Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 99 sur 319

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Point Zéro

13 h 10 UTC

— On est trop profond sous la glace, ça ne passe pas.

— Il faut aller voir, dit Caleb. Nous reprendrons cette conversation plus tard, monsieur Kjölsrud. »

One-Shot s’était déjà levé pour l’accompagner. « Je viens aussi », lança Poppy alors que le géant saisissait une arme et emboîtait le pas de Caleb.

 

13 h 10 UTC

 

Le capitaine Edward P. Tomlinson contemplait ses écrans morts avec incrédulité. À soixante-quatre ans, l’ancien capitaine de frégate de l’US Navy avait survécu à trois guerres et à un nombre incalculable de fortunes de mer sans jamais perdre un bâtiment. C’est dire qu’il n’était pas précisément tombé de la dernière pluie. Mais ce qui se produisait en ce moment dépassait sa compréhension.

Il venait de faire le point météo avec le centre d’Atlanta et s’apprêtait à lancer les routines système de fin de quart quand tout s’était éteint sur la passerelle : moniteurs, consoles holo, pupitres de navigation. L’éclairage au plafond avait aussi sauté, et le chuintement de l’air conditionné s’était interrompu tout comme le murmure discret des refroidissements des unités centrales. Panne électrique généralisée.

Ce qui était impossible.

Tomlinson connaissait suffisamment son navire pour n’avoir aucun doute à ce sujet. Tous les systèmes vitaux du Defender étaient triplement redondants, avec une électronique blindée de classe militaire. Il y avait non pas un, mais deux générateurs auxiliaires, et, dans l’éventualité hautement improbable où les deux tomberaient en rideau en même temps, une alim de secours pouvait être fournie par les panneaux photovoltaïques du pont supérieur. Aucun de ces systèmes de sécurité ne s’était déclenché.

Il y avait encore plus inquiétant.

Le sifflement presque inaudible des deux grosses turbines à gaz tournant au ralenti depuis que le navire était au mouillage avait également cessé, laissant la place à un silence inhabituel. Là encore, c’était impossible, puisque les câblages et les alimentations des deux unités motrices étaient strictement indépendants.

Quelle que soit la panne, il allait falloir la régler très vite. Pas d’électricité, cela voulait dire pas de chauffage, pas d’eau douce et plus aucun contact avec le monde extérieur. Et dans ces eaux dangereuses, avec la tempête d’anthologie qui s’apprêtait à déferler, l’absence de propulsion pourrait vite se révéler dramatique. Tel que je connais O’Brien, il doit déjà être au boulot. Sans même réfléchir, Tomlinson décrocha l’intercom pour joindre le chef mécanicien.

Aucune tonalité. Tu aurais dû y penser ! pesta l’officier en saisissant le combiné de secours qui fonctionnait sur batteries.

Mort lui aussi.

Tomlinson commençait à se demander s’il n’était pas en train de rêver. Il tapota nerveusement le petit appareil : les voyants de charge et d’allumage étaient bien allumés, mais aucun son ne sortait de l’écouteur, comme s’il n’y avait aucune porteuse.

Renonçant à comprendre comment une panne électrique pouvait aussi affecter les ondes VHF d’un émetteur autonome, le capitaine se leva d’un bond. Inutile de perdre ton temps ici. Descends tout de suite aux machines, O’Brien va t’expliquer ce qui se passe. En trois enjambées, Tomlinson avait déjà atteint la porte de la timonerie ; il s’apprêtait à l’ouvrir quand un mouvement à l’extérieur attira son attention. Il tourna machinalement son regard vers le large.

Et se figea de stupéfaction.

Nom de Dieu ! D’où sortent ces guignols ?

À moins de cinquante mètres à tribord, deux zodiacs noirs remplis de types en tenue commando fondaient sur le Global Defender.

À l’instant où Tomlinson se ruait hors de la passerelle, le choc sourd d’un grappin se fit entendre vers la proue. Immédiatement suivi d’une série de claquements plus secs : les ventouses magnétiques que les commandos étaient en train d’amorcer pour escalader le bordé.

Tu as encore moins de temps que tu pensais. Dans quelques secondes, ils seront à bord.

Il s’immobilisa en haut de l’échelle qui menait au pont, réalisant que le nombre de ses options était proche de zéro. Il n’était pas armé, non plus qu’aucun des membres de l’équipage permanent du Defender. Les seules personnes à même de défendre le navire étaient les six ou sept hommes de Poppy qui devaient actuellement se trouver au carré ou dans leurs quartiers, mais il n’avait plus le temps de les prévenir.