Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Académie française · Chapitre 577 sur 1 033

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Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Javelot

 

n. m.

Espèce de dard, arme de trait qu'on lançait avec la main. Lancer, darder un javelot.

 

JAVOTTE

 

n. f.

T. d'Arts

. Masse de fer coulé dans laquelle est encastrée une enclume.

 

JE

 

Pronom personnel

, dit de la première personne du singulier.

Il sert à désigner Celui, celle qui parle ou qui écrit. Quand il est placé devant un verbe commençant par une voyelle ou une h aspirée, son e est élidé. Je dis. Je fais. Je lirai. J'aime. J'écrirai. J'honore. Je hais. Je vous assure que... Je m'y trouverai.

JE, qui aujourd'hui est toujours atone, pouvait être autrefois fortement accentué et avait le sens que nous donnons à Moi. Nous en gardons un souvenir dans la formule administrative : Je soussigné... certifie que...

Il arrive souvent que JE soit placé immédiatement après le verbe dans les phrases interrogatives, exclamatives, etc. Que ferai-je? Où suis-je? Osez-vous, lui répondis-je, me parler de la sorte? Puissé-je vous voir aussi heureux que vous le méritez!

Fam., Je ne sais quoi, ou, comme nom, Un je ne sais quoi. Voyez SAVOIR.

 

JEANNETTE

 

n. f.

Croix d'or suspendue au cou.

Il se dit aussi d'une Sorte de planche à repasser les manches.

 

JECTISSES

 

adj. f. pl.

Il se dit des Terres qui ont été remuées ou rapportées.

En termes de Maçonnerie, Pierres jectisses, se dit des Pierres qui peuvent se poser à la main dans toutes sortes de constructions.

 

JÉJUNUM

 

n. m.

T. d'Anatomie

. Portion de l'intestin grêle qui fait suite au duodénum.

 

JÉRÉMIADE

 

n. f.

Plainte fréquente et importune, par allusion aux Lamentations de Jérémie. Aurez-vous bientôt fini vos jérémiades? Il est familier.

 

JERSEY

 

n. m.

Sorte de tricot en laine maillée.

 

JÉSUITE

 

n. m.

Nom des membres de l'ordre l'ordre religieux appelé Compagnie ou Société de Jésus. Le général des jésuites. Un collège tenu par les jésuites. Il a étudié chez les jésuites.

Jésuite de robe courte, Laïque qui passe pour affilié à l'ordre des jésuites.

On dit aussi, figurément et par dénigrement, C'est un jésuite, Il manque de franchise et de sincérité, en faisant allusion aux restrictions mentales attribuées aux jésuites.

Style jésuite. On désigne ainsi un Style d'architecture d'une ornementation abondante et raffinée.

 

JÉSUITIQUE

 

adj. des deux genres

. Qui appartient, qui est propre aux jésuites. Il ne se dit qu'en mauvaise part. Morale jésuitique. Imbu des doctrines jésuitiques.

 

JÉSUITISME

n. m.

Doctrine, système de religion et de conduite faussement attribués aux jésuites.

Fig. et dans un sens plus général, C'est du jésuitisme, se dit de Tout acte qui semble manquer de franchise et de sincérité.

 

JET

 

n. m.

Action de jeter ou Mouvement qu'on imprime à un corps en le jetant. Le jet d'une bombe, d'une grenade, d'une pierre. Un jet rapide.

Jet de dés, Action de jeter les dés hors du cornet pour jouer.

Arme de jet, Toute arme propre à lancer des corps avec force, comme une arbalète, une fronde, un fusil, etc.

Marcher le jet d'une pierre, Franchir l'espace que peut parcourir une pierre qu'on jette de toute sa force.

En termes de Marine, Jet de marchandises se dit de l'Action de jeter à la mer une partie du chargement dont on veut se débarrasser pour une raison quelconque. Jet et contribution, Action de jeter tout ou partie de la cargaison, qui est suivie, si le navire est sauvé, d'une répartition des pertes appelée Contribution.

En termes de Pêche, Le jet d'un filet, se dit en parlant d'un Filet qu'on jette pour prendre du poisson. Acheter le jet du filet, Acheter tout le poisson qui sera pris par le coup de filet.

En termes de Peinture, Le jet d'une draperie, La manière plus ou moins naturelle dont les mouvements, les plis d'une draperie sont rendus dans un tableau. Des draperies d'un beau jet.

JET, en termes de Fonderie, signifie Action d'introduire, de faire couler la matière dans le moule, lorsqu'elle est en fusion. On ne l'emploie guère que dans cette locution adverbiale, D'un seul jet, qui se dit en parlant d'une Pièce dont toutes les parties sont fondues à la fois dans un seul moule. Cette statue équestre est d'un seul jet.

D'un seul jet se dit figurément en Littérature et dans les Beaux-Arts en parlant d'une Composition faite avec rapidité et sans y revenir à plusieurs fois. Cette pièce de vers a été écrite d'un seul jet. On dit aussi Ce n'est qu'un premier jet, en parlant de Ce qui n'est qu'ébauché, des idées que l'on s'est hâté de fixer sur la toile ou sur le papier, dans un moment d'inspiration. On dit dans le même sens Le premier jet d'un ouvrage. On dit encore, adverbialement, Du premier jet, Du premier coup, sans qu'il ait été nécessaire d'y revenir.

JET se dit encore, en termes de Fonderie, des Ouvertures ménagées pour donner passage à la matière en fusion et la distribuer dans toutes les parties du moule.

JET se dit, par extension, d'un Liquide qui jaillit avec force en filet, en colonne, etc. Un jet de sang. L'eau s'échappait de tous côtés par petits jets. Un jet plus gros que le bras. On dit de même Un jet de vapeur.

Jet d'eau se dit surtout de l'Eau qui s'élance d'une fontaine jaillissante et qui s'élève. Ce parterre est orné de jets d'eau. Mettre un jet d'eau au milieu d'un bassin.

Jet de lumière, Rayon de lumière qui paraît subitement.

Jet d'abeilles, Nouvel essaim qui sort de la ruche.

JET se dit encore, par analogie, des Bourgeons, des scions que poussent les arbres, les vignes. Cet arbre a fait, a donné de beaux jets cette année.

 

JETÉ

 

n. m.

Il se dit dans l'art chorégraphique d'un des pas de danse. Jeté battu.

Il se dit aussi d'une Bande d'étoffe ou de broderie que l'on met, en guise d'ornement, dans le sens de la longueur ou de la largeur d'une table.

Il se dit encore, en termes de Bonneterie, d'un Brin jeté sur l'aiguille avant de prendre la maille du tricot, ce qui fait une maille de plus au rang suivant.

 

JETÉE

 

n. f.

Amas de pierres, de cailloux et d'autres matériaux jetés à côté du canal qui forme l'entrée d'un port, fortement maçonnés et ordinairement soutenus de pilotis, pour servir à rompre l'impétuosité des vagues. Faire une jetée à l'entrée d'un port. À l'extrémité de la jetée.

Il se dit aussi d'une Construction de bois ou de pierre que l'on fait dans un cours d'eau pour en redresser le lit.

Il se dit encore des Amas de pierres, de sable et de cailloux jetés dans la longueur d'un mauvais chemin pour le rendre plus praticable. Ce chemin est devenu très commode depuis qu'on y a fait une jetée.

 

JETER

 

(Je jette; nous jetons).v. tr.

Lancer avec la main ou de quelque autre manière. Jeter des pierres. Jeter des fusées, des grenades. Jeter ses armes pour s'enfuir. Jeter quelque chose au vent. Jeter quelque chose à la tête de quelqu'un. Jeter un filet dans l'eau pour pêcher. Jeter quelque chose au feu. Jeter des marchandises à la mer pour alléger le navire.

Jeter un châle, un manteau, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un, Mettre avec quelque promptitude un châle, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un.

On dit aussi Ce vêtement, cette draperie, etc., est jetée avec grâce, avec élégance, en parlant d'un Vêtement, d'une draperie disposés avec une négligence qui a de la grâce.

En termes de Peinture, Jeter une draperie, Donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. Ce peintre jette mal ses draperies. Les plis de cette draperie sont artistement jetés.

En termes de Marine, Jeter l'ancre, La faire tomber dans la mer, pour arrêter le navire. Jeter le plomb, la sonde, Laisser tomber la sonde pour connaître la hauteur de l'eau ou la qualité du fond. Jeter le loch, Lancer à la mer le loch pour connaître combien le navire a fait de route pendant un temps donné.

Aux jeux de Cartes, Jeter ses cartes, Refuser de les jouer. Il se dit aussi au Piquet, à l'Écarté, des Cartes dont on se défait pour en prendre d'autres. J'ai jeté les piques.

Fig., Le sort en est jeté. Voyez SORT.

Jeter les fondements d'un édifice, Les asseoir, les établir. Figurément, Jeter les fondements d'un empire, d'un royaume, d'une république, etc., Fonder un empire, etc.

Jeter un pont sur une rivière, Construire, établir un pont sur une rivière. Cela se dit surtout en parlant des Ponts que l'on fait à la hâte pour le passage des troupes, des armées.

Fig., Jeter de l'huile sur le feu. Voyez HUILE.

Fig., Jeter son argent, jeter tout par les fenêtres, Dissiper son bien en folles dépenses. C'est un homme d'ordre et qui ne jette point son argent par les fenêtres.

Fig. et fam., Jeter une chose à la tête de quelqu'un, La lui offrir sans qu'il la demande. Par extension, Il s'imaginait que j'allais lui jeter ma fille à la tête. On dit de même Se jeter à la tête de quelqu'un, à la tête des gens, S'offrir à eux avec empressement et sans être recherché.

Fig. et fam., Jeter quelque chose au nez, à la figure de quelqu'un, Le lui reprocher.

Fig. et fam., Jeter la pierre à quelqu'un. Voyez PIERRE.

Fig. et fam., Jeter de la poudre aux yeux. Voyez POUDRE.

Fig. et fam., Jeter le froc aux orties. Voyez FROC.

Fig. et fam., Jeter le grappin sur quelqu'un. Voyez GRAPPIN.

Prov. et fig., Jeter le manche après la cognée. Voyez MANCHE.

Prov. et fig., Jeter son bonnet par-dessus les moulins. Voyez BONNET.

Prov. et fig., Il n'en jetterait pas sa part aux chiens; Jeter sa langue aux chiens. Voyez CHIEN.

Fig. et fam., Il n'est pas bon à jeter aux chiens. Voyez BON.

Fig., Jeter un voile sur quelque chose, Le passer sous silence.

Fig., Jeter quelqu'un dans un cachot, dans les fers, Le mettre ou le faire mettre au cachot, en prison.

Fig., En termes de Guerre, Jeter des hommes, jeter de l'infanterie, de la cavalerie dans la bataille. Jeter des munitions, des vivres, etc., dans une place, Les y faire entrer promptement.

JETER s'emploie aussi figurément, tant au sens physique qu'au sens moral, dans l'acception de Mettre, placer, diriger, envoyer, etc., et souvent avec l'idée d'une certaine violence, de quelque soudaineté ou rapidité dans l'action. Il fut malgré lui jeté dans cette affaire. Jeter rapidement ses idées sur le papier. Jeter un regard, des regards de compassion sur une personne. Jeter les yeux sur quelqu'un, sur quelque chose. Jeter un regard sur le passé. Jeter l'effroi, l'épouvante dans une maison, dans le camp, etc. Jeter du ridicule sur quelqu'un. Jeter des soupçons dans l'esprit de quelqu'un. Cette étude historique peut jeter une vive lumière, un grand jour sur les causes de l'événement. Jeter quelqu'un dans le péril, dans un danger. Jeter dans l'inquiétude. Votre refus me jette dans un grand embarras. La surprise où les jeta cette nouvelle me fit sourire.

Jeter les yeux sur quelqu'un signifie quelquefois Avoir sur quelqu'un des vues particulières. Il a jeté les yeux sur ce jeune homme pour en faire son gendre.

Jeter les yeux sur une brochure, La parcourir superficiellement.

Jeter des propos, Avancer des propos qui vont indirectement à insinuer ou découvrir quelque chose. Ce ministre a jeté des propos de paix, de guerre.

Fig. et fam., Jeter son dévolu sur quelque chose, Choisir cette chose entre plusieurs autres.

JETER se dit quelquefois dans le sens de Pousser avec violence, tant au propre qu'au figuré. Jeter un homme par terre. Les vents nous jetèrent sur un écueil. La tourmente politique les avait jetés loin de leur patrie.

SE JETER signifie dans cette acception Entrer, se réfugier précipitamment en quelque endroit. On poursuivit le voleur, mais il se jeta dans une allée obscure et disparut. Il se jeta dans le plus épais du bois.

Fig., Se jeter dans un couvent, S'y retirer.

SE JETER signifie encore, tant au propre qu'au figuré, Se lancer, se précipiter, se porter impétueusement dans, contre, vers quelqu'un ou quelque chose. Se jeter par la fenêtre. Se jeter dans le feu, dans un puits, dans la mer. Se jeter sur une chaise, sur un lit. Se jeter au cou de quelqu'un pour l'embrasser. Se jeter à genoux. Se jeter aux genoux de quelqu'un. Je me jette à vos pieds. Il s'est jeté dans mes bras. Se jeter sur quelqu'un pour le maltraiter. Il se jeta sur son ennemi. Le chat se jette sur la souris. Il se jeta au milieu des ennemis. Il se jette dans le travail à corps perdu. Se jeter dans la dévotion. Abandonner un excès pour se jeter dans l'excès contraire. Se jeter volontairement dans le péril. Ce fleuve, cette rivière se jette dans la mer, dans un lac, etc.

Se jeter sur quelque chose signifie quelquefois S'y porter avidement. Les soldats se jetèrent sur ces provisions.

Fig. et fam., Jeter une maison, une cloison, un mur, etc., par terre, Démolir, abattre une maison, une cloison, etc. On dit dans le même sens Jeter bas.

En termes de Marine, Jeter son navire à la côte, ou Se jeter à la côte, S'y échouer exprès, afin d'éviter un danger plus grand.

JETER signifie aussi Pousser, envoyer, lancer hors de soi. Le reptile jetait son venin. Le tronc de cet arbre jette une espèce de gomme. Cette fontaine jette beaucoup d'eau. Le volcan jette des feux. Un tison qui jette des étincelles. Cette lampe jette un éclat très vif. Jeter un soupir, un cri. Fig. et fam., Jeter les hauts cris. Voyez CRI.

Fig. et fam., Il a jeté tout son venin, Dans l'emportement de la colère, il a dit tout ce qu'il avait sur le coeur contre quelqu'un.

Fig. et fam., Jeter son feu, tout son feu. Jeter feu et flamme. Voyez FEU.

JETER se dit particulièrement des Ulcères, des abcès, etc. Cet abcès jette du pus. Absolument, Ces ulcères, ces pustules jettent beaucoup.

Il se dit aussi des Enfants qui ont des croûtes de lait. Il se dit également des Chevaux. Ce cheval jette sa gourme. Fig. et fam., Jeter sa gourme. Voyez GOURME.

JETER se dit en outre des Abeilles qui produisent et mettent dehors un nouvel essaim. Ces abeilles n'ont point jeté cette année.

Il se dit encore des Arbres et des plantes qui produisent des bourgeons ou des scions. Cette vigne a bien jeté du bois. Cet arbre a jeté des scions. Absolument, Les arbres commencent à jeter. La vigne ne jette pas encore.

Jeter de profondes racines, S'enraciner profondément. Il se dit au propre et au figuré. Ces arbres ont jeté de profondes racines. Cet abus avait jeté de si profondes racines qu'il était bien difficile de l'extirper.

En termes de Vénerie, Ce cerf jette sa tête, Il perd son bois.

JETER, en termes de Fonderie, signifie Faire couler du métal fondu dans quelque moule, afin d'en tirer une figure. Jeter une figure, une statue en bronze. Jeter en moule. Ce fondeur jette bien.

 

JETON

 

n. m.

Pièce de métal, d'ivoire, etc., plate et ordinairement ronde, dont on se servait autrefois pour calculer des sommes, et dont on se sert encore pour marquer et payer au jeu. Jetons de cuivre. Jetons d'argent. Jetons d'or. Jetons d'ivoire. Compter avec des jetons. Marquer avec des jetons.

Jeton de présence, Jeton de métal que l'on donne, dans certaines sociétés ou compagnies, à chacun des membres qui sont présents à une séance, à une assemblée. Par extension, il désigne la Somme que représente ce jeton.

Fig., Être faux comme un jeton, Avoir un caractère faux.

 

JEU

 

n. m.

Divertissement, récréation, tout ce qui se fait par esprit de gaieté et par pur amusement. Les jeux de l'enfance. Leurs jeux sont quelquefois troublés par des rixes. Jeu sans malice. Jeux de société. Jouer à de petits jeux, à des jeux innocents. Le jeu des barres. Le jeu de colin-maillard. On ne veut pas lui faire de mal, ce n'est qu'un jeu.

Jeux d'esprit, Certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d'esprit. Il désigne aussi, figurément, Certaines productions de l'esprit qui n'ont aucune solidité, comme les anagrammes, les énigmes, les bouts-rimés, etc. Il se dit encore d'un Simple exercice d'esprit, d'une suite d'idées hasardées ou de raisonnements qui ne sont fondés sur rien de sérieux. Cette dispute n'est qu'un jeu d'esprit.

Jeux de main, Jeux où l'on se frappe légèrement les uns les autres. La main chaude est un jeu de main. On appelle aussi Jeux de main l'Action de lutter, de se porter des coups réciproques en plaisantant. Les jeux de main finissent souvent par des querelles.

Prov., Jeux de main, jeux de vilain, ou, au singulier, Jeu de main, jeu de vilain, Les jeux de main ne conviennent qu'à des gens mal élevés et finissent ordinairement mal. On disait aussi Ce sont jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font.

Fig. et fam., Le jeu lui plaît, se dit en parlant d'un Personne qui veut recommencer à faire une chose qui lui plaît.

Fig. et fam., Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, se dit d'une Affaire grave et sérieuse ou d'un engagement dont on ne peut se dédire.

Prendre quelque chose en jeu, Le prendre en plaisanterie.

Cela passe le jeu, Cela passe la raillerie.

Fam., Ce n'est qu'un jeu, se dit d'une Chose qu'on fait facilement. Les plus grandes fatigues, les plus grandes difficultés ne sont qu'un jeu pour lui.

Se faire un jeu de quelque chose, Y mettre son plaisir. Il se fait un jeu de mes tourments. Il se faisait un jeu de l'affliger. Il signifie aussi Se jouer de quelque chose, en disposer arbitrairement, selon son caprice. Le vainqueur se fit un jeu des lois et des coutumes des vaincus.

Jeu de mots se dit d'une Certaine allusion fondée sur la ressemblance des mots. Ce jeu de mots est assez plaisant.

Fig., Jeu de la nature se dit de l'Action de la nature qui produit une chose bizarre, extraordinaire; ou de la Chose même qui est ainsi produite. La nature, dans ses jeux, est infiniment variée. Cette coquille est un jeu de la nature.

Fig., C'est un jeu du hasard, se dit de Ce qui n'est qu'un effet du hasard.

Fig., Le jeu, les jeux de la fortune, Les vicissitudes de la fortune.

JEUX, au pluriel, se dit quelquefois, en poésie, de Certaines divinités allégoriques qui sont censées présider à la gaieté, à la joie. Les Jeux, les Ris et les Grâces. Les Jeux et les Plaisirs. Les Jeux et les Amours. Etc.

JEU se prend particulièrement pour un Exercice de récréation qui a de certaines règles. Jeu de paume, Jeu de billard, etc. Il s'emploie aussi dans les cas où l'on hasarde de l'argent dans l'espoir de gagner la partie. Il y a des jeux de hasard, comme le nain jaune, le trente et quarante; le poker; des jeux de calcul ou de combinaison, comme les dames, les échecs, les dominos; des jeux mêlés de combinaisons et de hasard, comme le tric-trac, le piquet, le whist, le bridge, la manille; des jeux de renvi comme le brelan, le poker. Les règles du jeu La passion du jeu. Être adonné au jeu. Être heureux, malheureux au jeu. Le jeu l'a ruiné. Se mettre au jeu. Tromper au jeu. C'est de l'argent du jeu. La perte, le gain du jeu. Le hasard du jeu.

Par extension, Jeu de bourse, se dit de Toute espèce d'agiotage sur les fonds publics.

Académies de jeux, Lieux où l'on donne à jouer à toutes sortes de jeux. Maison de jeu, Établissement public où l'on joue de l'argent. Les banquiers d'une maison de jeu.

Il y a grand jeu dans cette maison, Il s'y rassemble beaucoup de joueurs.

Tenir un jeu, Donner à jouer chez soi ou en public. On tient un jeu dans cette maison.

Tenir le jeu de quelqu'un, Jouer à la place de quelqu'un.

Jouer le jeu de quelqu'un, Jouer le jeu qui lui plaît, et, figurément, Entrer dans ses vues, dans ses intérêts. Il joue votre jeu sans le savoir.

Mettre au jeu, Donner, déposer son enjeu. Tout le monde a mis au jeu.

L'argent qui est sur le jeu, sur jeu, La somme des enjeux, ce que les joueurs ont mis au jeu. Il y avait cent francs sur le jeu, sur jeu.

Tenir jeu, Continuer à jouer avec une personne qui perd. Couper jeu, Se retirer avec gain et ne pas vouloir tenir jeu.

Aux jeux de renvi, Ouvrir le jeu, Faire la première vade. Fermer le jeu, Tenir la dernière vade et ne point faire de renvi.

Entrer en jeu se dit, à certains jeux de Cartes, de Celui qui, ayant levé une main, est en état de jouer comme il lui plaît. Cela signifie aussi, figurément et familièrement, Entrer dans une affaire, dans une discussion, avoir son tour, soit pour agir, soit pour parler, etc.

D'entrée de jeu, Dès le commencement du jeu. Il se mit à jouer, et d'entrée de jeu il perdit la moitié de son argent. Cela se dit aussi, figurément et familièrement, pour Dès le début. D'entrée de jeu il fit voir son extravagance. On dit aussi Pour entrée de jeu.

Se piquer au jeu, S'opiniâtrer à jouer, malgré la perte. Il se pique aisément au jeu. On dit aussi, figurément et familièrement, Se piquer, être piqué au jeu, en parlant d'une Personne qui veut venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles qu'elle y trouve.

Jouer bon jeu, bon argent, Jouer sérieusement et avec l'intention de payer sur-le-champ. On dit dans un sens analogue Jouer de franc jeu.

Fig. et fam., Bon jeu, bon argent. Y aller bon jeu, bon argent. Voyez ARGENT.

Prov. et fig., Le jeu ne vaut pas ou n'en vaut pas la chandelle. Voyez CHANDELLE.

Fig., Mettre quelqu'un en jeu, Le citer sans sa participation, le mêler à son insu dans une affaire. Il m'a mis en jeu mal à propos. On dit aussi Mettre une chose en jeu, La faire agir, l'employer. Il mit en jeu toutes les ressources de son imagination.

JEU se prend aussi pour les Règles du jeu, la manière dont il convient de jouer, ou dont une personne joue. Jouer le jeu. Ce n'est pas mon jeu que de jouer ainsi. Ce joueur a un jeu perfide.

Cela n'est pas du jeu, de jeu, Cela n'est pas conforme aux règles du jeu. Il signifie aussi, figurément et familièrement, Cela est contraire à ce qui était convenu.

Fig., C'est son jeu, se dit en parlant de Celui qui fait précisément ce qui convient le plus à ses intérêts, ce qu'il doit faire pour réussir. C'est son jeu de tirer l'affaire en longueur. On dit de même C'est un homme qui sait bien son jeu.

JEU désigne encore l'Assemblage des cartes dont chacun des joueurs doit se servir, les Points qu'on amène aux dés; ou, en général, la Situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire, à quelque jeu que ce soit. Avoir une carte de trop dans son jeu. Il lui est venu beau jeu, bien du jeu. J'ai ruiné mon jeu en écartant. J'ai gagné à jeu découvert. Voilà mon jeu sur la table. Je n'ai point de jeu. Mon jeu est meilleur, vaut mieux que le vôtre. Avoir jeu sûr. Il ne joue jamais qu'à jeu sûr. Il ménage, il conduit bien son jeu.

Donner beau jeu, Donner des cartes qui font un jeu favorable.

Fig. et fam., Donner beau jeu, faire beau jeu à quelqu'un. Lui présenter une occasion favorable de faire ce qu'il souhaite. On dit dans un sens analogue Avoir beau jeu. Perdre à beau jeu, Perdre, quoiqu'on ait un beau jeu; et, figurément et familièrement, Échouer dans une tentative dont le succès paraissait assuré.

Fig. et fam., Faire bonne mine à mauvais jeu, Dissimuler adroitement et cacher le mécontentement qu'on éprouve, ou le mauvais état où l'on est. Dans le même sens on dit simplement Bonne mine et mauvais jeu, en parlant d'une Personne qui, sous une apparence de joie, cache du chagrin et de l'inquiétude.

Fig. et fam., Jouer bien son jeu, Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins.

Fig. et fam., Cacher son jeu, Dissimuler son habileté en feignant de ne pas savoir bien jouer. Dans une acception plus figurée, Cacher, couvrir son jeu, Cacher ses desseins, ses vues, etc., ou les moyens qu'on met en oeuvre pour réussir. On dit dans le même sens Le jeu de cet homme est fort caché, fort couvert.

Il se dit aussi de la Façon d'escrimer, de faire des armes. Je sais son jeu. J'ai étudié son jeu. Il a un jeu serré, un jeu brillant. Fig., Savoir le jeu de quelqu'un, Connaître sa manière d'agir.

Aux jeux de Cartes, Avoir le jeu serré, Ne jouer qu'à beau jeu et ne point se hasarder. Figurément, il signifie Agir avec beaucoup de prudence, de réserve, de manière à ne pas donner prise sur soi. Aux Échecs, Avoir le jeu serré, se dit d'un Joueur qui n'étend pas assez son jeu.

JEU se dit encore de Ce qui sert à jouer à certains jeux. Un jeu d'échecs. Un jeu de quilles. Un jeu d'oie. Un jeu de cartes. Un jeu complet. Un jeu entier, Un jeu qui contient cinquante-deux cartes. Un jeu de piquet, Un jeu qui ne contient que trente-deux cartes, depuis l'as jusqu'au sept. Il manque une carte à ce jeu, une pièce à ce jeu d'échecs.

JEU signifie également Ce que l'on met au jeu. Jouer gros jeu, petit jeu. Il joue un jeu à se ruiner. Faire le jeu. Jeu fait.

J'y vais du jeu, Je suis du jeu, et, par abréviation, J'en suis, Expressions qu'on emploie au Jeu du brelan et aux autres jeux de renvi pour avertir que l'on joue une somme pareille à celle qui est sur le jeu.

Fig. et fam., Jouer gros jeu, jouer un jeu à se perdre, S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie.

Jouer un jeu d'enfer. Voyez ENFER.

Prov. et fig., Tirer son épingle du jeu, Se dégager adroitement d'une mauvaise affaire. Il s'était mis dans ce parti, dans une fâcheuse intrigue, mais il a tiré son épingle du jeu. Il signifie particulièrement Retirer à temps les avances qu'on avait faites dans une affaire qui devient mauvaise.

JEU se dit encore, au jeu de Paume ou au jeu de Tennis, de Chacune des divisions de la partie. Une partie de quatre jeux, de six jeux. Jouer en six jeux. Gagner le premier jeu. Avoir trois jeux à deux, trois jeux à point. Ils sont à deux de jeu. Fig. et fam., Être à deux de jeu se dit de Deux personnes qui ont, l'une à l'égard de l'autre, un avantage ou un désavantage égal. On le dit aussi de Deux personnes qui se sont rendu réciproquement de mauvais offices. On le dit encore de Deux personnes qui ont également été maltraitées dans quelque affaire.

JEU se dit, par extension, d'un Lieu où l'on joue à certains jeux. Un jeu de paume. Un jeu de longue paume, ou un jeu de mail. Un jeu de boule.

JEU se dit, par extension, d'un Assortiment complet de certaines choses. En termes de Marine, Un jeu de voiles. Un jeu d'avirons. En termes de Typographie, Un jeu d'épreuves, Une série d'épreuves du même ouvrage. En termes de Bonneterie, Un jeu d'aiguilles à tricoter. Etc.

JEUX, au pluriel, se dit des Spectacles publics des anciens, comme les courses, les luttes, les combats de gladiateurs, etc.; tels étaient, chez les Grecs, Les jeux Olympiques, les jeux Pythiques; et, chez les Romains, Les jeux du cirque, les jeux scéniques, etc. Les jeux en l'honneur de Jupiter, d'Hercule.

Jeux floraux. Voyez FLORAL.

JEU se dit également de la Manière de jouer d'un instrument de musique. Avoir le jeu brillant, le jeu large, hardi. Un jeu pur, délicat.

Fig. et fam., Vieux jeu se dit de Manières anciennes. Nouveau jeu se dit de Manières nouvelles, de la nouvelle mode.

Jeu d'orgues se dit de l'Instrument qu'on appelle aussi plus habituellement Orgues. Le jeu de voix humaine, le jeu de flûtes, le jeu de trompettes, le jeu de clairon, se dit des Registres qui servent, dans les orgues, à imiter le son de la voix humaine, celui des flûtes douces, celui des trompettes, etc. On dit aussi Le plein jeu, en parlant de Ce qui sert, dans le même instrument, à produire des sons plus forts.

JEU se dit en outre de la Manière dont un comédien remplit ses rôles. Ce comédien, cette comédienne ont le jeu brillant, touchant, pathétique.

Jeu de théâtre se dit de Certains effets de scène qu'on produit surtout par les gestes et par les expressions du visage. On dit plutôt maintenant Jeu de scène, qui s'emploie aussi spécialement pour désigner Certains mouvements réglés d'avance par la mise en scène.

Poétiquement, Les jeux de la scène, Les représentations théâtrales.

JEU se dit, en termes d'Arts, de l'Aisance, de la facilité du mouvement que certains ouvrages doivent avoir. Le balancier de cette horloge n'a pas assez de jeu. Il faut donner, laisser plus de jeu à ce ressort. En termes d'Habillement, Donner du jeu à une emmanchure.

JEU se dit encore de l'Action d'un ressort : Le jeu d'un ressort; et aussi de l'Action régulière et combinée des diverses parties d'une machine : Le jeu d'une machine. Le jeu des différentes parties d'une machine. Étudier le jeu des organes du corps humain. Fig., Le jeu des passions humaines.

Jeu du piston, Espace que parcourt à chaque coup le piston dans son corps de pompe. Jeu d'eau se dit de la Diversité des formes que l'on fait prendre aux jets d'eau en variant celle des ajutages.

 

JEUDI

 

n. m.

Le quatrième jour de la semaine après le dimanche. Jeudi passé. Jeudi dernier. Jeudi prochain. De jeudi en huit. Il y a séance tous les jeudis. Fig., La semaine des quatre jeudis, Jamais. Je vous le donnerai la semaine des quatre jeudis.

Jeudi gras, Le jeudi qui précède le mardi gras. Jeudi saint, Le jeudi de la semaine sainte. Le Jeudi de Pâques, le Jeudi de Quasimodo, Le Jeudi de la semaine de Pâques, de Quasimodo.

 

JEUN (À)

 

loc. adv.

Sans avoir rien mangé de la journée. Il est encore à jeun. Prendre un remède à jeun. Vous ne voudriez pas rester si longtemps à jeun.

 

JEUNE

 

adj. des deux genres

. Qui n'est guère avancé en âge. Un jeune enfant. Un jeune homme. Une jeune fille. Une jeune personne. Une jeune femme. Je l'ai connu tout jeune. Il s'est marié très jeune. Un jeune ménage. Il fait le jeune homme. Elle fait la jeune, mais elle ne l'est plus. Il commence à n'être plus jeune. Il est jeune d'âge et vieux d'expérience. Un jeune coeur s'enflamme aisément. Ce sont des jeunes gens. C'est un jeune fou, un jeune étourdi. Il est plus jeune, il est moins jeune que moi de deux ans. Un homme jeune n'est pas un jeune homme.

Il se dit quelquefois par rapport aux Emplois, aux dignités qu'on ne donne ordinairement qu'à des hommes faits ou à des personnes déjà avancées en âge. Il est trop jeune pour un emploi si important. Il a été élu académicien bien jeune. Il fut maréchal de France très jeune. Il a été célèbre très jeune.

JEUNE se dit aussi de Ce qui appartient, de ce qui est propre à une personne jeune. De jeunes désirs. De jeunes ardeurs. Cette pensée enflammait son jeune courage.

Le jeune âge, L'âge, le temps où l'on est jeune. Dés son plus jeune âge. Dans mon jeune âge. On dit de même, surtout en poésie, Jeunes ans, jeunes années, jeune saison. On dit encore Cette couleur est jeune, Elle ne convient qu'à des personnes jeunes. Cette couleur est trop jeune pour moi. Fam., Cela fait jeune.

JEUNE se dit particulièrement pour Cadet, par opposition à Aîné. Un tel, le jeune. Dubois jeune, pharmacien.

Il se dit aussi, par opposition à Ancien, pour distinguer certains personnages historiques. Pline le Jeune, Denys le Jeune. La Jeune France, Les nouvelles générations de la France.

JEUNE se dit, par extension, de Celui qui a encore quelque chose de l'ardeur, de la vivacité et de l'agrément de la jeunesse. Il ne vieillit point, il est toujours jeune. On le dit, dans le même sens, de l'Air, du caractère des personnes. Il a le visage aussi jeune que s'il n'avait que vingt ans. Avoir la voix jeune. Il a toujours l'esprit jeune, l'humeur jeune, le coeur jeune.

Avoir encore le goût jeune, les goûts jeunes, se dit d'une Personne avancée en âge qui conserve les inclinations de la jeunesse.

Il signifie quelquefois Qui est étourdi, évaporé, qui n'a point encore l'esprit mûr. Mon Dieu, qu'il est jeune!

JEUNE se dit également en parlant des Animaux, des plantes, des arbres, par rapport à l'âge qu'ils vivent ordinairement. Un jeune chien. Un jeune chat. Un jeune oiseau. Un jeune coq. Un jeune chêne. Un jeune bois. Une jeune plante.

Il se dit particulièrement, dans l'Administration forestière, des Baliveaux de l'âge du taillis, par opposition aux baliveaux modernes, qui ont deux ou trois âges, et aux baliveaux anciens, qui ont plus de trois âges.

 

JEÛNE

 

n. m.

Abstention totale d'aliments. Un trop long jeûne affaiblit la santé.

Il se dit quelquefois figurément et familièrement de Toute espèce d'abstention. Depuis un mois, mon médecin m'a défendu de rien lire, c'est un trop long jeûne qu'il m'a imposé.

Il se dit spécialement d'une Pratique religieuse, d'un acte de dévotion, qui consiste à s'abstenir d'aliments par esprit de mortification. L'usage du jeûne est de la plus haute antiquité. Le jeûne des Turcs pendant la fête du Ramadan. Le jeûne des brahmanes. Rompre son jeûne. Jeûne volontaire.

Il se dit particulièrement du Jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu'un repas dans toute la journée, soit à déjeuner avec une légère collation à dîner, soit à dîner avec une légère collation à déjeuner. Le jeûne est de précepte ecclésiastique. Le jeûne du carême. Jours de jeûne. Un jeûne ordonné par l'Église. Il y a dans l'année moins de jeûnes qu'autrefois.

 

JEUNEMENT

 

adv.

Il signifie familièrement D'une manière trop jeune. Agir jeunement.

 

JEÛNER

v. intr.

Manger peu, manger moins qu'il ne faut, ou même ne point manger du tout, soit par une privation volontaire, soit par une abstinence forcée et faute d'aliments. C'est un avare qui fait jeûner ses domestiques. Il est trop gros, il faut le faire jeûner pour le guérir. Les soldats ont souvent jeûné pendant cette campagne. Ce médecin fait jeûner ses malades.

Il signifie quelquefois, figurément et familièrement, S'abstenir ou être privé de certaines jouissances, etc. Il y a plus de six mois que je n'ai pu aller au spectacle : c'est trop longtemps jeûner.

Il signifie spécialement S'abstenir d'aliments ou de certains aliments, par esprit de dévotion, de mortification. JÉSUS-CHRIST jeûna pendant quarante jours. Jeûner régulièrement. Jeûner au pain et à l'eau. Il jeûne tous les vendredis. Jeûner tout le carême, durant tout le carême.

 

JEUNESSE

 

n. f.

Partie de la vie de l'homme qui est entre l'enfance et l'âge viril; ou État d'une personne jeune. Durant la jeunesse. La jeunesse passe bien vite. Dans sa première jeunesse. Dès sa plus tendre jeunesse. Dans sa verte jeunesse. La vigueur, l'ardeur de la jeunesse. L'éclat, la fraîcheur de la jeunesse. Les plaisirs de la jeunesse. Une jeunesse vigoureuse. Les fautes, les erreurs, les égarements de la jeunesse. Il eut une jeunesse étourdie, une jeunesse folle. Il a passé sa jeunesse à voyager. Il a bien employé sa jeunesse. Il a perdu sa jeunesse.

Prov. et fig., Il faut que jeunesse se passe, On doit avoir de l'indulgence pour les fautes que la vivacité et l'inexpérience de la jeunesse font commettre.

Avoir un air de jeunesse, Paraître encore jeune, quoique l'on soit déjà d'un certain âge.

JEUNESSE se dit aussi des Facultés intellectuelles, des sentiments qui se conservent jeunes même dans un âge avancé. Il gardait une jeunesse d'esprit, une jeunesse d'imagination rare chez un vieillard. On remarquait chez lui une étonnante jeunesse de coeur.

JEUNESSE signifie, collectivement, Ceux qui sont dans l'âge de la jeunesse, et même Ceux qui sont encore dans l'enfance. Enseigner la jeunesse. Corriger la jeunesse. Élever la jeunesse. L'instruction de la jeunesse. Il ne faut pas tant donner de liberté à la jeunesse. Avoir de l'indulgence pour la jeunesse. Il faut pardonner bien des choses à la jeunesse.

Prov. et fig., Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, Si la jeunesse avait de l'expérience, et que la vieillesse eût de la force.

JEUNESSE signifie encore, collectivement, Ceux qui sont de l'âge de vingt ans à trente- cinq ou environ. Il y a avait à ce bal bien de la jeunesse.

Il s'entend quelquefois, dans ce dernier sens, du Sexe masculin seulement. Toute la jeunesse de la ville s'exerçait. On arma toute la jeunesse. La fleur de notre jeunesse a péri dans cette guerre.

Il se dit, quelquefois, populairement, d'une Personne jeune, et surtout d'une Jeune fille. C'est une jeunesse. Cette jeunesse-là fait la fière.

 

JEUNET, ETTE

 

adj.

Qui est extrêmement jeune. Il est tout jeunet. Elle est encore jeunette. Il est familier.

 

JEÛNEUR, EUSE

 

n.

Celui, celle qui jeûne.

 

JOAILLERIE

 

n. f.

Art, commerce de joaillier. Il s'est enrichi dans la joaillerie.

Il se dit aussi des Joyaux, pierreries que vend le joaillier. Des articles de joaillerie.

Il désigne aussi l'Endroit, le magasin où se vendent ces joyaux, ces pierreries.

 

JOAILLIER, IÈRE

 

n.

Celui, celle qui travaille en joyaux, en pierreries ou dont la profession est d'en vendre.

 

JOBARD, ARDE

 

n.

T. de moquerie familière

. Celui, celle qui est simple d'esprit, crédule, niais. Un grand jobard. Adjectivement, Il a un air jobard.

 

JOBARDERIE

 

n. f.

Niaiserie bouffonne, plaisanterie sotte.

 

JOCKEY

n. m.

Mot emprunté de l'anglais. Celui qui a pour métier de monter des chevaux dans les courses.

 

JOCKO

 

n. m.

T. de Zoologie

. Espèce de singe, qu'on nomme aussi ORANG-OUTANG.

 

JOCRISSE

 

n. m.

T. de moquerie

. Benêt qui se laisse mener par le premier venu.

 

JOIE

 

n. f.

Mouvement agréable que fait éprouver la possession d'un bien réel ou imaginaire. Joie profonde, excessive, immodérée. Fausse joie. Joie publique. Mouvement de joie. Transport de joie. Cris de joie. Larmes de joie. Être ravi, transporté de joie, ivre de joie. Donner causer de la joie à quelqu'un, le combler de joie. Tressaillir de joie. Pleurer de joie. Nager dans la joie. Il ne se sent pas de joie. La joie paraissait sur son visage. Dans la joie où elle était de le revoir, qu'elle avait à le revoir. J'ai eu la joie de les voir unis. J'en ai eu bien de la joie. Je prends part à votre joie. Je vous servirai avec joie. Cette nouvelle remplit la ville de joie.

Il se dit aussi quelquefois, au pluriel, pour Plaisirs, jouissances. Les joies d'une mère. Vivre dans les joies du monde. Les joies du paradis.

Une fille de joie. Voyez FILLE.

Feu de joie. Voyez FEU.

Fam., Que le ciel vous tienne en joie, Ancien souhait de politesse.

Fam., Être dans la joie de son coeur, Être transporté de joie.

Faire la joie, être la joie de quelqu'un, Être pour lui un grand sujet de joie, faire son bonheur. Ce jeune homme est la joie de ses parents. Ce fils fait la joie de sa mère.

S'en donner à coeur joie. Voyez COEUR.

JOIE se prend aussi pour Gaieté, humeur gaie. Cet homme est toujours en joie. Son air inspire la joie. La joie bruyante des convives.

JOIGNANT, ANTE

 

adj.

Qui est contigu, en parlant des Maisons, des jardins et autres possessions en terres. Une maison joignante à la mienne. Un champ joignant la prairie. Les bâtiments joignants ont été brûlés.

Il est quelquefois préposition, et alors il signifie Tout proche, sans qu'il y ait rien entre-deux. Une maison joignant, tout joignant la sienne. Joignant l'hôtel de... Joignant l'église de...

 

JOINDRE

 

(Je joins; nous joignons. Je joignis. Je joindrai. Je joindrais. J'ai joint.) v. tr. Approcher deux choses l'une contre l'autre, en sorte qu'elles se touchent ou qu'elles se tiennent. Ces pièces de bois n'ont pas été jointes, ne sont pas bien jointes. Joindre deux planches avec de la colle forte, avec des chevilles. Joindre deux morceaux d'étoffe en les cousant ensemble. L'endroit où une chose se joint à une autre, où deux choses se joignent. Sauter à pieds joints. Il est aussi intransitif dans cette acception : Ces planches, cette porte, ces fenêtres ne joignent pas bien. Faites que cela joigne mieux.

Se joindre se dit des Personnes. Quand il a vu qu'il était égaré il est venu se joindre à nous. Il se joignit à l'équipe précédente. Nous n'avons pu nous joindre une seule fois.

Joindre les mains, Approcher les deux mains en sorte qu'elles se touchent en dedans. Joindre les mains pour prier Dieu, pour demander pardon. Joignez les mains. À mains jointes.

Fig., Avoir de la peine à joindre les deux bouts. Voyez BOUT.

Il signifie aussi Faire de deux choses un tout, en sorte que l'une soit le complément de l'autre. Joignez cette maison à la vôtre. Il a joint ces deux jardins. Joindre les intérêts au capital. On a joint à l'ouvrage une table analytique des matières. On est tenu de joindre à sa réclamation les pièces qui constatent, etc. Je joindrai mon témoignage au sien. Joindre le prénom au nom. Joignez à cela que... Cette rivière va se joindre à telle autre en tel endroit. À ces premières difficultés vint se joindre une difficulté plus grave encore. Ce corps d'armée est allé se joindre à tel autre.

Il signifie également Unir, allier. Joindre l'utile à l'agréable. Joindre l'autorité spirituelle avec la temporelle. Joindre la prudence et la valeur, à la valeur, avec la valeur. Ils sont joints ensemble pour leur intérêt commun. Ils résolurent de joindre leurs forces, de joindre leurs armes, etc. Joindre ses prières à celles d'un autre. Ils joignirent leurs efforts. Ces deux familles se sont jointes par plusieurs alliances. Quand il a vu qu'il était trop faible, il s'est joint à un tel, avec un tel.

Il signifie encore Atteindre. Quoiqu'il fût parti avant moi, je le joignis bientôt.

Joindre quelqu'un signifie aussi Se rencontrer avec lui, parvenir à le trouver et à lui parler. Si une fois je puis le joindre, je lui parlerai comme il faut.

Ci-joint, Ici joint, ou joint à ceci. Il ne se dit que d'un Écrit, d'une pièce que l'on joint à une lettre, à un mémoire, etc. Les papiers ci-joints. Les pièces ci-jointes. La déclaration ci-jointe. Il reste invariable quand il précède le nom qu'il détermine. Vous trouverez ci-joint copie de sa lettre. Ci-joint quittance. Ci-joint l'expédition du jugement.

JOINT QUE,loc. conjonctive

. Ajoutez que, outre que. Il n'a pas fait votre affaire, parce qu'il était malade, joint qu'il n'avait pas les papiers nécessaires. On dit plus ordinairement joint à cela que.

 

JOINT

 

n. m.

Endroit où deux parties se joignent. Le joint de l'épaule. Remplir les joints des pierres. Il faut que les pierres aient tant de millimètres de joint. Ces ouvrages de menuiserie, de marqueterie sont si bien travaillés qu'on n'en voit pas les joints.

Il se dit aussi, en termes d'Arts, par opposition à Ce qu'on appelle le lit, de Chacune des faces latérales par laquelle un moellon, une pierre de taille sont contigus.

Fig. et fam, Trouver le joint, Trouver la meilleure façon de prendre une affaire.

 

JOINTÉ, ÉE

 

adj.

T. d'Art vétérinaire

, qui ne s'emploie qu'en composition dans les expressions : Cheval bas-jointé, Qui a un paturon formant une ligne qui se rapproche de l'horizontale; Cheval court-jointé, Qui a le paturon trop court; Cheval long-jointé, Dont le paturon est trop long.

 

JOINTÉE

 

n. f.

Ce que les deux mains rapprochées peuvent contenir. Une jointée d'orge. Une jointée d'avoine.

 

JOINTEMENT

 

n. m.

Action de joindre, ou Fait d'être joint.

 

JOINTIF, IVE

 

adj.

T. d'Arts

. Qui est joint. Les lattes de ce plafond sont jointives.

 

JOINTOIEMENT

 

n. m.

T. de Maçonnerie

. Action de jointoyer. Il se dit aussi des Pierres jointoyées ou des endroits où les pierres sont jointoyées. Un jointoiement au ciment.

 

JOINTOYER

 

v. tr.

T. de Maçonnerie

. Remplir les joints des pierres avec du mortier ou du plâtre.

 

JOINTURE

 

n. f.

Il est moins usité que Joint, lorsqu'on parle d'autre chose que des os. Endroit où deux parties se joignent. Toutes les jointures du corps. Il avait des douleurs dans les jointures. Ces deux pierres, ces deux morceaux de bois sont si bien ajustés qu'on ne peut apercevoir la jointure.

 

JOLI, IE

 

adj.

Qui a de la grâce, de l'agrément. Il ne se dit guère que de Ce qui est petit en son espèce et qui plaît plutôt par la gentillesse que par la beauté. Un joli enfant. Une jolie personne. Elle est plus jolie que belle. Elle a un joli minois. C'est un joli garçon. Elle a une jolie taille. Avoir de jolis yeux. Sa maison de campagne est très jolie. Un joli site. Un joli paysage. Un joli spectacle. Dire de jolies choses. Faire de jolis vers, une jolie chanson. Un joli geste. Substantivement, Le beau est au-dessus du joli. Cela passe le joli.

Fig. et fam., Faire le joli coeur, Faire l'agréable.

Fam., Le tour est joli, Le tour est plaisant. On dit de même Il lui a joué un joli tour.

Fam., Le joli de l'affaire est que..., Le plaisant le plus piquant de l'affaire est que...

JOLI se dit familièrement de Ce qui est avantageux. Le voilà maintenant dans une très jolie position. Il vient d'obtenir une assez jolie situation.

JOLI se dit souvent, par ironie et familièrement, d'une Personne ou d'une chose déplaisante, ridicule, pénible, etc. Vous tenez là de jolis discours. C'est joli de se faire attendre, de me parler de la sorte. Il vient de faire là quelque chose de joli. C'est un joli monsieur. Vous voilà tout trempé, vous êtes dans un joli état. Cette mauvaise nouvelle l'a mis dans un joli état.

 

JOLIESSE

 

n. f.

Qualité de ce qui est joli. La joliesse de ses traits, de son visage. La joliesse de ses gestes. Il est peu employé.

 

JOLIET, ETTE

 

adj.

Qui est assez joli. Il est rare et n'est guère d'usage qu'au féminin et dans le langage familier. Elle est joliette.

 

JOLIMENT

 

adv.

D'une manière jolie, bien. Cela est joliment travaillé. Il danse fort joliment. Il écrit très joliment. Ironiquement et fam., J'ai joliment arrangé le drôle.

Il se dit encore, dans un langage très familier, pour Beaucoup, extrêmement. Il a joliment mérité son sort. Vous vous êtes joliment trompé.

 

JONC

 

(On ne prononce pas le C.)n. m.

Genre de plantes à tige droite et flexible, qui croissent ordinairement le long des eaux, ou même dans l'eau, et dont plusieurs espèces servent à faire des liens, des nattes, des cannes, etc. Jonc de marais. Une touffe de joncs. C'est un mauvais terrain, il n'y croît, il n'y vient que du jonc, que des joncs. Des paniers de jonc. Balai de jonc.

Fam., Être droit comme un jonc, Avoir la taille bien faite. Cette jeune fille est droite comme un jonc.

Il se dit, par extension, d'une Canne de jonc. Acheter un jonc. Cela plie comme un jonc.

JONC Se dit aussi d'une Sorte de bague dont le cercle est égal partout. Un jonc d'argent. Un jonc de diamants, un jonc de rubis, Un jonc entouré de diamants ou de rubis.

 

JONCER

v. tr.

Garnir de jonc.

 

JONCHAIE

 

n. f.

Lieu où poussent les joncs. On dit aussi JONCHÈRE.

 

JONCHÉE

 

n. f.

Toutes sortes d'herbes, de fleurs et de branchages qu'on étend sur le sol, dans les rues, les églises, etc., un jour de cérémonie. Faire une jonchée d'herbes et de fleurs.

 

JONCHER

 

v. tr.

Parsemer de jonc, de feuillages, de fleurs, de branchages verts, pour une cérémonie. Les habitants jonchèrent les rues pour le passage de la procession. Toute l'église était jonchée de fleurs.

Il se dit aussi, figurément, en parlant d'une Grande quantité d'objets que l'on épand, ou qui sont épars çà et là. Les débris dont l'ouragan avait jonché le sol. Plus de vingt mille cadavres jonchèrent la place.

 

JONCHÈRE

 

n. f.

Voyez JONCHAIE.

 

JONCHETS

 

n. m. pl.

Nom de petits bâtons fort menus, que l'on jette confusément les uns sur les autres pour jouer à qui en retirera le plus avec un crochet, sans en faire remuer d'autres que celui qu'on cherche à dégager. Des jonchets d'ivoire. Jouer aux jonchets.

 

JONCTION

 

n. f.

Action de joindre ou le Fait d'être joint. La jonction de deux armées. La jonction des deux mers. La jonction de deux rivières, de deux chemins, de deux lignes de chemin de fer. La jonction des deux corps d'armée a eu lieu à l'endroit indiqué.

En termes de Jurisprudence, Jonction d'instance, Action de joindre deux instances entre lesquelles il y a connexité, une demande incidente à une demande principale, pour que le tribunal statue sur le tout par un seul et même jugement.

 

JONGLER

 

v. intr.

Faire sauter plusieurs boules ou autres objets, qui s'entrecroisent en passant d'une main dans l'autre.

Fig., Jongler avec les difficultés, Les discuter ou les résoudre en se jouant. Jongler avec des idées, avec des abstractions, Exposer des idées, des abstractions avec une brillante facilité.

 

JONGLERIE

 

n. f.

Tour de passe-passe.

Il se dit, figurément, de Toute fausse apparence par laquelle une personne cherche à en imposer. Je ne suis pas la dupe de cette jonglerie.

 

JONGLEUR

 

n. m.

Il se disait autrefois d'une Espèce de ménestrel qui allait, chantant des poèmes ou récitant des contes, dans les cours des princes et dans les maisons des grands seigneurs. Il signifie maintenant Celui qui jongle.

Il se dit, figurément et familièrement, de Tout homme qui cherche à en imposer par de fausses apparences.

 

JONQUE

 

n. f.

Sorte d'embarcation fort en usage au Japon et en Chine. Une jonque chinoise.

 

JONQUILLE

 

n. f.

T. de Botanique

. Plante du genre des Narcisses, que l'on cultive dans les jardins pour son élégance et son parfum.

On le dit également de la Fleur de cette plante. Jonquille simple, double. Odeur de jonquille. Essence de jonquille.

En termes d'Arts, il se dit, par analogie, comme nom masculin, d'une Couleur secondaire composée avec du blanc et du jaune. Le papier de cette pièce est d'un beau jonquille.

 

JOUABLE

 

adj. des deux genres

. Qui peut être joué, en parlant d'une Pièce de théâtre, d'un morceau de musique. Cette pièce n'est pas jouable. Ce morceau de musique n'est pas jouable.

 

JOUAIL

 

n. m.

T. de Marine

. Voyez JAS.

 

JOUAILLER

 

v. intr.

Jouer petit jeu, et seulement pour s'amuser. Il est familier.

Il signifie aussi Jouer médiocrement de quelque instrument de musique.

 

JOUBARBE

 

n. f.

T. de Botanique

. Plante grasse et toujours verte, dont l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les toits et sur les murs.

 

JOUE

 

n. f.

Partie du visage de l'homme qui est au-dessous des tempes et des yeux, et qui s'étend jusqu'au menton. Avoir les joues rouges, les joues enflées, les joues creuses. Baiser à la joue, sur la joue.

Fam., Donner sur la joue à quelqu'un, Lui donner un soufflet.

Tendre la joue, Présenter la joue. Cet enfant vous tend la joue pour que vous l'embrassiez. Tendre l'autre joue, Accepter, par humilité chrétienne, un redoublement d'outrages.

Mettre, coucher en joue, Ajuster son fusil et viser, pour tirer sur quelqu'un, sur un animal. Il mit le bandit en joue. J'ai couché ce lièvre en joue. Elliptiquement, dans les commandements militaires, En joue, feu.

En termes de Marine, il désigne la Partie arrondie de la coque d'un navire qui est comprise entre le mât de misaine et l'étrave. Ce vaisseau a la joue forte.

 

JOUÉE

 

n. f.

T. d'Architecture

. Épaisseur du mur dans l'ouverture d'une porte, d'une fenêtre, d'un soupirail, d'une lucarne, etc. Cette fenêtre a beaucoup de jouée.

 

JOUER

 

v. intr.

Se recréer, se divertir à quelque amusement. Ces enfants jouent ensemble. Menez-les jouer. Ne sauriez-vous jouer sans vous fâcher? Ne jouez pas avec ce revolver, il est chargé.

SE JOUER s'emploie quelquefois dans le même sens. Des oiseaux qui se jouent dans le feuillage. Il se dit quelquefois, poétiquement, des Choses. Un ruisseau qui semble se jouer, qui se joue dans la prairie. Un rayon de soleil qui se joue dans les arbres.

Faire quelque chose en se jouant, Faire quelque chose en s'amusant, sans application et sans peine. Cette tâche aurait paru difficile à tout autre, il l'a faite en se jouant.

Fig., Jouer avec sa vie, avec sa santé, etc., N'user d'aucun ménagement pour conserver sa vie, sa santé, etc. On dit aussi quelquefois Jouer avec la vie, Ne point la regarder comme une chose sérieuse et agir en conséquence.

Ce cheval joue avec son mors, se dit d'un Cheval qui mâche son mors.

Jouer sur le mot, sur les mots, Faire des allusions, des équivoques sur les mots. Il aime à jouer sur le mot. Ne jouons pas sur les mots et parlons sérieusement.

JOUER signifie quelquefois Exploiter une situation, un sentiment, une idée pour en tirer parti. Jouer d'une blessure, d'une infirmité, d'un mal. Jouer de l'idée de patrie.

Fig. et fam., Se jouer à quelqu'un, L'attaquer inconsidérément. Ne vous jouez pas à lui, il n'entend pas raillerie. On dit aussi Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas, Ne soyez pas assez fou, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.

JOUER signifie aussi Se divertir, s'occuper à un jeu quelconque. Jouer aux échecs, au trictrac, aux boules, aux cartes, aux dés. Jouer aux barres, au tennis. Jouer avec quelqu'un. Jouer contre quelqu'un. Jouer deux contre deux. Tirer au sort à qui jouera le premier. Absolument, Il ne sait pas jouer.

Il se dit quelquefois absolument en parlant de l'Habitude de jouer à des jeux de commerce ou de hasard, et se prend ordinairement dans un sens défavorable. C'est un homme qui joue. Il commence à se ranger, il ne joue plus. Rien ne peut l'empêcher de jouer. C'est une maison où l'on joue.

Dans ce sens, il s'emploie souvent, par extension, pour désigner la Spéculation. Jouer à la Bourse. Jouer à la hausse, à la baisse. Jouer sur la Rente. Jouer sur les cafés, sur les grains. Jouer aux courses.

Fam. et en plaisantant, Ne jouer que pour l'honneur, ou, transitivement, Ne jouer que l'honneur, Jouer sans intéresser le jeu.

Fig. et fam., Jouer au plus sûr, Choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque, dont les inconvénients paraissent moins grands et le succès plus certain. Jouer à coup sûr, Être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.

Fig. et fam., Jouer au fin, au plus fin, Employer l'adresse, la finesse pour venir à bout de ses desseins.

Fig. et fam., Jouer de bonheur, Réussir dans une affaire où l'on avait à craindre d'échouer. On dit surtout, dans le sens contraire, Jouer de malheur.

Fig. et fam., Jouer à quitte ou double, ou Jouer quitte ou double, Risquer, hasarder tout, pour se tirer d'une mauvaise affaire.

Fig. et fam., Jouer à qui perd gagne, se dit Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.

JOUER s'emploie aussi, à certains jeux de Cartes, avec le nom de la couleur dans laquelle on joue. Jouer en carreau, en coeur, en trèfle, etc. On dit aujourd'hui plus fréquemment et transitivement (Voir plus loin) : Jouer carreau, jouer coeur.

JOUER signifie encore Se servir de l'instrument qui est nécessaire pour jouer à tel ou tel jeu. Jouer avec une bonne raquette.

Jouer du couteau, du revolver, S'attaquer au couteau, au revolver. Ce sont des vauriens qui, pour la moindre querelle, jouent du couteau.

Fig. et pop., Jouer des jambes, Courir. On le dit surtout d'une Personne qui s'enfuit. Il se mit aussitôt à jouer des jambes.

Fig. et fam., Jouer de la prunelle, Jeter des oeillades, faire quelques signes des yeux. Il se dit ordinairement en parlant des Signes qu'un homme et une femme se font l'un à l'autre, quand ils sont d'intelligence.

Fam., Jouer des coudes, des pieds, des mains, Se démener pour sortir d'une foule. Figurément, ces expressions signifient Se faire une place par tous les moyens.

JOUER signifie, par extension, Se servir d'un instrument de musique, en tirer des sons. Jouer du violon, de la harpe, de la flûte, du hautbois, du piano, de l'orgue, etc. Il joue de toutes sortes d'instruments.

Il signifie, par analogie, en termes d'Arts, Se mouvoir, agir d'une certaine façon, avoir l'aisance et la faculté du mouvement. En ce sens, il se dit surtout des Ressorts, des machines, etc. Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Expliquez-moi la manière dont les pièces de la machine jouent entre elles. Ce ressort joue bien, ne joue point. Cette serrure ne joue pas bien. Faites en sorte que la clef joue mieux dans cette serrure. Cet os joue imparfaitement dans l'emboîture. Ce bois joue, Ce bois se resserre ou se dilate.

Fig., Faire jouer toutes sortes d'influences, Employer tout son pouvoir, tous les moyens dont on peut disposer.

JOUER se dit aussi des Cascades, des jets d'eau, etc., qu'on lâche pour les faire couler ou jaillir. On fit jouer les grandes eaux. Les eaux jouèrent tout le jour.

Il se dit encore d'une Mine que l'on fait sauter, d'une pièce d'artillerie, d'un artifice que l'on fait partir, en y mettant le feu. Faites jouer la mine, le canon. Faites jouer les pétards. On dit, dans un sens analogue, Faire jouer une pompe, La faire aller.

Il se dit aussi, dans cette acception, des Choses morales. Dans ce cas-là, la convention peut jouer. Le traité joue.

JOUER s'emploie aussi transitivement et signifie Se livrer à tel ou tel jeu, avec une ou plusieurs personnes. Jouer une partie de boston. Jouer le piquet. Jouer une partie de tric- trac.

En termes de jeu de Paume, Jouer une balle, Pousser une balle.

Jouer une carte, Jeter une carte. Jouer coeur, jouer carreau, etc., Jouer une carte de ces couleurs.

Jouer le jeu, Jouer suivant les règles du jeu. Vous ne jouez pas le jeu.

Fig. et fam., Jouer bien son jeu, Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. Il a bien joué son jeu.

Jouer un jeu, Le savoir bien jouer, le jouer par préférence, être dans l'usage, dans l'habitude de le jouer. Quel jeu jouez-vous? est-ce le boston? est-ce le piquet?

JOUER,transitif

, se dit aussi en parlant de Ce que l'on hasarde au jeu. Jouer gros jeu. Jouer un petit jeu. Jouer deux louis sur une carte. Jouer tant à la partie. Nous ne jouons que dix sous. C'est un homme qui joue tout. Dès qu'il a quelque chose, il va le jouer. Jouer un jeu d'enfer. Voyez ENFER.

Fam., Il jouerait jusqu'à sa chemise, Il jouerait tout ce qu'il a.

Fig. et fam., Jouer gros jeu, S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie.

Fig., Jouer sa vie, S'exposer témérairement.

Fig., Jouer quelqu'un, Le tromper, l'abuser. Il le joue depuis trois ans, en lui faisant espérer cet emploi. Je vois que l'on m'a joué, que je suis joué. Il avait quelque dépit de se voir joué.

On dit également Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe. Ces expressions sont empruntées au jeu de Paume.

On dit aussi pronominalement Se jouer de quelqu'un, de quelque chose, dans le sens de Regarder quelqu'un ou quelque chose comme négligeable, témoigner qu'on n'en fait point de cas. La fortune se joue des hommes. C'est un homme sans foi, il se joue de ses engagements. Il ne faut pas se jouer ainsi des lois. La nature semble quelquefois se jouer de la science. Se jouer de la vie des hommes.

Se jouer de quelqu'un signifie particulièrement Se moquer de lui, le railler adroitement. Ne voyez-vous pas qu'on se joue de vous? Penserait-il se jouer de moi? On dit dans un sens analogue Ce chat se joue de la souris qu'il a prise, ce tigre se joue de sa proie, etc., lorsqu'il feint à plusieurs reprises de la laisser échapper, pour la ressaisir aussitôt. On dit plus ordinairement aujourd'hui Ce chat joue avec la souris. Il signifie aussi Tromper quelqu'un en lui donnant de belles paroles. Il m'a longtemps fait des promesses, donné des espérances, il se jouait de moi.

Fig. et fam., Jouer un tour à quelqu'un, Lui faire un tour ou malin ou méchant. Il a voulu me jouer un tour auprès d'un tel. On dit aussi Jouer un tour de son métier et, plus souvent, Jouer un tour de sa façon.

JOUER,transitif

, signifie en outre Exécuter un air, un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. Jouer une ouverture à grand orchestre. Jouer un air sur le violon, sur le piano, etc. Écoutez l'air qu'on joue.

Il signifie encore Représenter, et se dit en parlant soit de la Pièce de théâtre qu'on représente, soit du Personnage qu'on est chargé d'y représenter. Jouer une comédie, une tragédie, une farce. Jouer un personnage, un rôle. Jouer les amoureux, les pères nobles, les ingénues, etc. On a joué Andromaque. Un tel a joué le rôle d'Oreste, a joué Oreste. Absolument, Ce comédien joue fort bien. C'est la première fois qu'il joue.

On dit ironiquement dans le sens de Railler quelqu'un, le tourner en ridicule sur le théâtre : C'est un tel qu'on a joué dans cette pièce, sous un nom emprunté. Molière a joué les faux dévots.

Jouer la comédie, Exercer la profession de comédien. On dit plutôt aujourd'hui FAIRE DU THÉÂTRE.

Absolument, Cet acteur a cessé de jouer. Il signifie, par extension, Faire des actions plaisantes pour exciter à rire; et, figurément, Feindre des sentiments qu'on n'a pas, Vous le croyez affligé, il joue la comédie.

Fig., Jouer la douleur, la surprise, etc.; jouer l'affligé, jouer l'homme d'importance, etc., Feindre d'être affligé, d'être surpris, d'être un homme d'importance, etc.

Par extension, Jouer tel rôle, Figurer dans quelque affaire en telle ou telle qualité, ordinairement pour faire ou pour faciliter quelque tromperie. Dans ce prétendu marché, il joua le rôle de vendeur.

Fig., Jouer un rôle, Figurer dans quelque affaire, dans certains événements, y prendre part, soit à son avantage, soit d'une manière fâcheuse, avilissante, etc. Il vit bien qu'il jouait le rôle de dupe. Il a joué là un bien vilain rôle. L'armée joua un rôle dans cette révolution. Il joua un grand rôle dans ces événements. On le dit quelquefois de Choses personnifiées. Le rôle que joue la mémoire dans les opérations de l'entendement. On dit aussi, mais seulement en parlant des Personnes, Jouer un mauvais personnage, un sot personnage, etc.

Jouer un grand rôle signifie quelquefois, plus particulièrement, Faire une grande figure, occuper une grande place dans l'État. On dit, par opposition, Jouer un personnage.

JOUER se dit encore d'une Chose qui en imite une autre, qui en a l'apparence. Ce papier joue le velours. Cette étoffe joue la soie. Cette composition joue le diamant.

 

JOUET

 

n. m.

Il se dit des Objets qui servent à amuser les enfants. Le hochet est le jouet ordinaire des petits enfants. Par analogie, Le jouet d'un chat, d'un jeune chien. Tout sert de jouet aux jeunes animaux.

JOUET désigne aussi, figurément, Celui, celle dont on se joue ou une chose dont on s'amuse ou dont on semble s'amuser. Je ne veux pas lui servir de jouet. Être le jouet de la fortune, du sort, des événements, etc. Être le jouet de ses passions, de sa vanité. Être le jouet des caprices d'un maître. Un vaisseau qui est le jouet des vents.

 

JOUEUR, EUSE

 

n.

Celui, celle qui joue ou qui a le goût de jouer. Cet enfant est un bon joueur. Adjectivement, C'est un enfant joueur.

JOUEUR signifie également Celui, celle qui joue à quelque jeu où il y a des règles. Combien sont-ils de joueurs? Joueur de paume, joueur de pelote. Bon joueur de trictrac.

Beau joueur, ou Bon joueur, se dit de Celui qui joue franchement et qui est d'une humeur égale, soit qu'il gagne, soit qu'il perde. On dit, dans le sens contraire, Mauvais joueur.

Un rude joueur, Un homme avec qui il ne fait pas bon discuter, lutter.

JOUEUR se dit absolument de Celui qui a la passion du jeu, qui fait en quelque sorte métier de jouer. Ne donnez point votre fille à ce jeune homme, c'est un joueur. Cette femme est une joueuse de profession.

Joueur d'instrument, Celui qui joue de quelque instrument de musique.

 

JOUFFLU, UE

 

adj.

Qui a de grosses joues.

Cette femme est trop joufflue. Substantivement, Gros joufflu. Grosse joufflue. Ce mot est familier.

 

JOUG

 

(Quelques-uns prononcent le G.)n. m.

Pièce de bois que l'on pose sur la tête des boeufs et avec laquelle ils sont attelés pour tirer un chariot ou une charrue. Mettre les boeufs au joug, leur ôter le joug.

Il signifie, au figuré, Servitude, sujétion. Joug pesant, rude, insupportable. Joug honteux Le joug de la servitude. Mettre sous le joug. Tenir sous le joug. Imposer le joug. Porter le joug. Subir le joug. S'affranchir du joug. Secouer le joug. JÉSUS-CHRIST dit, dans l'Évangile, que son joug est doux.

 

JOUIR

 

v. intr.

Profiter d'une chose qu'on a, qu'on possède, en goûter le plaisir, l'agrément, etc. Jouir de sa bonne fortune. Il sait jouir de la vie. Il jouit du présent, sans trop s'occuper de l'avenir. Jouir de la victoire. Jouir des plaisirs du monde. Jouir de l'embarras de quelqu'un, de son affliction, de sa détresse, etc., Éprouver du plaisir à le voir ou à le savoir embarrassé, affligé, malheureux, etc.

Jouir de quelqu'un, Avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. Nous jouirons de lui pendant son séjour à la campagne. Il est si occupé que l'on ne saurait jouir de lui.

Il signifie aussi Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose et en tirer tous les profits, tous les avantages, etc. Jouir d'une terre, d'une pension. Jouir d'un privilège, du droit de... Jouir des droits civils, des droits politiques. Il est majeur, il jouit de son bien. Il ne jouit de rien. Jouir d'une honnête aisance. Jouir d'une parfaite santé. Jouir du repos. Jouir de la félicité, de la gloire éternelle. Jouir d'une grande réputation, d'un immense crédit. Jouir de la considération publique. Jouir de l'estime de quelqu'un. Jouir de la présence, de la société de quelqu'un. Par extension, en parlant des Choses, La réputation dont cet ouvrage a si longtemps joui.