Point Zéro
14 h 01 UTC
Joshua ne répondit pas tout de suite. « Le Sikorsky, finit–il par dire, c’est bien sur le premier iceberg qu’il s’est posé ?
— Je crois, oui, répondit Caleb.
— Alors ils ont un gros problème…»
Caleb regarda à son tour dans la direction indiquée. Les jumelles étaient superflues.
À deux milles au large, l’énorme iceberg était en train de se retourner.
14 h 01 UTC
D’abord, elle crut que le basculement de l’hélicoptère s’accentuait, et l’idée paralysante lui traversa l’esprit que la machine était peut–être sur le point de dégringoler dans la crevasse qui avait déjà englouti Ross O’Donnell. Alarmée, elle se pencha à l’extérieur, prête à bondir hors du cockpit. Mais non. Le patin droit ne s’était pas enfoncé davantage dans la croûte glacée. C’est en relevant les yeux qu’elle comprit ce qui se passait : le rebord de l’iceberg, jusque-là parallèle à la ligne d’horizon, faisait désormais un angle d’au moins quinze degrés avec celle–ci. Angle qui augmentait à vue d’œil. En même temps, le sifflement régulier du vent était maintenant couvert par un grondement effrayant que la jeune chercheuse connaissait fort bien : celui de masses colossales de glace frottant les unes contre les autres. Son cœur manqua un battement : c’est tout l’iceberg qui était en train de se retourner.
Tout bonnement impossible.
Elle savait que les grands icebergs tabulaires comme celui–ci étaient très stables ; il fallait des mois voire des années pour que la fonte extrêmement lente de leur partie immergée déplace leur centre de gravité au point de les faire basculer. Or le spécimen sur lequel elle se trouvait s’était détaché du A-87 moins de quarante-huit heures auparavant. Refusant le témoignage de ses sens, elle regarda de nouveau par la verrière : l’angle avec l’horizon s’était très nettement accentué. Soudain elle étouffa un cri : l’hélicoptère venait de bouger. De façon imperceptible, mais ce n’était qu’un début.
Malgré la terreur qui l’envahissait maintenant, la partie scientifique de son cerveau continuait à analyser froidement la situation. Et lui livra un verdict sans appel : si le basculement de l’iceberg se poursuivait à ce rythme, il lui restait moins de cinq minutes à vivre.