Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 298 sur 319

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Point Zéro

Chapitre 31

 

 

3 mars 2018-13 h 11 UTC

 

L’impression de déjà vu était saisissante.

Même salle de réunion, vaste et lumineuse, baignant dans un silence de cathédrale. Même lourde table en onyx, avec son emblème géant inscrit dans la pierre lisse en dégradés de gris anthracite – mais Caleb savait maintenant le pourquoi de la devise qui enlaçait le pic et l’étoile. Mêmes larges baies vitrées ouvertes sur un ciel sans limites et offrant une vue imprenable sur les ailes colossales du vaisseau amiral de la K2. Et même garde vigilante des deux F -35 d’escorte qui, à un demi-mille de chaque côté, suivaient une route parallèle au géant des airs.

Mêmes protagonistes, aussi.

Enfin, pas tout à fait, rectifia Caleb. Cette fois, c’était Kendall Kjölsrud qui présidait la séance, flanqué de Viktor Bernstein et d’un Sanjiv Chandra qui paraissait dans une forme excellente malgré les événements dramatiques des jours précédents. Vandell Richardson n’était plus là, bien sûr. Sam Jenkins non plus. Étaient par contre présents Gretchen Vogt, One-Shot dont le visage couturé de cicatrices portait encore les traces du passage à tabac infligé par les Russes, et Joshua Tewaru. Sarah Miller et Hiro Takeda s’étaient tous deux excusés et avaient préféré rester dans leur cabine : aux premières loges lorsque Yngvi/Michael Borghese avait fait irruption dans le musée pour y transformer en chair à pâté les sept Russes qui les gardaient, ils éprouvaient encore quelques difficultés à se remettre du spectacle. Quant à Poppy Borghese, elle n’avait pas fait mentir les prédictions de Kjölsrud : avachie sur son fauteuil, à moitié comateuse, elle dodelinait de la tête, le visage dissimulé par sa chevelure qu'elle semblait avoir utilisée pour nettoyer les chiottes. Les deux places de part et d’autre de la sienne étaient demeurées vides : la suffocante odeur de vomi et d’alcool de grain qu’elle répandait n’y était sans doute pas étrangère.

On s’en tire bien, se dit à nouveau le jeune homme en regardant ses amis et en repensant à la chance insolente qui les avait accompagnés tout au long de leur équipée. On a eu de la casse, mais on s’en tire bien…

Le vol jusqu’à la Terre de Feu s’était déroulé sans encombre, et leur hélico s’était posé peu avant deux heures du matin, heure locale, sur le tarmac de l’aéroport international d’Ushuaïa. Grâce à l’intervention de Kendall Kjölsrud qui n’avait pas hésité à tirer de son lit le premier ministre argentin, les formalités de police aux frontières avaient été réduites à leur plus simple expression, et ils avaient pu aussitôt embarquer dans le Second Chance, dont les réacteurs étaient déjà en phase de préchauffage. À Caleb qui s’était amusé de la facilité avec lequel il arrivait toujours à ses fins, le milliardaire s’était contenté de lancer : « Je ne suis pas arrivé là où j’en suis en ménageant des politiciens de troisième zone. Pour votre gouverne, le parti de ce type sera atomisé aux élections législatives de l’année prochaine si d’ici là je ne lui file pas un sérieux coup de pouce. D’autres questions, mon garçon ? »

L’A380 croisait maintenant à trente–cinq mille pieds au–dessus du Pacifique et à quelque six cents nautiques au nord-ouest des îles Galapagos, à peu près aux trois quarts de la longue courbe orthodromique qui le ramenait vers la Californie. Il était prévu que l’avion géant fasse escale au centre de recherche de la K2 basé sur l’île de San Clemente, avant de repartir vers l’Europe pour y déposer Caleb et ses amis.

Programme susceptible d’être modifié à tout instant : tel était l’objet de la réunion en cours.

Kjölsrud reposa sèchement sa tasse sur le plateau en pierre, en faisant un peu plus de bruit que nécessaire. Fidèle à son habitude, le milliardaire avait expédié en moins de deux minutes son petit déjeuner – café noir et pain azyme tartiné de purée de concombre, plus une vingtaine de comprimés et de gélules aux coloris variés – et trépignait maintenant d’impatience en jetant des regards furibonds au reste de l’assistance. Du coup, les autres prenaient tout leur temps : à l’exception de Poppy Borghese, manifestement hors d’état d’ingurgiter quoi que ce soit, chacun tenait à faire honneur aux délicieuses viennoiseries concoctées par le chef français en charge des cuisines du Second Chance. Au bout de quelques instants, Kjölsrud comprit que, pour une fois, il n’aurait pas gain de cause : « Très bien… maugréa–t– il en jetant un regard dégoûté à One-Shot qui en était à son septième donut arrosé de sirop d’érable. Le temps que vous finissiez de vous remplir la panse, voici quelques infos qui vous intéresseront peut–être. Nous avons eu un appel du Stratton. Les nouvelles concernant Lyndon sont assez rassurantes : il a repris conscience, et ses brûlures ont l’air moins sévères que prévu. Il devrait pouvoir échapper aux greffes de peau.

— Et ses yeux ? demanda Gretchen Vogt.

— Aucune amélioration, dit Kjölsrud. Mais on devrait pouvoir lui arranger ça.

— Tu penses à notre centre médical de Palo Alto ? demanda Viktor Bernstein.

— Oui, acquiesça le vieillard. Leur traitement des lésions rétiniennes par cellules souches donne des résultats miraculeux chez l’animal. Ils vont passer aux essais sur l’homme dans quelques semaines, il faudra leur demander d’inclure Lyndon dans le protocole.

— Je m’en occuperai personnellement, assura Bernstein. Et pour le Global Defender, tu as aussi des nouvelles ? »

Kjölsrud hocha la tête : « Oui, répondit–il avec une grimace. Mais elles sont moins bonnes. Chen, le radio qui avait été blessé par les Russes, est décédé il y a quelques heures. Les chirurgiens de la base O’Higgins n’ont rien pu faire. Cela porte à cinq le nombre de gens que nous avons perdus depuis le début. Sans compter Vandell et Jenkins. »

Tout le monde s’arrêta de manger. Du regard, le milliardaire fit le tour de l’assemblée, puis il reprit : « Essayons de faire en sorte qu’ils ne soient pas morts pour rien. Comme vous ne l’ignorez pas, les événements de ces dernières heures ont… quelque peu changé la donne. Nous savons désormais qu’Ettore Majorana – alias Emilio Altamayor, alias Alexander Mace – a survécu à la fois à la destruction de la base Roosevelt et au crash du 19 août 1946. Que deux mois plus tard, après s’être remis de ses blessures, il a embarqué sur un navire à destination de Rio Gallegos, en Argentine. Et qu’une forte probabilité existe qu’il ait emporte avec lui le fruit de ses recherches…

— Une forte probabilité ? s’étonna Gretchen Vogt. Pourquoi ? Ça paraît évident, qu’il a embarqué ses papiers avec lui !

— Non, Gret, corrigea aussitôt Joshua. La seule chose dont on soit sûr, c’est qu’il avait bien les documents quand il a été tiré de l’eau après le crash ; la description du contenu de la mallette dans le journal du directeur Aaslund ne laisse aucun doute à ce sujet. Et que, contrairement à ce qu’il avait annoncé, ces papiers ne se trouvaient plus dans ladite mallette quand celle–ci a été placée dans le cercueil. Difficile de dire pourquoi il a changé d’avis… mais j’en ai quand même une petite idée : il a dû avoir peur qu’après son départ, des petits malins se mettent à creuser pour récupérer les documents.

— Il pourrait les avoir planqués ailleurs dans la station, intervint Caleb. Peut–être dans l’idée de venir les récupérer quelques mois plus tard.

— Je n’y crois pas trop, fit Kjölsrud, mais j’ai quand même envisagé cette possibilité. Une autre de nos équipes OPEX est déjà en route, elle sera sur place dans huit heures. Ils n’auront pas beaucoup de temps,, vu que d’ici quelques jours le secteur va grouiller de militaires et de scientifiques. Mais ça devrait leur suffire pour inventorier toutes les cachettes possibles dans le périmètre de la station.

— Vous ne laissez rien au hasard, observa Caleb avec un sourire amusé.

— Non, jamais, rétorqua Kjölsrud. Concentrons-nous sur les deux possibilités qui restent : soit il a détruit les documents de ses propres mains – alors qu’il était encore à Grytviken ou plus tard, ce qui revient au même. Soit il les a effectivement emportés et conservés.

— Il ne les a pas détruits, murmura tout à coup Sanjiv. J’en suis certain.

— Pourquoi, mon garçon ? demanda Viktor Bernstein un peu surpris.

— Une question… d’affinité, si vous voulez, monsieur Bernstein. Majorana est un passage incontournable si on s’intéresse à la physique des particules. Et à un certain niveau de complexité, les équations mathématiques sont comme la poésie – elles révèlent beaucoup de celui qui les a mises sur le papier. Je connais mieux cet homme que si nous avions été collègues de promotion à Berkeley.

— Et ?

— Il était profondément seul et inquiet, jamais satisfait. Très exigeant avec les autres, encore plus avec lui–même, toujours à la recherche de l’excellence. Mais aussi très orgueilleux, voire imbu de lui–même. Ce travail était sa seule raison d’exister, il l’avait porté pendant plus de quinze ans. Jamais il ne l’aurait détruit. Je parierais ma vie là–dessus.

— Entièrement d’accord avec toi, Sanjiv, dit Kjölsrud. Je suis persuadé qu’il a embarqué les documents. Donc, nous allons les retrouver.

— Pardon ? dit Caleb qui n’était pas sûr d’avoir bien entendu.

— Nous allons les retrouver, répéta le vieil homme d’un ton qui ne souffrait aucune contradiction. Même s’il faut fouiller le fond des océans et retourner chaque mètre carré de cette foutue planète, nous les retrouverons. Cela étant, il y a peut–être moyen de faire plus simple. J’attends vos suggestions. »

Un grand silence se fit, et, pendant quelques instants, on n’entendit plus que le léger ronflement qui était le seul signe de vie émanant de Poppy Borghese.

« Voilà qui ne m’étonne pas trop, reprit Kjölsrud avec un rictus sardonique. Il faut vraiment que je fasse tout moi–même dans cette boutique ! Pour ma part, j’ai bien eu quelques idées, même si elles ne m’ont pas mené aussi loin que je l’espérais. Allons-y quand même, cela vous inspirera peut–être : tout d’abord, il m’est paru évident que pour retrouver les documents en question, il nous fallait savoir ce qu’il est advenu de Majorana lui–même. J’ai donc dans un premier temps tenu à vérifier qu’il s’était bien embarqué pour l’Argentine au début du mois d’octobre 1946. Heureusement, le journal précisait le nom du bateau, le Jan Mayen. Avec ça, c’était facile : il s’agissait d’un cargo mixte de huit cents tonneaux appartenant à la Ramal Patagónica Linea, une petite compagnie de transport maritime qui faisait du cabotage le long des côtes sud de l’Argentine et assurait le ravitaillement d’un certain nombre d’établissements isolés. Elle a fait faillite en 1972 et a été rachetée pour une bouchée de pain par la G & O Consolidated Shipping Company.

— Eh ! s’exclama soudain Viktor Bernstein. Mais c’est…

— Bien, Viktor, je vois que tu suis. Tout juste : une des principales filiales du groupe danois Maersk, le leader mondial dû transport maritime. Maersk que nous avons absorbé il y a tro & ans, suite à la banqueroute du Danemark. Comme quoi, finatof ment, nous n’avons pas fait une si mauvaise affaire. Par chanci) les archives de la Ramal Patagónica ont été numérisées et soi consultables en ligne via le serveur de la Maersk. Il m’a fallu moins de dix minutes pour retrouver le rôle des passagers du Jan Mayen pour la traversée qui nous intéresse.

— Et alors ? demanda Gretchen Vogt qui était pendue aux lèvres du milliardaire.

— Et alors, un certain Alexander Mace a bien pris place à bord du Jan Mayen le 4 octobre 1946. Et il en est descendu le 12 du même mois à Rio Gallegos, province de Santa Cruz, Argentine.

— Et ensuite ? insista la jeune femme. Arrêtez donc de nous faire languir !

— Ensuite, rien, fit Kjölsrud en haussant les épaules. C’est là que nous perdons sa trace. »

Poppy Borghese émit un long ricanement qui se termina par un bruit liquide fort peu ragoûtant – preuve que, d’une certain manière, elle suivait la conversation.

« Je m’attendais à quelque chose comme ça, dit Caleb. Majorana avait voulu réapparaître au grand jour et sous sa vériï ble identité, nous ne serions pas là aujourd’hui. Le plus probable est qu’après ça, il aura choisi de changer de nom et de refaire sa vie dans un coin tranquille. Ça peut être absolument n’importe où. Et nous n’avons aucune chance de le savoir.

— Caleb a raison, renchérit Gretchen Vogt. Nous parlons de faits qui remontent à plus de soixante–dix ans. La piste a sacrément le temps de refroidir…»

Kjölsrud leur jeta un regard agacé : « Alors, c’est tout ? grinça–t–il. Ça vous suffit de dire “la piste est froide” et de tout laisser tomber ? Je vous ai connus un peu plus imaginatifs, tous les deux, quand nous étions coincés dans ce foutu bunker et à court d’oxygène ! Évidemment qu’il y a un nombre incalculable de pistes qui s’offrent à nous ! Mais nous allons toutes les remonter, l’une après l’autre. Et l’une d’elles nous mènera à notre bonhomme !

— Belle profession de foi, ironisa Caleb. Mais…

— Rien à voir avec la foi, trancha le vieil homme. Pendant que vous étiez tous en train de roupiller après le décollage, voilà ce que j’ai fait, moi. Tout d’abord, une recherche sur les trois noms Majorana, Altamayor et Mace – c’est un type qui pouvait être d’une extraordinaire naïveté, je me suis dit qu’il avait peut–être conservé l’un d’entre eux… J’ai utilisé les métamoteurs classiques : Copernic+, Harvester42, DeeperWeb. Plus une recherche sur toutes les archives nominatives accessibles en ligne : état civil, immigration, registres du commerce, permis de conduire…, le tout dans cent soixante-deux pays et sur l’intégralité de la période 1946-2000.

— Pas mal, dit Joshua. Je n’aurais pas fait mieux, quand je bossais comme analyste. Ça vous a pris combien de temps, au juste ?

— Un peu plus de six minutes.

— Quoi ?

— Pas tout seul, bien sûr, fit Kjölsrud d’un air impatient. J’ai déjà soixante informaticiens sur le coup à notre siège de Lancaster, plus autant à San Clemente. Reliés à nous par une bande passante à 500 Gigabaud. Vous me prenez pour un épicier, ou quoi ?

— Ça va, ça va, dit le Néo–Zélandais en levant les mains dans un geste d’apaisement. Résultat des courses ?

— Rien, grogna le vieil homme d’un air dépité. Nada. Niente. Bien sûr, nous avons trouvé pas mal de monde : plus de neuf cents Majorana – dont vingt-six Ettore ; environ huit mille Altamayor et pas moins de quarante-deux mille Mace. Mais quand nous avons fait les recoupements par âge, sexe, date d’entrée dans le pays considéré, descriptif physique, etc., aucun n’a été retenu. Par acquit de conscience, nous avons effectué une comparaison faciale à l’aide d’un logiciel d’identification standard – nous avons pu retrouver des photos d’identité pour près de quatre–vingt–cinq pour cent des sujets de la base de données ; Échec complet. Aucune correspondance.

— Il est évident qu’il a dû changer de nom, dit Gretchen Vogt. Mais je pense à un autre moyen. Lorsqu’il a débarqué à Rio Gallegos, il était sans le sou. Il a peut–être fait des petits boulots pendant quelque temps pour survivre, mais ensuite ? Vu ce que nous savons de lui, je l’imagine mal refaire sa vie comme plombier ou comme chauffeur routier.

— Tu penses à quoi ? demanda Caleb.

— Les labos de recherche. Notamment dans le nucléaire, la physique des particules, ce genre de trucs… Il ne devait pas y en avoir tant que ça dans les années cinquante. Je ne sais pas si c’est possible, mais ça vaudrait le coup de voir si l’un d’eux n’a pas embauché un type avec son profil, non ?

— Brillamment raisonné, miss Vogt, dit Kjölsrud. Non seulement c’est possible, mais c’est déjà fait. En fait, cela a été ma deuxième idée. Je me suis d’abord focalisé sur les laboratoires dont vous parlez – pour info, il n’y en avait effectivement qu’une trentaine en 1950, contre plus de deux mille à l’heure actuelle J’ai compilé la totalité des données disponibles sur leur personnel de recherche. Ensuite, j’ai élargi au personnel enseignant en mathématiques ou en physique des quelque dix-sept mille universités et deux cent soixante mille établissements d’enseignement secondaire que l’on trouve sur la planète : je me suis dit qu’il en avait peut–être soupé de la recherche et eu envie de se consacrer à la transmission du savoir. Je suis arrivé à une base de données de trente-sept millions de personnes – tous les individus sur Terre qui, de près ou de loin, ont touché au secteur qui nous intéresse pendant la seconde moitié du vingtième siècle. J’ai ensuite appliqué les filtres standard et, pour faire bonne mesure, j’ai ajouté une requête prenant en compte toutes les variantes possibles et imaginables de son nom : Mayor, Major, Maioran, etc.

— Ça a dû prendre un peu plus que six minutes, cette fois... fit observer Caleb, impressionné par l’opiniâtreté du vieillard.

— Effectivement. La recherche s’est terminée il y a à peine une demi– heure, juste avant que nous ne prenions place à cette table.

— Et ? demanda Gretchen Vogt.

— Un nom est sorti. Un seul. Un certain Hector Mejoran, né en août 1906. Au début des années cinquante, il enseignait la physique atomique à l’Université nationale d’Asunción, la capitale du Paraguay. Il a pris sa retraite en 1972 et est décédé en janvier 1980. D’après sa notice bibliographique, il a écrit quelques articles – d’un intérêt assez limité, selon Sanjiv – sur la structure du noyau. Et en 1970, il a contribué à un ouvrage collectif sur le concept mathématique de trou noir.

— Bon sang ! s’exclama Joshua. Ça ne peut être que lui ! Vous avez quand même réussi à le trouver ! »

Kjölsrud le regarda en hochant la tête ; toute la tristesse du monde se lisait sur son visage : « C’est ce que j’ai cru aussi, l’espace d’un instant, dit– il en effleurant l’une des touches du clavier tactile incrusté dans l’onyx. Mais non, ce n’est pas lui. Jugez par vous-même. »

La photographie d’un homme assez âgé se matérialisa au-des-sus de la table de conférence ; par la magie de la projection holo, l’image agrandie à trois fois la normale était visible de face pour chacune des personnes présentes. Le type était un peu ventripotent, portait de grosses lunettes à monture d’écaille et arborait un sourire bonhomme. Mais même avec la meilleure volonté du monde, nul n’aurait pu sérieusement envisager que son nez épaté, sa chevelure très crépue et l’ébène profond de sa peau pussent appartenir à l’homme qu’ils recherchaient.