôtre saint Jacques.
Le prince des Apôtres, Saint Pierre. L'Apôtre des Gentils, Saint Paul.
Par analogie, il désigne Chacun des enfants dont on lave les pieds le Jeudi saint, à la cérémonie de la Cène.
Par extension, il signifie Celui qui a le premier prêché la foi dans quelque pays. Saint Denis est l'apôtre de Paris. Saint François- Xavier est l'apôtre des Indes.
Prêcher en apôtre, comme un apôtre, Prêcher avec onction et d'abondance de coeur.
Prov. et fig., Faire le bon apôtre, Contrefaire l'homme de bien. Ironiquement, C'est un bon apôtre, Il fait l'homme de bien, mais il ne faut pas se fier à lui.
Figurément, il signifie Celui qui se voue à la propagation et à la défense d'une doctrine, d'une opinion, d'un système. Avoir une âme d'apôtre. Il s'est fait l'apôtre de cette nouvelle doctrine. On dit dans un sens analogue Les apôtres de l'erreur, de l'incrédulité, etc.
APPARAÎTRE
(Il se conjugue comme PARAÎTRE, mais avec cette différence qu'il emploie les deux auxiliaires Être et Avoir avec le participe; au lieu que Paraître n'emploie que l'auxiliaire Avoir.)v. intr.
Devenir visible, se manifester. Quand Dieu apparut à Moïse dans le buisson ardent. L'ange qui apparut en songe à Joseph. Le spectre qui lui avait apparu, qui lui était apparu. Il apparaît de loin en loin, sur la terre, des hommes supérieurs qui...
Il se dit également en parlant d'une Personne ou d'une Chose qui se montre inopinément ou soudainement, dont l'aspect fait naître la surprise ou excite l'intérêt. Cet homme m'est apparu au moment où je le croyais bien loin. Une voile apparut à l'horizon et rendit l'espoir aux naufragés. Ces génies extraordinaires qui apparaissent à de longs intervalles.
Il signifie encore Être certain, être évident. La justesse de ce raisonnement m'apparaît clairement. En termes de Palais, S'il vous apparaît que cela soit, Si, après avoir fait les enquêtes nécessaires, vous trouvez que cela soit ainsi. En termes de Chancellerie, Faire apparaître de ses pouvoirs, Donner communication de ses pouvoirs dans les formes, les notifier.
APPARAT
n. m.
Éclat qu'on donne à certains actes, à certains discours. Cause d'apparat. Dîner, festin d'apparat. Voiture, costume d'apparat. Il est venu dans un grand apparat. Haranguer avec apparat. Discours d'apparat.
Il se prend quelquefois en mauvaise part, avec le sens d'Ostentation. Il ne dit rien, il ne fait rien qu'avec apparat. Il met de l'apparat dans ses moindres actions. Il y a dans tout ce qu'il fait un air d'apparat.
APPARAT
n. m.
Mot tiré du latin qui désignait autrefois un Livre rédigé en forme de dictionnaire ou de catalogue et propre à faciliter l'étude d'une langue, d'une science, d'un auteur classique. L'apparat sur Cicéron.
APPARAUX
n. m. pl.
T. de Marine
. Machines nécessaires pour les opérations qui se font sur les navires. Ce bâtiment a ses agrès et apparaux.
Il se dit aussi d'un Ensemble d'engins de gymnastique.
APPAREIL
n. m.
Apprêt, préparatif, manière dont les personnes ou les choses se montrent à nous. Grand appareil, modeste appareil, appareil lugubre. Se laisser voir dans le plus simple appareil.
Il signifie aussi un Ensemble de choses disposées par la nature ou par la main de l'homme en vue de telle ou telle destination. Appareil circulatoire. Appareils de gymnastique. Appareils de laboratoire. Appareils de chirurgie. Il a la jambe dans un appareil.
Il se dit spécialement, en termes d'Architecture, de l'Art ou de l'Action de tracer les pierres, d'en bien combiner la charge, la poussée et la pose, surtout pour les constructions suspendues, telles que les berceaux, les voûtes, les ponts, les dômes, etc.
Il se dit aussi de la Dimension et de la disposition des assises d'un bâtiment. Des assises de haut appareil, de bas appareil. Un bâtiment de bel appareil. Les Égyptiens nous ont laissé des édifices construits en grand appareil, dont les assises sont formées de blocs énormes.
APPAREILLAGE
n. m.
T. de Marine
. Action d'appareiller ou de s'y disposer. Faire son appareillage. Être en appareillage.
APPAREILLEMENT
n. m.
Action d'appareiller, de réunir deux êtres ou deux choses pareilles.
APPAREILLER
v. tr.
Joindre ensemble deux êtres ou deux choses pareilles. Appareiller des boeufs, des chevaux pour le labour. Appareiller des vases, des étoffes. Ces rubans ne s'appareillent guère. C'est un fripon avec qui il est digne de s'appareiller.
Il signifie spécialement Accoupler deux bêtes en vue de la reproduction. Appareiller une vache flamande avec un taureau anglais. Quand la tourterelle a perdu sa compagne, elle ne s'appareille plus avec une autre.
APPAREILLER
v. tr.
Préparer, disposer. Il ne s'emploie plus guère au sens général. Appareiller une voile, La déployer. Appareiller un filet, Le préparer en vue de la pêche. Appareiller des pierres, Les tailler et les disposer en vue de la construction.
En termes de Marine, Appareiller un navire, Le disposer en vue de la navigation. On dit aussi intransitivement Le vaisseau appareille, Il se dispose à prendre le large.