Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Académie française · Chapitre 231 sur 1 033

Pages du PDF

Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Commencer

 

v. tr.

Faire le commencement d'une chose, Donner à une chose un commencement d'existence. Commencer un bâtiment. Commencer un ouvrage. Commencer un discours, etc.

COMMENCER DE désigne une action qui aura de la durée. Lorsqu'il commença de parler, chacun se tut pour l'écouter. Je commençais à peine de dormir, quand ce bruit me réveilla. On dit quelquefois Commencer à. Commençons à dîner. Ils commencèrent à jouer, etc.

COMMENCER À désigne aussi une action qui aura du progrès, de l'accroissement. Cet enfant commence à parler, à lire, à écrire. Ses nuits sont plus calmes, il commence à dormir un peu. Je commence à comprendre. Son orgueil commence à déplaire. La dispute commençait à s'échauffer.

Commencer l'année, commencer la journée, etc., Être encore dans les premiers temps de l'année, dans les premières heures de la journée, etc. Nous ne faisons que de commencer l'année. On ne fait que de commencer la campagne.

Commencer l'année, commencer la journée, etc., par telle ou telle chose, par faire telle ou telle chose, se dit en parlant de la Première chose qu'on fait au commencement de l'année, de la journée, etc. On dit à peu près dans le même sens Ce prince a commencé son règne en rétablissant le bon ordre dans ses États.

Commencer quelqu'un, Lui donner les premières leçons, les premiers commencements de quelque art, de quelque science. Ce maître de danse n'est bon qu'à commencer les enfants. C'est cet écuyer qui l'a commencé. Ce jeune homme a été bien commencé, mal commencé.

Commencer un cheval, Lui donner les premières leçons de manège.

Il s'emploie souvent absolument. Ce jeune homme a mal commencé. Je n'avais pas commencé, qu'il survint un importun. Quand commencerez-vous? Par où commencerez-vous? Il faut commencer par un bout et finir par l'autre. Chacun attendait, pour agir, qu'un autre commençât. Je ne fais que de commencer, que commencer. S'il continue comme il a commencé, il ira loin.

Il est aussi intransitif et signifie Entrer dans son commencement. L'année commençait. Les fêtes ont commencé. Le sermon commence. Ce livre, ce poème, ce discours commence bien. Le premier acte commence par une scène entre tels personnages. Par où la dispute a-t-elle commencé? Le spectacle a commencé à telle heure. Cette montagne, cette forêt commence en tel lieu, en tel pays, auprès de telle ville.

Il s'emploie aussi impersonnellement. Il commence déjà à faire jour. Il commençait à pleuvoir quand nous partîmes.

 

COMMENDATAIRE

adj. des deux genres

. Qui possédait un bénéfice en commende. Abbé commendataire.

 

COMMENDE

 

n. f.

Administration temporaire des revenus d'un bénéfice donnée autrefois par l'autorité ecclésiastique en attendant la nomination du titulaire. La commende était une dérogation au droit commun.

Il se disait aussi d'un Bénéfice donné par le roi à un séculier pour une abbaye régulière avec permission de disposer des fonds. Abbaye en commende.

 

COMMENSAL, ALE

 

n.

Celui, celle qui mange habituellement à la même table avec un autre. C'est mon commensal. Nous sommes commensaux. On dit aussi Être commensal d'une maison, Y être attaché, y manger habituellement. Il est familier.

 

COMMENSURABILITÉ

 

n. f.

T. de Mathématiques

. Rapport de nombre à nombre entre deux grandeurs qui ont une mesure commune.

 

COMMENSURABLE

 

adj. des deux genres

. T. de Mathématiques

. Qui a, avec une autre grandeur, une commune mesure. Tous les nombres entiers et fractionnaires sont commensurables entre eux. Lignes commensurables entre elles. Grandeurs commensurables.

 

COMMENT

 

adv.

De quelle sorte, de quelle manière. Si vous voulez savoir comment la chose s'est passée, je vous le dirai. Voyons comment il en sortira. Je ne sais comment il peut subsister. Il a, je ne sais comment, trouvé le moyen de s'évader. Comment se porte-t-il? Comment a-t-il pu se sauver? Comment cela? Comment faire?

Il s'emploie isolément pour demander quelques explications. Comment? Que dites-vous?

Il s'emploie aussi par exclamation pour marquer l'étonnement où l'on est de quelque chose ; et alors il signifie Eh quoi! Est-il possible! Comment! vous voilà? Comment! malheureux, avez-vous bien l'assurance de soutenir cela? Comment! est-il donc vrai qu'il soit mort?

Il se dit aussi dans le sens de Pourquoi, d'où vient que? Comment vous êtes-vous avisé de venir ici? Comment s'est-il adressé à moi plutôt qu'à un autre?

Il s'emploie aussi quelquefois comme nom. Savoir le pourquoi et le comment d'une chose.

 

COMMENTAIRE

 

n. m.

Éclaircissements, observations et remarques sur un livre, sur un texte, pour en faciliter l'intelligence. Ample commentaire. Commentaire sur la Bible. Commentaire sur Aristote. Ce livre est si obscur et si difficile qu'on ne peut le comprendre sans commentaire. Les commentaires sur le Code civil.

Fig. et fam., Cela se passe de commentaires, se dit d'une Chose qui est très claire, qui n'a pas besoin d'être expliquée.

Fig. et fam., Point de commentaire, se dit pour imposer silence à un inférieur qui se permet de faire des observations sur ce qu'on lui ordonne ou sur ce qu'on lui défend.

Il se dit encore, figurément et familièrement, de l'Interprétation, le plus souvent maligne, qu'on donne aux paroles ou aux actions de quelqu'un. Voilà comme il a conté le fait ; mais le commentaire ajoute, dit que... Il fait des commentaires sur les actions de tout le monde. On ferait là-dessus un beau commentaire. On fit divers commentaires sur cette action-là.

COMMENTAIRES, au pluriel, est le Titre de certaines histoires écrites par ceux qui ont eu la plus grande part aux faits qui y sont rapportés. Les Commentaires de César. Les Commentaires de Montluc.

 

COMMENTATEUR

 

n. m.

Celui qui fait un commentaire, des commentaires. Les commentateurs de la Bible. Les commentateurs d'Aristote, d'Homère. Les commentateurs du Code.

 

COMMENTER

 

v. tr.

Interpréter par un commentaire, par des commentaires. Commenter la Bible, Homère, Virgile, etc. Absolument, Il sait très bien commenter. Par extension, Il en dit plus qu'il n'y en a, il commente un peu, Il ajoute malignement à la vérité de la chose.

Il est aussi intransitif et a un complément précédé de la préposition Sur. Il commente sur tout. Je ne crains point que l'on commente sur mes actions. Il n'y a point à commenter là-dessus.

 

COMMÉRAGE

 

n. m.

Propos de commère. Des commérages de concierge. Il est familier.

 

COMMERÇANT, ANTE

 

adj.

Qui commerce, où il se fait un grand commerce. Les peuples commerçants. Une nation, une ville, une rue commerçante.

Il est souvent employé comme nom et se dit de Ceux qui font leur profession du commerce. Un bon commerçant. Un riche commerçant. Un notable commerçant.

 

COMMERCE

 

n. m.

Trafic, négoce de marchandises, d'argent, soit en gros, soit en détail. La liberté, la facilité du commerce. Défendre, interdire, gêner le commerce. Le commerce va bien, ne va plus. Le commerce enrichit un État, est la richesse d'un État. Commerce de gros. Commerce de détail. Commerce maritime. Commerce intérieur. Commerce extérieur. Le commerce des soies, des soieries, des toiles, des cuirs, etc. Navires de commerce. Maison de commerce. Effets de commerce. Commerce avantageux, lucratif. Faire le commerce. Être dans le commerce. Livres de commerce. Traité de commerce. Tribunal de commerce. Code de commerce. Le Ministère du Commerce.

Chambres de commerce, Corps électifs qui, en matière commerciale et industrielle, assurent, dans les villes, l'exécution de certains travaux et la gestion de certains services d'intérêt local, émettent des voeux, donnent des avis au gouvernement.

En termes de Droit, Les choses qui sont dans le commerce, Les choses qui peuvent faire l'objet de transactions.

Fig., Faire un mauvais, un méchant, un vilain commerce, un honteux, un infâme commerce, Se mêler de quelque pratique ou de quelque intrigue qui n'est pas honnête.

Il désigne quelquefois par extension l'Ensemble des commerçants et négociants. Cette loi a mécontenté le commerce. Le haut commerce. Le petit commerce.

Il se dit figurément des Liaisons, des rapports, des communications que les personnes ont les unes avec les autres, pour quelque objet que ce soit. Dans le commerce de la vie. Dans le commerce du monde. Avoir commerce, entretenir commerce avec quelqu'un. Ils ont grand commerce ensemble. Ils sont en grand commerce l'un avec l'autre. Il a rompu tout commerce avec ces gens-là. Ils entretiennent commerce de lettres ou par lettres. Commerce d'esprit. Commerce d'idées, de sentiments. Commerce de galanterie.

Avoir commerce, être en commerce avec... se dit aussi des Rapports charnels entre deux personnes de sexe différent.

Être d'un commerce agréable, d'un bon commerce, Être d'agréable société. Être d'un commerce sûr, Être discret, savoir garder les secrets dont on a reçu confidence.

Jeu de commerce, Jeu de cartes où le calcul entre pour quelque part.

 

COMMERCER

 

v. intr.

Faire le commerce. Commercer dans le Levant, en Espagne, dans les colonies. Cette nation commerce avec tous les peuples de la terre.

Il signifie aussi figurément Avoir des rapports de société avec une ou plusieurs personnes. C'est en commerçant avec les hommes qu'on apprend à les conduire. On est parvenu à amener les sourds-muets à pouvoir commercer avec les autres hommes.

 

COMMERCIAL, ALE

 

adj.

Qui a rapport au commerce. Règlements, statuts commerciaux. Affaires, matières commerciales. Opérations, entreprises commerciales. Agents commerciaux. Les transactions sur les immeubles ne sont pas considérées par la loi française comme des opérations commerciales.

Liberté commerciale, Liberté des échanges entre les différents pays.

 

COMMERCIALEMENT

 

adv.

D'une manière commerciale, par rapport au commerce.

 

COMMÈRE

 

n. f.

La marraine d'un enfant, par rapport tant au parrain qu'au père et à la mère de l'enfant.

Il se dit aussi familièrement d'une Femme de basse condition, qui veut savoir toutes les nouvelles du quartier et qui parle de tout à tort et à travers. C'est une commère, une vraie commère, une franche commère.

Il se dit, par extension, de Toute autre femme, de quelque condition qu'elle soit, qui a le même défaut. On peut même quelquefois l'appliquer aux hommes. Cet homme est une vraie commère.

Il s'emploie aussi comme une appellation familière, entre gens du peuple qui ont des relations fréquentes. Que dites-vous, ma commère?

Fam., C'est une commère, une fine commère, une maîtresse commère, C'est une femme qui a de la tête, une femme hardie, que rien ne rebute.

Il se dit aussi, en termes de Théâtre, d'Un des deux personnages principaux d'une Revue. Voyez COMPÈRE.

 

COMMÉRER

 

v. intr.

Faire des commérages.

 

COMMETTANT

 

n. m.

Celui qui charge un autre du soin de ses intérêts politiques ou privés. Rendre compte à ses commettants. Son commettant lui a donné des instructions fort étendues.

 

COMMETTRE

 

(Il se conjugue comme METTRE.)v. tr.

Faire tel ou tel acte blâmable. Commettre un crime, une faute, une méchante action. Commettre un péché. Il n'a commis en cela qu'une faute légère. Ils commirent de grands excès.

Il signifie aussi Préposer quelqu'un à quelque chose. Commettre un homme à un emploi. Il fut commis à l'exercice de telle charge. Ce sont des gens qu'on a commis exprès pour cela.

En termes de Pratique, On a commis tel juge pour informer. Juge commis pour examiner une affaire. Commettre un rapporteur, Nommer un juge pour être rapporteur dans une affaire

Il signifie encore Confier. J'ai commis cela à vos soins. Je vous en ai commis le soin. Un dépôt commis aux soins de quelqu'un.

Il signifie aussi Compromettre, Exposer mal à propos à quelque danger, à quelque embarras, à quelque avanie, etc. Commettre sa réputation.

Se commettre avec quelqu'un, Se mettre en rapports avec des gens méprisables. Vous ferez bien de ne vous pas commettre avec lui, c'est un homme dangereux.

En termes de Marine, il signifie Tordre ensemble plusieurs torons pour en former un cordage. Commettre un cordage.

 

COMMINATOIRE

 

adj. des deux genres

. T. de Jurisprudence

. Qui renferme quelque menace, en cas de contravention. Clause comminatoire. Disposition comminatoire. Jugement, sentence comminatoire. Les peines comminatoires ne sont point encourues de plein droit et peuvent n'être pas infligées.

Dans une acception plus large, il se dit de Ce qui implique, contient une menace. Propos comminatoires. Ton comminatoire.

 

COMMIS

 

n. m.

Celui qui, dans une administration, une banque ou une maison de commerce, est chargé d'un emploi dont il doit rendre compte. Commis de magasin. Les commis d'une administration, d'un greffe. Commis expéditionnaire. Commis de bureau. Il a plusieurs commis sous ses ordres. Premier commis.

Commis voyageur, Commis qui voyage pour les affaires d'une maison de commerce.

 

COMMISÉRATION

 

n. f.

Sorte de pitié qu'on ressent pour ceux qui se sont rendus coupables de fautes, qui ont commis des actes contraires à la morale, à la religion. L'Évangile nous enseigne la commisération pour les pécheurs.

 

COMMISSAIRE

 

n. m.

Celui qui est commis pour remplir des fonctions ordinairement temporaires et relatives à un objet particulier. Des commissaires furent nommés, de part et d'autre. l'assemblée élut deux commissaires pour prendre les dispositions convenables.

Commissaires du gouvernement, Officiers du ministère public près de certains tribunaux. Commissaire du gouvernement près le tribunal de..., près du Conseil de guerre. Il se dit aussi des Hauts fonctionnaires de l'État désignés par le gouvernement pour soutenir devant les Chambres des projets de loi émanant de l'initiative gouvernementale. Le commissaire du gouvernement monta à la tribune.

Il se dit encore des Fonctionnaires chargés de la surveillance des compagnies financières ou industrielles. Commissaire du gouvernement près de telle compagnie. Dans les gares principales des chemins de fer, il y a des commissaires de surveillance.

Il s'est dit, à certaines époques, des Délégués chargés par le gouvernement central de missions politiques temporaires dans les différentes parties de la France. Commissaire des guerres, Officier qui était préposé pour avoir soin de la police des troupes dans la marche, pour les passer en revue et pour les faire payer. Commissaire des vivres, ou aux vivres, Officier qui était préposé ou commis pour avoir soin des vivres d'une armée ou d'une place de guerre.

On dit encore aujourd'hui Haut commissaire pour désigner un Délégué du gouvernement dans des pays occupés militairement ou des pays de protectorat.

Commissaire de marine, Officier préposé pour avoir soin de ce qui concerne l'équipement et l'approvisionnement des vaisseaux de l'État, pour payer les soldes, etc. Commissaire général de la marine. Commissaire de première classe, de seconde classe. Sous-commissaire.

Commissaire de police, ou simplement Commissaire, Officier public chargé, dans les villes, de faire observer les règlements et les ordonnances de police. Faire sa plainte, porter sa plainte devant un commissaire, devant le commissaire, au commissaire. Le commissaire avait son écharpe. On le conduisit chez le commissaire du quartier. Commissaire de police d'un arrondissement. Il y a dans certaines villes un commissaire de police général ou central.

Commissaire spécial, Celui qui est chargé de la surveillance des frontières.

Commissaire priseur, Officier qui préside à la vente des objets mobiliers qui se fait en public et les adjuge au plus offrant et dernier enchérisseur.

Il se dit, dans un sens particulier, d'un Juge délégué par le tribunal auquel il appartient, pour procéder à certaines opérations et en faire son rapport, lorsqu'il y a lieu. Le commissaire s'est transporté sur les lieux. On dit plus ordinairement aujourd'hui Juge commissaire. Voyez JUGE.

Il signifie aussi Membre d'une commission. L'Académie nomma une commission de cinq membres : les commissaires firent leur rapport.

Commissaire d'un bal, d'une fête, d'un banquet, Ceux qui sont chargés d'en diriger les préparatifs et d'en faire les honneurs.

 

COMMISSARIAT

 

n. m.

Qualité, emploi de commissaire. Cet employé a obtenu un commissariat.

Haut commissariat, Dignité du haut commissaire. Voyez COMMISSAIRE.

Il se dit encore du Lieu où siège le commissaire. Dans tous les grands ports, il y a un commissariat de marine. Le commissariat de police.