Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35
Froid
n. m.
Qualité de ce qui est froid. Le froid de l'air, de l'eau. Le froid de la glace, du marbre. Durant le froid de l'hiver. Les premiers froids. Grand froid. Froid glacial. Froid pénétrant, piquant. Froid humide. Froid sec. La rigueur du froid. Être sensible au froid. Le froid l'avait saisi. Supporter le froid. S'habituer au froid. Il fait dix degrés de froid.
Il signifie aussi Sensation causée par l'absence de chaleur. Éprouver une sensation de froid. Souffrir du froid. Transir de froid. Trembler de froid. Mourir de froid. Sentir du froid. Avoir froid à la tête, aux mains, etc. Il est tout raide de froid. Le froid de la fièvre. Le froid de la mort.
Prendre froid, Éprouver un refroidissement. Ne restez pas à la fenêtre, vous prendriez froid.
Fig., Souffler le chaud et le froid. Voyez CHAUD. Cela ne me fait ni froid ni chaud, cela ne fait ni chaud ni froid. Voyez CHAUD.
Pop., Il n'a pas froid aux yeux, Il est brave, résolu.
Fig. et fam., Il y a du froid entre eux se dit en parlant de Deux personnes dont l'amitié a souffert quelque altération. Être en froid avec ses voisins.
Fig., Jeter du froid, jeter un froid, Causer de la gêne, répandre un malaise dans une réunion. Cette nouvelle jeta un froid dans l'assemblée.
FROIDEMENT
adv.
D'une manière froide, sans empressement. Il ne s'emploie plus qu'au figuré. Il le reçut froidement. Il m'a répondu froidement.
Il signifie aussi Avec impassibilité, sans se troubler, sans s'émouvoir. Il calcule froidement ce qui peut lui rester de vie. Il écouta froidement leurs injures.
FROIDEUR
n. f.
État de ce qui manque de chaleur. La froideur de l'eau. La froideur du marbre. La froideur du temps. La froideur de la vieillesse. Fig., La froideur de l'âme, du caractère. La froideur de l'imagination.
Il signifie aussi, figurément, Froid accueil, indifférence, et dans ce sens, il peut s'employer au pluriel. Il m'a reçu avec froideur. Les froideurs d'une maîtresse. On dit dans un sens analogue La froideur d'un accueil, d'une réception, d'une réponse, etc.
Il y a de la froideur entre eux, se dit en parlant de Deux personnes qui ne vivent plus ensemble avec la même amitié qu'auparavant.
FROIDIR
v. intr.
Devenir froid après avoir été chaud. Ne laissez pas froidir le dîner. Votre bouillon froidit. Ce mot a vieilli, on dit plutôt aujourd'hui REFROIDIR, SE REFROIDIR.
FROIDURE
n. f.
Le froid répandu dans l'air. La froidure de la saison. La froidure d'un climat. Ces plantes craignent la froidure.
Il se dit aussi pour Hiver; mais, dans ce sens, il n'est guère usité qu'en poésie.
FROISSEMENT
n. m.
Action de froisser ou Résultat de cette action. Le froissement d'un membre. Le froissement d'un muscle. Le froissement d'un papier. Cette étoffe a perdu sa fraîcheur par le froissement.
Il se dit spécialement, en termes d'Escrime, de la Pression plus ou moins brusque du fleuret le long du fer de l'adversaire.
Il s'emploie quelquefois figurément et signifie, en parlant des Intérêts, des opinions, des sentiments, Ce qui heurte, ce qui blesse. Les froissements des intérêts, des amours-propres. Il éprouva beaucoup de froissements dans cette société. Il y a eu entre ces deux personnes quelques froissements.
FROISSER
v. tr.
Frotter fortement, meurtrir par une pression violente. Il s'est froissé un nerf. Froisser une artère, La comprimer fortement pour arrêter une hémorragie.
En termes d'Escrime, il signifie Exercer une brusque pression contre le fleuret de l'adversaire.
Il signifie encore Chiffonner. Froisser du papier. Froisser du drap, du satin. Froisser des fleurs dans sa main.
Il signifie figurément Blesser, heurter, choquer, surtout en parlant d'intérêts, d'opinions, de sentiments, etc. Ces menaces froissent beaucoup d'intérêts différents. Il ne faut pas froisser les opinions de ceux qu'on veut persuader. Par extension, on dit dans le même sens Froisser quelqu'un.
SE FROISSER signifie Se piquer, prendre de l'humeur. Il s'est froissé de peu de chose. Il se froisse d'un rien.
FROISSURE
n. f.
Impression qui demeure à un corps qui a été froissé. Il sera facile de guérir cette froissure. La froissure de cette étoffe ne disparaîtrait pas sous le fer.
FRÔLEMENT
n. m.
Action de frôler, ou Effet d'une chose qui frôle. Le frôlement d'une aile. Le frôlement d'une robe.
FRÔLER
v. tr.
Toucher légèrement en passant. La balle lui frôla les cheveux. Fig., Frôler le succès, la faillite.
FROMAGE
n. m.
Sorte d'aliment qui est fait de lait caillé séparé de la sérosité qu'on appelle petit-lait et mis dans des formes. Fromage frais. Fromage blanc. Fromage mou. Fromage sec. Fromage à la pie. Fromage de Gruyère, de Brie, de Roquefort. Fromage parmesan. Fromage de lait de chèvre.
Il se dit aussi d'un Pain, d'une masse de fromages. Acheter un fromage. Un navire chargé de fromages. Faire égoutter des fromages.
Fromage à la crème, Fromage fraîchement fait qu'on délaie avec de la crème de lait. Fromage glacé, Crème sucrée aromatisée et frappée à la glace.
En termes de Charcuterie, Fromage de porc, de tête de porc, Hachis en forme de fromage fait des débris de la tête du porc, sauf de la hure. Fromage d'Italie, Hachis de foie de porc et de lard.
Prov. et fig., Entre la poire et le fromage. Voyez POIRE.
FROMAGE se dit, figurément et familièrement, d'une Situation lucrative et de tout repos. Il a trouvé un fromage, un bon fromage. Se retirer dans un fromage.
FROMAGER, ÈRE
n.
Celui, celle qui fait ou qui vend des fromages. Adjectivement, L'industrie fromagère, Celle qui est relative à la fabrication du fromage.
FROMAGER se dit, comme nom masculin, d'un Petit récipient percé de plusieurs trous, dans lequel on met le lait caillé pour en faire des fromages frais ou mous.
Par extension, il se dit, en termes de Botanique, d'un Genre d'arbre exotique qui porte des fruits très gros et couverts d'une sorte de duvet. On trouve des fromagers dans les Indes, en Afrique, au Brésil et aux Antilles.
FROMAGERIE
n. f.
Fabrique de fromages.
FROMENT
n. m.
La meilleure espèce de blé. Il se dit tant de la Plante que du grain. Terre à froment. Il se dit aussi du Grain séparé de la tige. Farine de froment. Pain de froment.
FROMENTACÉE
adj. f.
T. de Botanique
. Qui rappelle le froment. Les orges, les chiendents, sont des plantes fromentacées, ou elliptiquement, comme nom, les Fromentacées.
FRONCE
n. f.
T. de Couture
. Pli menu et serré que l'on fait à l'étoffe d'un vêtement. Faire des fronces à une manche, à une jupe.
FRONCEMENT
n. m.
Action de froncer. Le froncement des sourcils.
FRONCER
v. tr.
Plisser en contractant, en resserrant. Froncer le sourcil, les sourcils. Il en fronça le sourcil de chagrin, de colère.
Il signifie aussi Plisser, et se dit de Certains plis menus et serrés que l'on fait à du linge, à des étoffes. Froncer le devant d'une chemise. Froncer des poignets. Froncer une jupe.
FRONDAISON
n. f.
Végétation des arbres et des arbustes. Il désigne soit l'Ensemble de leurs branches et de leurs feuilles : La frondaison de la forêt était opulente, magnifique, touffue; soit la Production de ces feuilles et de ces branches : La frondaison a été tardive cette année.
FRONDE
n. f.
Instrument, fait de corde ou de cuir, avec lequel on lance des pierres, des balles, etc. David tue Goliath d'un coup de fronde. Les anciens avaient dans leurs troupes des gens armés de frondes. Faire tourner une fronde.
Par extension, il se dit d'un Jouet d'enfant composé d'un caoutchouc et d'une petite fourche.
Par extension, Un esprit de fronde, un vent de fronde, Un esprit de critique et d'opposition. Il soufflait alors un vent de fronde.
Cette locution a fait appeler Fronde la Rébellion des ennemis de Mazarin sous la minorité de Louis XIV.
FRONDER
v. intr.
Lancer des pierres, des balles avec une fronde. Des enfants qui s'amusent à fronder.
Il ne s'emploie guère aujourd'hui qu'au sens figuré et signifie Parler et agir avec un esprit de fronde. C'est un homme qui passe sa vie à fronder.
Par extension, il s'emploie transitivement pour signifier Critiquer, blâmer. Fronder le gouvernement. Fronder les travers du temps, les ridicules de la société.
FRONDEUR
n. m.
Celui qui lance des pierres, des balles, avec une fronde. Les anciens avaient des frondeurs dans leurs armées. Les habitants des îles Baléares passaient pour être les plus habiles frondeurs.
Il se dit, au figuré, de Celui qui fronde, qui critique les autorités établies ou les opinions reçues, et, par extension, de Celui qui désapprouve, qui blâme tout. C'est un frondeur éternel. Adjectivement, Un esprit frondeur. Une jeunesse frondeuse.
Il signifie quelquefois simplement Celui qui contredit, qui critique, qui blâme. Ce ministre a rencontré presque autant de frondeurs que d'approbateurs.
FRONT
n. m.
Partie du visage qui est comprise entre la racine des cheveux et les sourcils. Large front. Front élevé. Front bas. Avoir des rides au front, sur le front. Se faire une bosse au front. Être marqué sur le front, au front. Dérider son front.
Il se dit, par extension, pour Tout le visage. Un front serein. Un front sévère. On lit sur son front ce qu'il pense. La rougeur qui couvrait leur front.
Il se dit aussi du Devant de la tête de quelques animaux. Le front d'un cheval, d'un boeuf, d'un éléphant, etc. Un cheval qui a une étoile au milieu du front.
Il désigne aussi la Tête, surtout en poésie et dans le style élevé. Courber son front. Humilier son front. Lever, relever le front. Il ne s'emploie guère que dans ces sortes de phrases, pour exprimer l'humiliation, l'abaissement, la servitude, ou la fierté, la révolte, etc.
Il marche le front levé, il peut marcher le front levé, Il n'a pas à craindre de reproches.
Il signifie au figuré Trop grande hardiesse, impudence. Aura-t-il le front de soutenir ce qu'il dit? C'est avoir bien du front. De quel front ose-t-il se présenter devant vous?
Fig., Un front d'airain. Voyez AIRAIN.
FRONT se dit poétiquement pour Cime, sommet. Ces rochers qui cachent leur front dans les nues.
Il signifie encore figurément, en termes d'Architecture, Face d'une construction. Le front d'un bâtiment. Le front d'un palais. Le front d'une fortification.
FRONT désigne encore figurément, en termes militaires, spécialement en termes de Guerre, la Ligne des troupes qui sont devant l'ennemi. Le front d'une armée. Le front ennemi s'étend de tel point à tel autre. Les troupes du front, Les troupes de première ligne. Le front a avancé, a reculé sur tels ou tels points. Le front s'est immobilisé. Aller au front; Être sur le front, au front; Percer, rompre, désorganiser le front, Aller, être sur le théâtre des opérations et y prendre part.
Passer sur le front d'une troupe, Passer devant le front d'une troupe rangée en bataille.
Faire front se dit d'une Troupe qui était par le flanc et dont les hommes se tournent de manière à présenter le front. Par ellipse, en termes de Commandement, Halte, front.
Front de bandière. Voyez BANDIÈRE.
DE FRONT,loc. adv.
Par-devant. Attaquer l'ennemi de front. Fig., Heurter de front les préjugés, Les attaquer sans ménagement.
DE FRONT signifie aussi Côte à côte. Un défilé où il ne peut passer que deux hommes de front. Cette rue est assez large pour que deux voitures y puissent passer de front. Ils marchaient tous trois de front. Fig., Faire marcher, mener deux affaires, deux intrigues de front, S'occuper de deux affaires, de deux intrigues en même temps.
FRONTAIL
n. m.
Voyez FRONTEAU.
FRONTAL, ALE
adj.
T. d'Anatomie
. Qui a rapport ou qui appartient au front. La veine frontale. Les muscles frontaux. Nerf frontal. Os frontal. Sinus frontaux.
FRONTEAU
n. m.
Sorte de bandeau que les Juifs se mettent sur le front pour prier dans une synagogue.
FRONTEAU ou FRONTAIL, en parlant des Chevaux, se dit de Cette partie de la têtière qui passe au-dessus des yeux du cheval. Il se dit également du Morceau de drap noir dont on couvre le front d'un cheval dans les cérémonies funèbres.
Il se dit encore, en termes d'Architecture, du Petit fronton qui surmonte une fenêtre.
FRONTIÈRE
n. f.
Les limites d'un État, d'une contrée en tant qu'elles le séparent d'un autre État, d'une autre contrée. Tracer une frontière. La frontière passe par telles et telles villes. La frontière est marquée par un fleuve, par une chaîne de montagnes. S'établir sur la frontière. Franchir les frontières, Franchir la limite établie par un traité et qui sépare un État d'un autre. Passer la frontière. La défense de la frontière, Les forts qui garnissent la frontière. Frontière ouverte. Fermer les frontières. Reculer les frontières d'un État. Fig., Les frontières du savoir humain. Reculer les frontières de la sottise, du mauvais goût. Adjectivement, Ville frontière. Département frontière.
FRONTISPICE
n. m.
Face principale d'un grand monument. Le frontispice d'un temple. Il est vieux.
Il se dit surtout du Titre imprimé d'un livre placé à la première page et entouré ou accompagné d'ornements ou de vignettes. Mettre des attributs, des arabesques au frontispice d'un livre. Mettre en frontispice.
Il se dit encore de la Gravure faite pour être placée en regard du titre d'un livre et dont le sujet est analogue au but et à l'esprit de l'ouvrage. Le sujet d'un frontispice.
FRONTON
n. m.
Ornement d'architecture qui est fait ordinairement en triangle et qui se met en haut de l'entrée principale d'un bâtiment, au-dessus des portes, des croisées, etc. Le fronton qui surmonte le portique d'un temple. Fronton brisé. Fronton cintré. Fronton ouvert. Fronton orné de figures, de bas-reliefs.
En termes de Sports, il se dit, dans le Jeu de la Pelote basque, du Mur cimenté sur lequel frappe la balle. Il se dit aussi, par extension, du Terrain de jeu.
FROTTAGE
n. m.
Travail de celui qui frotte. Le frottage d'un plancher. Le prix du frottage.
FROTTÉE
n. f.
Volée de coups. Il a reçu une bonne frottée. Il est populaire.
FROTTEMENT
n. m.
Action de frotter, action de deux choses qui se frottent. Électriser un corps par le frottement. Le frottement de l'essieu use le moyeu de la roue. Empêcher, diminuer le frottement. Frottement doux. En termes de Mécanique, Frottement de glissement, de roulement.
Il se dit figurément et familièrement pour Commerce, fréquentation. Le frottement du monde. Avoir du frottement. Manquer de frottement.
FROTTER
v. tr.
Passer une chose sur une autre à plusieurs reprises, en appuyant, en pressant. Frotter fort, doucement. Se frotter les yeux. Frotter deux pierres l'une contre l'autre. Se frotter avec la main. Se frotter en quelque partie du corps. Se frotter contre quelque chose. Se frotter l'un contre l'autre.
Se frotter les mains, Faire ce geste familier exprimant la satisfaction.
Fig. et fam., Se frotter à quelqu'un, Avoir commerce, communication avec quelqu'un. Se frotter à la bonne société. Se frotter aux savants, aux artistes. Ne vous frottez pas à ces gens-là : vous n'aurez qu'à y perdre. On dit dans un sens analogue et adjectivement Il est frotté de grec et de latin, Il n'en a qu'une connaissance superficielle. Se frotter à quelqu'un signifie aussi S'attaquer à quelqu'un, le provoquer, le défier. Je ne vous conseille pas de vous frotter à lui. C'est un homme auquel il est dangereux de se frotter. Ne vous frottez pas à un tel : il pourrait vous en cuire. On dit de même Ne vous y frottez pas, je ne vous conseille pas de vous y frotter, etc., lorsqu'on veut dissuader quelqu'un de faire une chose que l'on croit dangereuse pour lui.
Prov. et fig., Qui s'y frotte, s'y pique, se dit en parlant de Quelqu'un qui ne se laisse pas attaquer impunément.
Il signifie aussi Oindre, enduire, en frottant. On lui frotta le bras avec du baume, avec de l'huile. Les athlètes se frottaient d'huile avant de lutter. Se frotter à l'eau de Cologne. Frotter des chaises. Frotter le parquet d'un appartement ou Par extension Frotter un appartement. Absolument, Ce domestique ne sait pas frotter.
En termes de Peinture, il signifie Appliquer une légère couche de couleur sur celle qui fait le fond d'un tableau.
Il signifie aussi, figurément et familièrement, Battre, frapper, maltraiter. On l'a frotté comme il faut, frotté d'importance. On dit de même Frotter les oreilles à quelqu'un. Il me charge de lui frotter les oreilles.
Il s'emploie quelquefois comme verbe intransitif et se dit d'une Chose qui passe, qui glisse sur une autre ou contre une autre, en exerçant quelque pression. Une des roues frottait contre la caisse de la voiture.
FROTTEUR
n. m.
Celui qui frotte les planchers, les parquets.
FROTTIS
n. m.
T. de Peinture
. Application d'une légère couche de couleur sur celle qui fait le fond du tableau.
Il se dit aussi, dans une peinture architecturale, de l'Application d'une couleur transparente sur les coupes de la pierre pour imiter la couleur de la matière employée.
Il se dit encore de la Copie d'une inscription; d'une reliure obtenue en frottant d'un crayon un papier appliqué sur l'original.
FROTTOIR
n. m.
Ce qui sert à frotter. Un frottoir pour allumettes.
Il se dit aussi de Ce qui sert à essuyer fortement.
FROU-FROU
n. m.
Léger bruit que produit le frottement des étoffes, particulièrement des étoffes de soie. Le frou-frou d'une robe.
FROUER
v. intr.
T. de Chasse
. Contrefaire en sifflant le cri de la chouette pour attirer les oiseaux.