Point Zéro
03 h 19 UTC
One-Shot se pencha en hâte pour ramasser son vieux Dragunov. Tant pis en revanche pour la LW50 qui gisait quelques mètres plus loin au pied du flotteur, il n’avait plus le temps d’aller la chercher. Au moment où il se hissait à son tour dans la soute du Dornier, il jeta un dernier coup d’œil en l’air.
Juste au–dessus de sa tête, douze hélices monstrueuses déchiraient l’air dans un grondement gigantesque.
03 h 19 UTC
Sans même prendre le temps de redescendre l’échelle, Caleb bondit dans le trou d’homme et se reçut sans douceur deux mètres plus bas ; l’instant d’après, il se précipitait dans le cockpit. Kendall Kjölsrud se trouvait toujours à sa place sur le siège de gauche, mais semblait un peu plus tassé que tout à l’heure.
« Félicitations, monsieur McKay, articula le vieil homme sans tourner la tête. Décidément vous avez de la ressource…
— On va pouvoir y aller, monsieur, répondit Caleb. C’est quand vous voulez.
— Finalement je crois que je vais passer mon tour, continua Kjölsrud comme s’il n’avait pas entendu. Je suis sûr que vous arriverez très bien à faire partir cet engin.
— Quoi ? Mais…»
Avec un effort manifeste, le milliardaire se tourna enfin dans sa direction. Son visage était blanc comme un linge. Son mouvement révéla aussi à Caleb ce qu’il n’avait pas encore remarqué : sur la paroi gauche du cockpit, juste au–dessous de la vitre, on distinguait plusieurs perforations bien rondes qui n’étaient pas là trois minutes auparavant.
« On a encaissé une rafale juste après que vous soyez sorti, murmura Kjölsrud avec une grimace de douleur. J’ai pris deux ou trois balles. La combi n’a rien mais je pense que mon bras est cassé… en tous cas, plus moyen de le bouger. À vous l’honneur, mon ami…»
Le jeune homme resta un instant pétrifié. Il n’avait jamais été envisagé qu’il fasse décoller lui–même le Dornier, et Kjölsrud ne lui avait donné que quelques explications sommaires sur la technique de pilotage.
À ce moment précis, il y eut une violente explosion à l’extérieur, et le souffle secoua violemment l’appareil. « Qu’est–ce que c’était, bon sang ? cria Caleb brutalement ramené à la réalité.
— C’est One-Shot ! hurla Sarah Miller sur la fréquence générale. Il vient de faire sauter la barricade à l’entrée du hangar !
— Il est toujours dehors ?
— Il arrive, Caleb. Il ramène Poppy qui a l’air blessée !
— C’est maintenant ou jamais, monsieur McKay, murmura Kjölsrud en le regardant droit dans les yeux. Nous n’aurons pas d’autre chance. »
Pendant une interminable seconde, Caleb lui rendit son regard. Puis il se décida d’un coup. En deux pas, il eut regagné son fauteuil de copilote. À nouveau, il chercha machinalement une ceinture pour se harnacher – mais il n’y en avait toujours pas. Il soupira, cala ses pieds dans le palonnier et posa fermement ses deux mains sur la roue qui tenait lieu de manche à balai.
Comme toujours au moment de basculer dans l’action, il sentit un immense calme l’envahir, et le temps lui parut ralentir à l’extrême pendant que toutes ses perceptions s’affûtaient. Il lui restait un dernier détail à régler. Il jeta un coup d’œil par la verrière : à une vingtaine de mètres sur la droite, un peu en avant du nez de l’avion, l’asimov se tenait à son poste près du laser de combat ; le jeune homme brancha la fréquence générale « Zack, tu m’entends ? émit–il.
— « Oui, monsieur. Mon nom n’est pas…»
— Je blaguais. Signal activation. Je répète : signal activation.
— « Monsieur Kjölsrud a donné le signal il y a cent vingts secondes. C’est déjà commencé, monsieur. »
Sur le siège de gauche, l’intéressé marmonna : « Juste histoire de nous faire gagner un peu de temps. Vous ne m’en voudrez pas, j’espère…» Caleb haussa les épaules et reprit : « Josh ! Où en sont tes moulins ?
— Régime nominal aux deux tiers pour les six, ça tousse un peu mais rien de grave. Températures et pressions OK.
— Pousse-les au max, Josh ! On dégage !
— Ça marche, Cal. J’espère qu’ils ne vont pas se décrocher ! »
Le vieil avion commença à vibrer de toutes ses tôles, et le grondement des six moteurs devint proprement hallucinant tandis que Joshua les poussait à leur régime maximum de deux mille huit cents tours. « Vassili ! hurla Caleb en tentant de couvrir le vacarme. Tout le monde est à bord ?
— Affirmatif ! cria le géant de sa voix de tonnerre.
— Départ quinze secondes, prends ton poste ! Tu es paré ?
— Paré, Caleb ! »
Du coin de l’œil, Caleb capta soudain un nouveau flash éblouissant provenant de la droite du hangar. Le rugissement des moteurs empêcha d’entendre la déflagration, mais il n’avait pas besoin qu’on lui fasse un dessin. À côté de lui, Kjölsrud avait aussi remarqué l’explosion : « Il est plus que temps, Caleb, dit–il. Sortez-nous d’ici, mon garçon. »
Le jeune homme hocha la tête avant de reprendre la parole :
« A tous, dernier appel. Accrochez-vous comme vous pouvez, ça va secouer. Gret, tu m’entends ?
— Fort et clair, Cal, répondit aussitôt la jeune femme, qui se tenait à son poste de navigatrice juste derrière le fauteuil de Kjölsrud.
— Alors c’est à toi. Séquence un. C’est parti. »
OceanofPDF.com