Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 218 sur 319

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Point Zéro

09 h 25 UTC

Caleb ne l'écoutait plus. Il se tourna vers Kjölsrud : « Vous saviez ça depuis longtemps, n’est–ce pas ? Bien avant le début de cette aventure. peut–être même avant le début du projet Longspoon ?

— Continuez, Caleb, se contenta de dire le vieil homme avec un mince sourire.

— Et je serais prêt à parier que ce n’est pas en tant que jeune pilote d’hydravion que vous avez été recruté. Vous avez joué un rôle de premier plan dans ce projet. peut–être en êtes–vous même l’initiateur ? En tous cas, vous étiez déjà un homme important à l’époque… Quel âge avez–vous exactement, monsieur Kjölsrud »

À ce moment, deux événements inattendus se produisirent de façon quasi simultanée.

Kendall Kjölsrud éclata de rire.

Et les six moteurs du Dornier s’arrêtèrent.

 

09 h 25 UTC

 

Sur l’écran de poupe, les contours de la baie d’Ushuaïa se dissipaient lentement dans la pénombre glacée. Il était 6 h 25 heure locale, et le soleil ne se lèverait que dans une demi–heure ; vers l’ouest, une aube blafarde commençait à poindre, perçant avec difficulté les paquets de brume qui s’appesantissaient sur les flots.

Le capitaine John « White Eagle » Davenport, seul sur la passerelle de l’USCGC Stratton, contempla une nouvelle fois avec perplexité le message crypté qui était tombé moins d’une heure auparavant sur la console satcom du CO. Bien qu’il n’eût qu’une moitié de sang indien et que son père fut d’ascendance Crow, ses hommes le surnommaient affectueusement « l’Apache » – chose qu’il feignait d’ignorer, mais qui, en réalité, lui procurait un secret plaisir. Ses qualités de marin doublées d’un solide bon sens et d’une profonde intelligence tactique lui avaient valu, à moins de quarante ans, d’obtenir le poste envié de commandant de l’un des bâtiments les plus modernes du Corps des Garde–côtes des Etats–Unis. Il n’avait pas pour habitude de discuter les instructions de sa hiérarchie, néanmoins, en ce moment précis, il aurait bien cédé un mois de sa solde pour savoir ce qui était en train de se passer.

L’ordre émanait de la Maison-Blanche – Davenport effectua un rapide calcul mental et réalisa qu’il était quatre heures et demie du matin à Washington – et portait la signature numérique du chef d’état–major interarmes en personne. Ce qui signifiait, en clair, que l’état–major des Garde–côtes avait été purement court-circuité. Le contenu du message n’en était pas moins déconcertant : rejoindre de toute urgence une position située par 56,0300 sud et 53,8750 ouest, soit à près de trois cents milles au sud-est des îles Falkland. Y faire sa jonction avec l’USS North Carolina qui serait déjà sur place. Et attendre la suite des instructions.

L’USS North Carolina.

Un sous–marin nucléaire d’attaque.

Perdu dans ses pensées, Davenport observa d’un œil distrait le phare des Éclaireurs, modeste tour barrée de blanc et de rouge à l’extrémité orientale de la baie, que le Stratton était en train de doubler à un demi-mille sur bâbord. Il leur faudrait ensuite deux heures pour remonter vers l’est les soixante nautiques du canal Beagle, puis ce serait l’Atlantique et le début proprement dit de leur mission. L’officier avait du mal à imaginer quelle situation pouvait motiver une telle précipitation. En soi, l’existence de manœuvres conjointes entre la Navy et les Garde–côtes n’avait rien d’extraordinaire, et cette collaboration était même amenée à s’intensifier dans le cadre du programme de convergence des forces navales décrété suite aux événements de 2016. Mais un sous–marin nucléaire ? Et pour une opération semble-t–il décidée au milieu de la nuit ?

« Lieutenant, demanda Davenport, vous avez quelque chose sur le North Carolina ? »

Le grade était de pure forme, mais, dans la mesure où l’IA tactique remplissait – et fort bien – son rôle d’officier chef de quart, la plupart des membres d’équipage avaient pris l’habitude de l’appeler ainsi. Ce qui n’avait nullement l’air de la déranger.

< Bâtiment à propulsion nucléaire d’attaque de classe Virginia, monsieur. Immatriculation SSN-777, mis en service en mai 2008. Commandant actuel : capitaine Pamela C. Chadwick. Au cours des cinq dernières années, le North Carolina a principalement été affecté à des missions de renseignement et d’infiltration dans le Golfe et le long de la corne de l’Afrique. Cela étant, je doute que la Navy nous communique en temps réel le détail de ses allées et venues… >