Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 270 sur 319

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Point Zéro

13 h 19 UTC

Ce qu’ils avaient décidé de tenter était par contre tout à fait dans ses cordes, même si elle demeurait quelque peu sceptique quant à l’issue du plan.

« Le commandant à tout l’équipage, murmura–t–elle dans son communicateur. Tout le personnel de quart au poste de combat. On reste au rouge, condition supersilence maintenue jusqu’à la fin de l’opération. Monsieur O’Malley ?

— Madame ? répondit aussitôt le capitaine Leroy O’Malley, commandant en second du sous–marin.

— Faites chasser doucement et stabilisez-nous à cent cinquante mètres, assiette zéro. En avant tout doux au 237, je veux qu’on fasse presque du surplace. Poste torpille, la solution de tir est entrée ?

— Oui, madame, transmit le premier maître Cordell depuis sa console du CO. Solution entrée et validée. En attente de vos ordres.

— Attendez pour lancer, monsieur Cordell. On n’a pas encore le top départ…»

Un infime mouvement de roulis se fit sentir pendant que l’USS North Carolina remontait doucement et dans un silence absolu vers le rebord de la falaise immergée.

C’est parti, songea le capitaine Chadwick. Dans dix minutes, on sera des légendes vivantes ou des connards morts.

 

13 h 19 UTC

 

Les deux F-35C des lieutenants Terry Collins et Sammy Davidson passèrent le mur du son à huit mètres au–dessus du pont d’envol de l’Ivan Grozny, et respectivement à quatorze et quarante mètres en avant de la passerelle de commandement où se trouvaient réunis l’amiral Atanassiev et les officiers supérieurs du porte–aéronefs.

L’effet produit par le double bang surpuissant fut dévastateur. L’une des grandes baies vitrées donnant sur bâbord, pourtant en verre renforcé, explosa en milliers de fragments tranchants – fort heureusement, il ne se trouvait personne à proximité. Les autres résistèrent à l’onde de choc, mais celle située juste en face de l’amiral se fissura sur toute sa hauteur. Tous les appareils électriques de la passerelle disjonctèrent, et le générateur de secours démarra aussitôt ; il se passa tout de même deux ou trois secondes avant que le courant ne revienne, ce qui se manifesta par le déclenchement d’une centaine d’alarmes sonores et lumineuses. Différents interphones se mirent à sonner à leur tour, pendant que des voix affolées se faisaient entendre de partout, ajoutant au vacarme ambiant. Mais le pire était à l’extérieur, où des dizaines d’hommes d’équipage gisaient sur le pont en se tenant la tête ou en se tordant de douleur.

L’amiral Atanassiev sembla un instant changé en statue de marbre. Il serrait toujours sa tasse de café, dont il n’avait pas renversé une goutte. Ce n’était pas le cas de son officier en second, dont la veste d’uniforme naguère immaculée s’ornait à présent d’une large tache marron. L’amiral finit par se tourner dans sa direction, lui jeta un regard indéchiffrable et lui dit en forçant la voix pour couvrir le tumulte. « Dites-moi, monsieur Zaitssov… C’est bien un F-35 américain qui vient de renverser votre tasse ?

— Monsieur… Je… je… bredouilla le malheureux, blanc comme un linge.

— Je suppose que ça veut dire oui. Vous êtes conscient qu’il s’agit d’un fiasco lamentable des systèmes de contre–mesures que vous êtes chargé de superviser ? »

L’homme devint plus pâle encore, si c’était possible. « Mais, monsieur, je…

— Nous définirons plus tard les responsabilités, Zaitssov. En attendant, je veux un rapport d’avaries complet dans cinq… non, dans deux minutes. Et faites-moi taire ces foutues alarmes, nom de Dieu ! »

Le commandant Zaitssov salua hâtivement, puis partit presque en courant. Atanassiev prit un malin plaisir à le héler juste au moment où il allait quitter la passerelle « Au fait, monsieur le second officier ! cria–t–il.

— Oui, monsieur ? fit l’autre qui se croyait déjà tiré d’affaire.

— On n’est pas au cirque ici, vous veillerez à changer votre veste. Ainsi que votre caleçon, si vous avez chié dedans. »

Après avoir regagné une altitude confortable de mille deux cents pieds, le lieutenant Terry Collins entamait déjà le large virage bâbord à cent soixante degrés qui allait le ramener sur le cap du Stratton. Il vérifia qu’aucun missile ne les avait pris en chasse, mais ils étaient désormais trop loin de l’Ivan Grozny pour que celui–ci pût encore les détecter. Le brouilleur optique à nouveau enclenché, il coupa la postcombustion qui vidait les réservoirs de son F-35C à une vitesse affolante, puis actionna la commande du communicateur laser.