Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Académie française · Chapitre 382 sur 1 033

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Dictionnaire Academie francaise 8e édition 1932-35

Estimation

 

n. f.

Action de priser quelque chose, d'en estimer la valeur. Juste estimation. Prisée et estimation des meubles. Suivant l'estimation qui en sera faite. Je m'en rapporte à l'estimation des experts. Les enchères n'ont pas atteint le prix de l'estimation.

Il s'emploie quelquefois en termes de Marine. Voyez ESTIME.

 

ESTIMATOIRE

 

adj. m.

Voyez ESTIMATIF.

 

ESTIME

 

n. f.

Opinion favorable que l'on a de quelqu'un, fondée sur la connaissance de son mérite, de ses bonnes qualités, de ses vertus. Avoir, sentir, concevoir, prendre de l'estime, beaucoup d'estime, bien de l'estime pour quelqu'un. Il a l'estime de ses confrères, l'estime générale. J'ai pour lui une estime particulière, la plus haute estime. Je l'ai en grande estime. Honorer quelqu'un de son estime. Acquérir l'estime publique. Il a l'estime et l'affection de tous les gens de bien. Estime de soi- même. On dit de même J'ai beaucoup d'estime pour son mérite, sa conduite inspire beaucoup d'estime.

Il se dit aussi du Cas que l'on fait de certaines choses. Les sciences étaient en grande estime chez ce peuple. On dit ironiquement Un succès d'estime.

En termes de Marine, il se dit du Calcul approximatif que le pilote fait tous les jours de la distance parcourue par le navire, afin de juger à peu près du lieu où l'on est et du chemin qu'on a fait. Ce pilote s'est trompe dans son estime. L'estime qu'il avait faite ne s'est pas trouvée juste. Naviguer à l'estime. On dit aussi ESTIMATION. Il se dit dans ce sens dans le langage courant. À mon estime.

 

ESTIMER

 

v. tr.

Priser quelque chose, en apprécier, en déterminer la valeur. Les héritiers ont fait estimer les meubles, les terres, la maison. Cette terre a été estimée tant, estimée à tant. Combien estimez-vous cela? J'estime mon cheval deux mille francs.

Il signifie aussi Avoir une opinion avantageuse de quelqu'un, de quelque chose, en faire cas. On estime fort cet homme-là. Il se fait estimer partout. J'estime son mérite, sa vertu. S'il a fait cette action, je l'en estime davantage. S'estimer à sa juste valeur. Souvent on s'estime trop soi-même. Ils s'estiment réciproquement.

Il peut signifier aussi simplement Avoir une opinion sur une personne ou sur une chose. Il estimait cette place imprenable. Être estimé sage, savant. J'estime que cela est. J'estime qu'il pourrait faire quelque difficulté. J'estime qu'il faudra dix heures pour faire la route. Je m'estime heureux d'avoir échappé à ce danger.

 

ESTIVAGE

 

n. m.

Action d'estiver. L'estivage des troupeaux.

 

ESTIVAL, ALE

 

adj.

Qui naît ou qui produit en été. Fleurs estivales. Plantes estivales.

Maladies estivales, Maladies qui règnent en été.

Stations estivales, Stations d'eaux fréquentées pendant l'été.

 

ESTIVER

 

v. tr.

Faire séjourner des troupeaux dans les montagnes pendant les chaleurs de l'été et la sécheresse des pâturages.

 

ESTOC

 

(On prononce le C.)n. m.

Épée longue et étroite qui ne servait qu'à percer.

Il se dit encore de la Pointe d'une épée, d'un sabre, dans cette phrase familière, Frapper d'estoc et de taille, Frapper de la pointe et du tranchant.

En termes d'Eaux et Forêts, il signifie Tronc d'arbre. Couper un arbre à blanc estoc, Le couper à fleur de terre jusqu'à la souche. On dit aussi Couper une forêt, faire une coupe à blanc estoc, En couper tout le bois, sans y laisser de baliveaux.

 

ESTOCADE

 

n. f.

Grand coup allongé d'épée ou de fleuret, que dans la salle d'armes on appelle Botte. On lui porta une si rude estocade qu'il ne put la parer. Grande estocade. Il lui allongea deux ou trois estocades coup sur coup.

 

ESTOCADER

 

v. intr.

Porter des estocades. Il estocade rudement. Ils ont estocadé longtemps avant de se toucher.

Il signifie, figurément et familièrement, Se presser l'un l'autre par de vives raisons, par des arguments. Ce sens a vieilli.

 

ESTOMAC

 

(On ne prononce pas le C.)n. m.

Organe intérieur qui, dans le corps de l'homme ou de l'animal, est destiné à recevoir et à digérer les aliments. L'estomac est un viscère. L'orifice supérieur, l'orifice inférieur de l'estomac. Bon estomac. Estomac débile. Mauvais estomac. Estomac plein. Estomac vide. Se remplir l'estomac. Ces viandes sont pesantes sur l'estomac, chargent l'estomac. Son estomac ne digère point. Les animaux ruminants ont plusieurs estomacs.

Fig. et fam., Il a un estomac d'autruche, c'est un estomac d'autruche, il digérerait le fer. Voyez AUTRUCHE.

Fig. et fam., Avoir de l'estomac, Avoir du courage, de la force de résistance, de la ténacité.

Il se prend aussi pour la Partie extérieure du corps qui répond à la poitrine et à l'estomac. Le creux de l'estomac. Il lui donna un coup de poing dans l'estomac.

 

ESTOMAQUER

 

v. tr.

Étonner fortement et même offenser par ce que l'on dit ou ce que l'on fait. De tels actes m'ont estomaqué. J'en ai été tout estomaqué. Ce n'est pas la peine de vous estomaquer pour si peu. Il n'a pas sujet de s'estomaquer, de s'en estomaquer. Il est familier.

 

ESTOMPE

 

n. f.

T. de Beaux-Arts

. Petit rouleau pointu, fait de peau, de coton ou de papier, avec lequel on étend le crayon ou le dessin. Se servir de l'estompe. Dessin à l'estompe.

 

ESTOMPER

v. tr.

T. de Beaux-Arts

. Dessiner, ombrer avec l'estompe. Estomper légèrement. Fig., Le paysage était estompé par une buée légère, par des vapeurs légères. On dit quelquefois La ligne de montagnes s'estompe de vapeurs roses.

Il signifie aussi figurément Adoucir, atténuer. Il a estompé dans son discours toute cette partie.

 

ESTOUFFADE

 

n. f.

T. de Cuisine

. Voyez ÉTOUFFÉE.

 

ESTRADE

 

n. f.

Construction, généralement en bois, élevée d'une ou de plusieurs marches sur le plancher d'une chambre, d'une salle ou en plein air. Un lit élevé sur une estrade. Le trône était placé sur une estrade. Les autorités étaient assises sur l'estrade.

Fig., Monter sur l'estrade, Se donner en spectacle, parader.

Il signifiait autrefois Chemin dans ces locutions, usitées parmi les gens de guerre : Battre l'estrade, Parcourir la campagne, aller à la découverte, pour connaître la position, les mouvements de l'ennemi; et, Batteurs d'estrade, Gens détachés d'une troupe pour aller à la découverte, éclaireurs.

Batteurs d'estrade, se dit encore, familièrement, de Ceux qui perdent leur temps à courir les grands chemins, des coureurs d'aventures.

 

ESTRAGON

 

n. m.

Herbe potagère odoriférante dont on se sert comme assaisonnement. Il y a trop d'estragon dans votre salade. Vinaigre à l'estragon. Poulet à l'estragon.

 

ESTRAMAÇON

 

n. m.

Tranchant d'une épée.

Coup d'estramaçon, Coup porté avec le tranchant de l'épée, par opposition à Estocade, Coup porté avec la pointe. Il est peu usité.

 

ESTRAPADE

 

n. f.

Supplice qu'on faisait souffrir à un condamné, en l'élevant au haut d'une longue pièce de bois, les mains liées derrière le dos avec une corde qui soutenait tout le poids du corps, et en le faisant tomber avec raideur jusqu'à deux ou trois pieds de terre ou dans l'eau.

Il s'est dit aussi de l'Espèce de potence au haut de laquelle on élevait un condamné pour lui donner l'estrapade.

Il se dit par analogie, en termes de Gymnastique, de l'Action de se suspendre par les mains à une corde et de faire passer le corps entre les deux bras écartés.

 

ESTRAPASSER

 

v. tr.

T. de Manège

. Fatiguer, excéder un cheval, en lui faisant faire un trop long manège.

 

ESTROPIER

 

v. tr.

Priver de l'usage d'un membre, soit par une blessure, soit par quelque coup, soit par une maladie. Il a reçu dans le bras, dans le genou un coup de feu qui l'a estropié. Une paralysie l'a cruellement estropié. Substantivement, Un estropié, une estropiée.

Fig., Estropier un passage, une pensée, un exemple, une citation, etc., En retrancher une partie, dont la suppression altère le sens. Estropier un vers, Le dire de telle façon que le rythme disparaît.

Fig. et fam., Estropier un nom propre, Le défigurer en le prononçant ou en l'écrivant. On dit dans le même sens Estropier les mots d'une langue.

 

ESTUAIRE

 

n. m.

T. de Géographie

. Sinuosité du littoral, qui n'est couverte d'eau qu'à la marée montante.

Il se dit surtout, par analogie, de l'Embouchure d'un fleuve qui forme une sorte de baie large et longue. L'estuaire de la Seine. L'estuaire de la Gironde.