Point Zéro
14 h 42 UTC
L’explication parut satisfaire la jeune femme : « Toujours votre théorie du complot ? enchaîna–t–elle avec un sourire. Pour la énième fois, Caleb, je vous assure que je n’ai pas la moindre idée de ce que nous allons trouver là–bas ! Et si Viktor le savait, je suis certaine qu’il m’en aurait parlé ! »
Caleb n’en était pas aussi sûr, mais il préféra éluder le sujet.
« Vous êtes une scientifique, insista–t–il. Vous devez bien avoir des hypothèses ?
— Des hypothèses, ça ne manque pas. De quoi les étayer, c’est une autre affaire. Voyons d’abord ce que nous avons de tangible : une structure géométrique de dimensions respectables, faite dans un matériau inconnu mais apparemment homogène. Le machin se trouvait coincé sous la banquise de Riiser-Larsen depuis un temps indéterminé – je pourrai certainement vous en dire plus quand nous serons sur place – et aurait pu y rester jusqu’à la consommation des siècles sans les effets désastreux des moteurs à explosion et des pets de vache sur la machinerie climatique.
— OK, sourit Caleb. Ça vous évoque quoi ?
— Toujours commencer par le plus simple. Première hypothèse : une formation géologique naturelle. Peu probable, mais pas impossible.
— Aussi régulière ? Et de cette taille ?
— Des affleurements sédimentaires récents pourraient avoir cet aspect. Ou des structures basaltiques à grande échelle, comme la Chaussée des Géants en Irlande. Le problème, c’est que, dans le secteur qui nous intéresse, les sols sont faits de granités amorphes ou de roches métamorphiques extrêmement anciennes qui ne peuvent adopter ce genre de configuration. Depuis une semaine, j’ai passé en revue tout ce qui a pu être publié en un siècle et demi d’exploration des terres australes : aucune structure de ce type n’a jamais été répertoriée dans le coin – et j’entends par là la totalité des terres émergées au–dessous du 50 e degré sud. On passe à la deuxième hypothèse ? »
14 h 42 UTC
Les caisses étaient rangées en fonction de leur contenu, ce qui simplifiait leur inspection. En gros, la cargaison se composait pour une moitié de matériel d’exploration polaire haut de gamme, et pour l’autre de fournitures scientifiques variées. Plusieurs scooters des neiges, des canots gonflables et un gros tracteur à chenilles en pièces détachées complétaient l’équipement. Gretchen s’était plus ou moins attendue à trouver des armes, et était restée sur sa faim ; manifestement, Richardson et ses hommes préféraient garder leurs joujoux à portée de main dans les cabines. Par contre, elle fut surprise de dénicher deux caisses renfermant une vingtaine de combinaisons semblables à celle portée par Poppy lorsqu’ils s’étaient rencontrés à West Nicholson. Enfin, la finalité de certaines autres fournitures était difficile à préciser : la jeune femme ne voyait pas trop ce qu’on pouvait faire avec deux douzaines de torches à plasma, non plus qu’avec trois tonnes de mercure en bonbonnes de cinquante kilos.