Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Académie française · Chapitre 646 sur 1 033

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Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Modillon

 

n. m.

T. d'Architecture

. Ornement propre aux ordres ionique, corinthien et composite, placé sous le larmier de la corniche et figurant l'extrémité des chevrons du comble.

 

MODIQUE

 

adj. des deux genres

. Qui est peu considérable pécuniairement, de peu de valeur. Une somme modique. Il a une fortune modique, un modique revenu.

 

MODIQUEMENT

 

adv.

Avec modicité. Cette place n'est que bien modiquement rétribuée.

 

MODISTE

 

n. f.

Ouvrière en modes; Marchande de modes. Cette modiste est pleine de goût. Aller chez sa modiste.

 

MODULATION

 

n. f.

Inflexion de la voix.

Il signifie particulièrement, en termes de Musique, Passage d'un ton, d'un mode à un autre. Cette modulation produit grand effet. Une suite de modulations.

Il se dit aussi de l'Action de moduler le chant ou l'harmonie, et de l'Effet qui en résulte. Les règles de la modulation. La modulation de cet air est fort harmonieuse.

 

MODULE

 

n. m.

T. d'Architecture

. Mesure arbitraire servant à établir les rapports de proportion entre toutes les parties d'un ouvrage d'architecture. Le diamètre ou le demi- diamètre du bas de la colonne sert ordinairement de module aux divers ordres. La colonne, l'entablement, le stylobate a tant de modules de haut.

MODULE se dit quelquefois, par extension, de Tout ce qui sert à mesurer. Le mètre est le module des longueurs. Dans les tableaux, une figure d'homme placée au pied d'un monument est un module qui en fait évaluer la hauteur.

MODULE désigne aussi le Diamètre comparatif d'une médaille par rapport à d'autres. Une médaille de grand module.

 

MODULER

 

v. tr.

T. de Musique

. Faire passer le chant ou l'harmonie dans des tons ou des modes différents. Ce musicien module bien. Moduler d'une manière savante.

Il signifie, transitivement, Rendre par des inflexions variées de la voix. Moduler un air.

 

MOELLE

 

n. f.

Substance molle et grasse qui remplit la cavité des os. Moelle de boeuf. Un os à moelle. Cardons à la moelle.

Moelle épinière, moelle de l'épine dorsale, Partie du système nerveux qui se trouve dans la cavité des vertèbres.

Moelle allongée, Partie de la moelle épinière qui est renfermée dans le crâne.

Fig. et fam., Il le suce jusqu'à la moelle des os, se dit d'un Homme qui en ruine un autre en tirant de lui peu à peu tout ce qu'il en peut tirer.

Fig., Le froid l'a pénétré jusqu'à la moelle des os, Il a été saisi fortement par le froid.

MOELLE se dit, par analogie, en termes de Botanique, de la Substance molle et spongieuse qui se trouve dans la tige de certains arbres, de certaines plantes. De la moelle de sureau, de figuier.

MOELLE s'emploie quelquefois figurément, en parlant des Ouvrages de l'esprit, et signifie Ce qu'il y a de plus instructif, d'essentiel. Ce livre est excellent, il faut en tirer, en extraire la moelle, la substantifique moelle.

 

MOELLEUSEMENT

adv.

D'une manière moelleuse. Il ne s'emploie qu'au figuré. Ce tableau est peint moelleusement.

 

MOELLEUX, EUSE

 

adj.

Qui est rempli de moelle. Un os moelleux. Un bois moelleux.

Fig., Vin moelleux, Vin qui joint la douceur à la force et qui flatte agréablement le goût.

Fig., Voix moelleuse, Voix pleine, douce et qui n'a rien d'aigre ni de dur.

Fig., Étoffe moelleuse, Étoffe qui a du corps et qui est souple, douce à la main.

On dit d'une manière analogue : Un lit moelleux. Des tapis, des coussins moelleux.

Il s'emploie aussi, figurément, en termes de Peinture, surtout dans ces expressions :

Pinceau moelleux, Pinceau dont les touches sont larges, grasses et bien fondues. On dit dans le même sens, Touche moelleuse.

Contours moelleux, Contours souples et gracieux.

Substantivement, Avoir du moelleux dans la touche, dans la couleur. Le moelleux dans le dessin, dans les contours. Le moelleux des contours.

 

MOELLON

 

n. m.

T. de Maçonnerie

. Pierre de petite dimension qui s'emploie dans les massifs de construction et qu'on recouvre ordinairement de plâtre ou de mortier. Tirer du moellon de la carrière. Un mur construit en moellon.

Moellon d'appareil, Celui qui est équarri pour être employé en parement.

Moellon piqué, Moellon travaillé avec la pointe et servant aux puits, aux voûtes, aux fossés, etc.

 

MOEURS

 

n. f.

pl. Habitudes naturelles ou acquises, pour le bien ou pour le mal, dans tout ce qui regarde la conduite de la vie. Bonnes moeurs. Mauvaises moeurs. Moeurs pures, honnêtes, décentes, réglées. Moeurs corrompues, dépravées, dissolues. Réformer ses moeurs. L'innocence, la pureté, la dépravation, la corruption, la perversité, le dérèglement, la dissolution de ses moeurs. Les moeurs du temps, du siècle, du jour. Étude de moeurs. Roman de moeurs. Comédie de moeurs. On dit, suivant une formule reçue : Un certificat de bonne vie et moeurs.

Il signifie absolument Bonnes moeurs. Avoir des moeurs, Avoir de bonnes moeurs. N'avoir point de moeurs, En avoir de mauvaises. On dit, dans le même sens, Un homme, une femme sans moeurs. Attentat aux moeurs. La police des moeurs. Cette action est contraire aux moeurs, porte une grave atteinte aux moeurs.

MOEURS désigne aussi la Manière de vivre, les usages, les habitudes, les coutumes particulières de chaque nation. Les moeurs d'un peuple, d'un pays. Chaque nation a ses moeurs. Ces peuples ont des moeurs bien différentes des nôtres. Moeurs barbares, civilisées. Ce voyageur a bien observé, a bien décrit les moeurs des pays qu'il a visités. Selon nos moeurs. Autres temps, autres moeurs.

Cela est, n'est pas dans les moeurs de telle nation, Cela est, n'est pas conforme aux usages de telle nation. Cela n'est pas dans nos moeurs.

Il se dit, dans le même sens, des Habitudes, des inclinations, de la manière de vivre des individus. Cet homme a des moeurs douces, des moeurs simples, des moeurs faciles, des moeurs sévères. Nous adoptons facilement les moeurs de ceux que nous fréquentons.

Par extension, Les moeurs des animaux, Les habitudes naturelles des différentes espèces d'animaux, les habitudes qui résultent de leur instinct.

MOEURS signifiait, en termes d'ancienne Poétique, Ce qui concerne les habitudes morales du pays et du temps dont il est question dans un poème, dans une pièce de théâtre, ce qui est conforme au caractère des personnages qui y sont introduits. Les moeurs sont parfaitement observées dans cette tragédie, dans cette comédie, dans cette épopée. Ce poète observe bien, étudie bien, peint bien les moeurs. Il a vieilli dans ce sens.

 

MOFETTE

 

n. f.

Exhalaison pernicieuse qui s'élève dans les lieux souterrains et principalement dans les mines. Il est peu usité.

 

MOHATRA

 

adj. m.

Il ne s'emploie que dans cette locution, Contrat mohatra, Contrat ou marché usuraire, par lequel un marchand vend très cher, à crédit, ce qu'il rachète à très vil prix, mais argent comptant. Il est vieux.

 

MOI

Pronom singulier de la première personne, qui est des deux genres .

MOI s'emploie comme sujet, à la place de Je : dans une proposition elliptique : Qui veut aller avec lui? Moi. Il est aussi fatigué que moi. Feriez-vous comme moi? ù dans une proposition dont le verbe est à l'infinitif : Moi, trahir le meilleur de mes amis! Faire une lâcheté, moi! ù dans une proposition participe : Moi parti, ils ont continué à délibérer. Comme sujet réel : Il n'y eut que moi de cet avis. Il s'emploie en outre comme sujet coordonné à un nom ou à un autre pronom : Mon avocat et moi sommes de cet avis. Son père, sa mère et moi, le lui avons défendu. Lui et moi l'avons ainsi décidé. Ni vous ni moi ne sommes contents de notre sort. Nous irons à la campagne lui ou moi.

Il s'emploie comme attribut : C'est moi.

Il s'emploie comme complément direct à la place de Me : dans une proposition elliptique : Qui a-t-on voulu désigner? Moi. On vous a désigné ainsi que moi; ù dans une proposition dont le verbe est accompagné de ne... que... (au sens de seulement) : Je ne plains que moi; ù après un verbe à l'impératif sans négation : Écoutez-moi. Récompensez-moi. Il s'emploie en outre comme complément direct coordonné à un nom ou à un autre pronom : Il a renvoyé son frère et moi. Il a mécontenté ses parents et moi. Il est venu nous voir mon frère et moi. Il viendra nous voir, vous et moi.

Il s'emploie comme complément indirect sans préposition après un verbe à l'impératif non accompagné d'une négation : Pardonnez- moi. Obéissez-moi. Rendez-moi compte. Dites- moi la vérité. Mais avec le mot en, on dit : Donnez-m'en. Rendez-m'en compte. Dites-m'en la cause.

Quelquefois, et dans le langage familier, Moi, complément indirect, s'emploie d'une manière explétive et marque seulement une insistance plus vive de la part de celui qui parle : Faites-moi taire ces gens-là? Prends- moi le bon parti.

MOI s'emploie comme complément indirect ou circonstanciel après une préposition : Vous servirez-vous de moi? Il a parlé de moi. Il tient cela de moi. Pense-t-on à moi? Ils auront besoin de moi. Ils auront affaire à moi. Cela vient de moi. Cela est à moi. Cela est pour moi. Je prends cela pour moi. Selon moi, vous avez raison. Vous serez remboursé par moi. Cela retombera sur moi. Tout est contre moi. Venez avec moi.

Il s'emploie de même avec une préposition comme complément du nom : C'est un homme à moi, un ami à moi, de l'argent à moi. De moi, après un nom de personne ou un pronom personnel également précédé de la préposition de, se met quelquefois pour Le mien, etc. C'est l'opinion de mon père et de moi que je vous exprime. C'est le sentiment de lui et de moi.

Il s'emploie aussi pour donner plus d'énergie à la phrase et pour mettre en relief la personne qui parle. Il peut ainsi s'ajouter à Je : Je dis, moi; je prétends, moi. Moi, je dis; moi, je prétends. Tu es tranquille; moi je suis inquiet. Moi, dont il déchire la réputation, je ne lui ai jamais rendu que des services. Moi, à qui il fait tant de mal, je cherche toutes les occasions de lui être utile. Moi, ne songeant à rien, je suis allé tout bonnement lui dire ce qui se passait.

Il peut de même s'ajouter à Me, soit comme complément direct, soit, précédé de à, comme complément indirect. Voudriez-vous me perdre; moi votre allié? Moi! vous me soupçonneriez de vous avoir trahi! Vous me feriez cela, à moi.

Il figure aussi dans certains tours particuliers, soit comme sujet, soit comme complément. C'est moi qui vous en réponds. Si c'était moi qui avais fait cela... C'est de moi qu'il s'agit! C'est à moi qu'il faudra vous adresser. C'est moi qu'il a pris à partie.

Il s'emploie avec la même valeur d'insistance dans les locutions quant à moi, pour moi : Vous en direz ce qu'il vous plaira; quant à moi, pour moi, je sais bien ce qui en est.

MOI, joint à un nom ou à un autre pronom, ne doit, d'après les convenances de notre politesse, être placé qu'en second : Vous et moi, un tel et moi; à moins que le nom auquel il est joint ne soit celui d'une personne qui lui doit le respect; ainsi un père dira : Moi et mon fils; un maître : Moi et mon domestique.

À part moi. Voyez PART.

À moi! Sorte d'exclamation, pour faire venir promptement quelqu'un auprès de soi ou pour appeler à l'aide. À moi! à moi! mes amis! À moi! au secours!

MOI se prend substantivement pour désigner l'Attachement de quelqu'un à ce qui lui est personnel. Le moi choque toujours l'amour- propre des autres.

Il se prend aussi, en termes de Philosophie, pour l'Individualité métaphysique d'une personne. Malgré le changement continuel de l'individu physique, le même moi subsiste toujours.

On dit par opposition le non-moi.

C'est un autre moi-même se dit de Quelqu'un que celui qui parle aime particulièrement et en qui il a une absolue confiance.

QUANT-À-MOI s'emploie parfois comme nom masculin dans la phrase suivante et autres semblables, où il signifie Air fier et réservé. Je me suis tenu sur mon quant-à-moi.

CHEZ-MOI s'emploie comme nom masculin pour désigner la Maison, l'intérieur de celui qui parle. J'aime mon chez-moi.

 

MOIGNON

 

n. m.

Ce qui reste d'un bras, d'une jambe, d'une cuisse coupée. Cet homme, au lieu de poignets, n'a plus que deux moignons. Il a fallu lui couper le bras fort près de l'épaule, et il ne lui reste plus qu'un moignon.

Il se dit, par analogie, de Ce qui reste d'une grosse branche d'arbre qui a été coupée ou brisée.

 

MOINDRE

adj. comparatif des deux genres

. Plus petit. Votre douleur en sera moindre. Son mal n'est pas moindre que le vôtre. La distance est moindre que vous ne croyez. Une étoffe de moindre prix. Un dégât de moindre importance. Un vin de moindre qualité. Une moindre récompense. Dans ces conditions, l'inconvénient sera beaucoup moindre, sera moindre de beaucoup.

LE MOINDRE est un superlatif et signifie Le plus petit. Le moindre obstacle l'arrête. La moindre objection le déconcerte. Le moindre de nos employés. Le moindre d'entre nous. Le moindre écolier vous le dira. Au moindre bruit, il s'éveille. Au moindre signe, vous serez obéi.

LE MOINDRE, précédé d'une négation, signifie Aucun. Je n'en ai pas la moindre appréhension. Il ne lui a pas fait la moindre observation. Il ne lui a pas dit le moindre mot. Je n'ai pas le moindre souvenir de ce que vous dites. Sentez- vous là quelque douleur? Pas la moindre.

 

MOINDREMENT

 

adv.

Il ne s'emploie qu'avec l'article et dans une phrase négative, et signifie Le moins du monde. Il n'est pas le moindrement étonné.

 

MOINE

 

n. m.

Religieux faisant partie d'un ordre dont les membres vivent sous une règle commune et séparés du monde, comme les Bénédictins, les Dominicains, les Chartreux. Les moines de l'abbaye de Cluny. Un moine défroqué.

Fam., Gras comme un moine. Voyez GRAS.

Prov. et fig., L'habit ne fait pas le moine. Voyez HABIT.

Prov. et fig., Pour un moine l'abbaye ne faut pas. Voyez ABBAYE.

Moine bourru. Voyez BOURRU.

MOINE se dit aussi de Divers appareils destinés à chauffer les lits.

 

MOINEAU

 

n. m.

Passereau de plumage gris, qui est très commun. Moineau franc, à gorge noire. Les moineaux deviennent vite familiers. Fam., Effronté comme un moineau parisien.

Fig., Tirer sa poudre aux moineaux, Employer pour des bagatelles son crédit, ses amis, son argent, dont on aurait pu se servir plus utilement.

Fam., Un vilain moineau, Un individu méprisable.

 

MOINERIE

 

n. f.

L'ensemble des moines, les moines en général. Il s'est attiré toute la moinerie sur les bras.

Il signifie aussi l'Esprit, l'humeur des moines. Il y a bien de la moinerie dans son cas. Dans les deux sens il est péjoratif.

 

MOINESSE

 

n. f.

Religieuse. Il ne se dit qu'en plaisanterie, et il est peu usité.

 

MOINILLON

 

n. m.

Petit moine.

 

MOINS-VALUE

 

n. f.

Diminution de valeur d'une propriété, d'un objet.

Il se dit spécialement du Déchet constaté dans les revenus d'une taxe, d'un impôt ou d'une opération commerciale.

 

MOIRE

 

n. f.

Apprêt que reçoivent, à la calandre ou au cylindre, par l'écrasement de leur grain, certaines étoffes de soie, de laine, de coton ou de lin, et qui leur communique un éclat changeant, une apparence ondée et chatoyante. Moire à grands, à riches effets. Moire à petites ondes. Cette popeline a bien pris la moire.

Il se dit aussi d'une Étoffe qui a reçu ce genre d'apprêt. Moire de soie, de laine, de coton, de fil. Robe de moire.

Moire antique, Moire à grand dessin.