Point Zéro
03 h 14 UTC
Iazov haussa les épaules. Baranko avait raison. Bien que le Vladimir Karvaiyski fût affecté depuis plusieurs années à la desserte des bases scientifiques russes en Antarctique, il n’en avait pas moins conservé l’armement lourd qui était le sien lorsqu’il servait comme Garde–côtes dans l’Océan Arctique. Son équipement se composait d’un canon jumelé de
76 mm à la proue et surtout de deux unités CIWS(31) sur tourelles orientables à 360° placées de part et d’autre de la superstructure, juste en arrière de la grosse cheminée ; chacune d’entre elles comportait un canon AK-630 à six tubes rotatifs de 30 mm, lointain rejeton de la célèbre mitrailleuse Gatling capable de tirer cinq mille obus par minute avec une portée utile de quatre kilomètres.
« Et même s’ils parvenaient à franchir le barrage, continua Baranko, il nous reste les hélicos. Chacun d’eux est beaucoup plus rapide que…»
Il s’interrompit soudain et porta la main au combiné microoreillette dissimulé sous son épaisse oucbanka fourrée. Il écouta quelques secondes, puis son visage s’allongea en une mimique où se mêlaient étonnement et sarcasme : « C’est Tomski, général, dit–il. Je crois que vous n’allez pas apprécier.
— Quoi encore ? Qu'est–ce qu’il veut ?
— Il dit qu’il a l’avion en visuel depuis dix minutes. Il a entendu une explosion mais n’a reçu aucun feu vert du groupe un pour attaquer. Il demande quoi faire. »
03 h 14 UTC
One-Shot sauta de la porte de la soute et poussa un grognement de douleur quand le choc se répercuta dans son épaule blessée. Le géant était lourdement chargé : outre son fidèle Dragunov SVD à la crosse couverte d’entailles, il portait en bandoulière sa grosse mitrailleuse General Dynamics LW50 – pas loin de trente–cinq kilogrammes avec son trépied et le chargeur latéral de 100 cartouches.
Dès qu’il se fut redressé, le colosse se précipita vers le flotteur bâbord, où Poppy Borghese et Vandell Richardson s’étaient déjà mis à l’abri. Derrière lui, un choc souple lui apprit que Jenkins venait à son tour de sauter sur le tarmac ; le flegmatique sniper texan, muni de son fusil de précision KAC SR -25 à silencieux, se hâta de les rejoindre derrière leur cachette. Juste à côté d’eux, la masse gigantesque du Dornier leur donnait l’impression de se tenir contre le flanc d’une baleine échouée.