Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 27 sur 319

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Point Zéro

04 h 16 UTC

Mais pas avant d’avoir réglé tes comptes.

 

04 h 16 UTC

 

La limousine franchit le portail apparemment non gardé et, après avoir remonté la petite allée mal déneigée, s’arrêta devant un bâtiment de trois étages à l’aspect cossu mais banal. L’endroit était situé en bordure de forêt à la sortie de Shemyakino, une jolie banlieue résidentielle du nord de Moscou. L’aéroport international de Cheremetievo était à moins de trois kilomètres, mais le village ne se trouvait pas dans l’axe des pistes et les nuisances sonores demeuraient minimales. Il n’y avait ni gardes armés, ni caméras de surveillance, ni antennes satellite sur le toit ; l’immeuble collait exactement avec ce qu’il était censé abriter : une obscure agence de planification dépendant du non moins effacé ministère des Ressources naturelles de la Fédération de Russie. L’IA lança ses routines d’identification puis, après avoir reçu le feu vert du centre opérationnel, les informa qu’ils pouvaient quitter le véhicule sans risque d’être aussitôt abattus. Baranko s’apprêtait à se lever lorsque Iazov l’arrêta : « Une minute, Guennadi. Tu as bien parlé d’un groupe de civils que ces mercenaires de la K2 sont allés chercher au Zimbabwe ?

— Exact. D’ailleurs, ce ne sont pas des inconnus : c’est la même équipe qui a procédé au sauvetage du Noriisk il y a quatre ans. »

Le vieux général émit un juron sonore. Baranko se souvint qu’il avait à l’époque très sévèrement critiqué la décision du gouvernement de faire appel à l’aide internationale. À peine cinq ans après l’accident du Nerpa qui avait causé vingt morts en mer du Japon, le naufrage du Noriisk en janvier 2014 avait une nouvelle fois mis l’accent sur le délabrement chronique de la flotte sous–marine russe. Pour Iazov, la seule manière honorable de régler le problème aurait été de déclencher à distance les charges d’autodestruction du bâtiment, comme cela avait été fait pour le Koursk en 2000… « Non seulement ils plantent leur barcasse au fond de la mer Noire, avait–il fustigé, mais en plus il faut se ridiculiser en montrant que nous sommes incapables d’aller les chercher nous–mêmes ! »

« Je connais ces types, grommela–t–il. Un certain McKay et ses amis, n’est–ce pas ? Après l’histoire du Noriisk, le SVR avait fait une petite enquête sur eux et avait conclu qu’il s’agissait de possibles supplétifs du MI6. Dans le doute, ils ont été déclarés personae non gratae sur tout le territoire de la Fédération. Je me demande ce que la K2 peut bien leur vouloir… En tout cas, ils ne vont pas nous faciliter la tâche.

— Ce ne sont que des civils, général. Et ils ne sont que quatre.

— J’échangerais pas mal de nos soldats contre des civils de cet acabit, Guennadi. En soutien de l’équipe de Richardson, ils peuvent nous donner du fil à retordre…»

En prononçant ces mots, le vieillard s’extirpa avec difficulté de la limousine et faillit trébucher sur le sol verglacé. Baranko se garda bien de lui venir en aide : Iazov méprisait la compassion au même titre que la faiblesse. Les deux hommes se tournèrent ensuite vers l’entrée du petit bâtiment et s’immobilisèrent un instant – le temps que les scanners faciaux de la porte confirment les identités fournies par le véhicule. Une serrure claqua, et une discrète lumière verte apparut : ils pouvaient désormais franchir en sécurité les trois mètres les séparant du perron. À la grande surprise de Baranko, Iazov se rapprocha de lui et le prit par la manche ; les contacts physiques n’étaient pourtant pas précisément son fort.

« Je suppose que tu as devancé mes ordres, Guennadi. Qui pouvons-nous envoyer sur place ?

— Il y a plusieurs possibilités, général. La plus évidente est notre nouveau porte–aéronefs, l’Ivan Grozny, qui est actuellement en manœuvres de qualification dans l’Atlantique Sud. Il y a aussi un groupe naval constitué du destroyer Amiral Panteleyev et des frégates anti-sous– marins Kedrov et Anadyr, qui croisent en ce moment au sud de la Nouvelle-Zélande ; à marche forcée, ils pourraient rejoindre la côte antarctique en quatre ou cinq jours.