Point Zéro
14 h 35 UTC
À l’unanimité des membres de la Hard Rescues, les deux robots de combat avaient été baptisés Zack et Cody dès le départ de Grytviken. Aucun détail ne permettant de les distinguer, Zack était par convention le robot présent ou celui auquel on s’adressait, et Cody l’autre ; cette logique floue posait manifestement de gros problèmes aux deux machines, d’autant que partageant une IA commune, elles ne se concevaient pas comme des entités distinctes. Obéissant à One-Shot, Zack – ou Cody ? – saisit délicatement trois galets dans la caisse déjà à moitié vide et, après les avoir rassemblés dans son énorme main, attendit l’ordre de lancer.
« PULL ! »
14 h 35 UTC
« Tout le monde doit nous croire en train de faire des galipettes, murmura Joshua Tewaru d’un air égrillard.
— Pourquoi, ça n’est pas le cas ? » ricana Gretchen Vogt en se hissant souplement au sommet de la dernière pile de caisses.
Pour les galipettes, ma fille, il va falloir repasser. Pourquoi aussi faut–il que tu t’embarques toujours dans des plans avec des assassins bourrés de testostérone ?
Gretchen s’était déjà fait une raison : ce n’était certainement pas à bord du Global Defender qu'elle allait trouver l’âme sœur. Les deux nénettes du groupe OPEX qui avaient le charme et le gabarit d’un tracteur soviétique mises à part, l’effectif féminin de l’expédition se limitait à la nièce de Bernstein – certes très mignonne, mais qui ne semblait avoir d’yeux que pour Caleb. Sans oublier bien sûr l’espèce de Lara Croft anorexique et camée, dont le seul regard suffisait à lui faire froid dans le dos. Refoule ces mauvaises pensées, se dit–elle avec philosophie, elles te détournent du chemin de l’Éveillé. Tout en se courbant pour ne pas heurter de la tête le plafond en acier, elle profita de sa position en hauteur pour jeter un coup d’œil autour d’elle. La vaste soute à marchandises située juste en avant de la salle des machines était plus qu’à moitié pleine ; maintenant que ses yeux étaient habitués à la pénombre, la faible lueur verte diffusée par l’éclairage de secours suffisait largement à discerner les piles de matériel qui s’entassaient dans tous les coins.